‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 83 sur 263 · CORADIN, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

CORADIN, LA COMTESSE

LA COMTESSE , dans le fond , à part, à Euphrosine qui sort.

Va, si de l'emporter j'ai perdu l'espérance , J'en tirerai du moins une affreuse vengeance.

CORADIN , sans voir la Comtesse.

Quel tendre mouvement fait tressaillir mon cœur î Qui l'eût cru que l'amour eût autant de douceur? Oui, charmante Euphrosine , il faut que je te cède. J'appellerais en vain le docteur à mon aide : Dans mon cœur étonné tu fais naître l'amour , Et ce grand changement est l'ouvrage d'un jour. Quel est ce prisonnier dont le sort l'intéresse ? Pour un homme inconnu, pourquoi tant de tendresse?

LA COMTESSE s'avance vers Coradin.

Seigneur, c'est donc ainsi que vous savez punir?

96 EUPHROSINE

COR/VDIN , brusquement.

Je fais ce qu'il me plaît...

LA COMTESSE

Elle a su vous fléchir.

CORADIN, de même.

De qui me parlez-vous?

LA COMTESSE

De la belle Euphrosine, Vous êtes tout frappé de sa beauté divine : Je crois qu'elle a raison vous serez son époux.

CORADIN

Si j'épouse quelqu'un , ce ne sera pas vous.

LA COMTESSE, avec un sourire forcé.

Mais , si sur votre cœur elle a pris tant d'empire , Accordez-lui du moins l'objet qu'elle désire.

Eh! quoi?

Rendez-lui donc son jeune prisonnier.

CORADIN

Eh! pourquoi le lui rendre?

LA COMTESSE

Il est son chevalier.

CORADIN

H est son chevalier ?

LA COMTESSE

Oui, ce beau couple s'aime»

CORADIN

Il s'aime?

LA COIMTESSE.

Dès long-temps leur amonr est extrême , Et vous êtes le seul qui l'ayez ignoré.

CORADIN , à part.

D'un tourment tout nouveau je me sens dévoré.

LA COMTESSE

Mais, que vois-je, seigneur, votre figure change?

CORADIN, troublé.

Ce n'est rien.

LA COMTESSE

\ùus souffrez une douleur étrange?

CORADIN, plus fort.

Ce n'est rien.

Je le vois, votre esprit est troublé.

Ah! que je me repens de vous avoir parlé.

Gardez-vous de la jalousie :

Redoutez son affreux transpoi-t; Ce monstre empoisonne la Tie, Et finit par donner la mort.

Je ne puis déguiser ma rage :

Je la sens croître et redoubler.

Ali ! s'il est vrai que Ton m'outrage, Leur sang, tout leur sang va couler.

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