CORADIN, LA COMTESSE
LA COMTESSE , dans le fond , à part, à Euphrosine qui sort.
Va, si de l'emporter j'ai perdu l'espérance , J'en tirerai du moins une affreuse vengeance.
CORADIN , sans voir la Comtesse.
Quel tendre mouvement fait tressaillir mon cœur î Qui l'eût cru que l'amour eût autant de douceur? Oui, charmante Euphrosine , il faut que je te cède. J'appellerais en vain le docteur à mon aide : Dans mon cœur étonné tu fais naître l'amour , Et ce grand changement est l'ouvrage d'un jour. Quel est ce prisonnier dont le sort l'intéresse ? Pour un homme inconnu, pourquoi tant de tendresse?
LA COMTESSE s'avance vers Coradin.
Seigneur, c'est donc ainsi que vous savez punir?
96 EUPHROSINE
COR/VDIN , brusquement.
Je fais ce qu'il me plaît...
LA COMTESSE
Elle a su vous fléchir.
CORADIN, de même.
De qui me parlez-vous?
LA COMTESSE
De la belle Euphrosine, Vous êtes tout frappé de sa beauté divine : Je crois qu'elle a raison vous serez son époux.
CORADIN
Si j'épouse quelqu'un , ce ne sera pas vous.
LA COMTESSE, avec un sourire forcé.
Mais , si sur votre cœur elle a pris tant d'empire , Accordez-lui du moins l'objet qu'elle désire.
Eh! quoi?
Rendez-lui donc son jeune prisonnier.
CORADIN
Eh! pourquoi le lui rendre?
LA COMTESSE
Il est son chevalier.
CORADIN
H est son chevalier ?
LA COMTESSE
Oui, ce beau couple s'aime»
CORADIN
Il s'aime?
LA COIMTESSE.
Dès long-temps leur amonr est extrême , Et vous êtes le seul qui l'ayez ignoré.
CORADIN , à part.
D'un tourment tout nouveau je me sens dévoré.
LA COMTESSE
Mais, que vois-je, seigneur, votre figure change?
CORADIN, troublé.
Ce n'est rien.
LA COMTESSE
\ùus souffrez une douleur étrange?
CORADIN, plus fort.
Ce n'est rien.
Je le vois, votre esprit est troublé.
Ah! que je me repens de vous avoir parlé.
Gardez-vous de la jalousie :
Redoutez son affreux transpoi-t; Ce monstre empoisonne la Tie, Et finit par donner la mort.
Je ne puis déguiser ma rage :
Je la sens croître et redoubler.
Ali ! s'il est vrai que Ton m'outrage, Leur sang, tout leur sang va couler.