DRÂMË EN TROIS ACTES ET EN PROSE
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PERSONNAGES
LEON , seigneur de Montenero.
ROMUALDE , seigneur de Fondi.
LAURE , fille de Romualde.
LOUIS DE G AETE , amant de Laure.
VÉNÉRANDE , gouvernante de Laure.
FERRANT , concierge du château de Montenerdj
LONGINO , valet du concierge.
iPÉTRINO , jardinier de Romualde;
GAETANO, valet de Léon;
UN QAUDE de Montenero.
m PATEE de Fôndi.
PAYSANS et VKYSAWXES de Fondi.
SOLDATS, GABDES, Ct VALETS de hêOÙi
La scène est àFortdi^ au premier acte; et à Montenero
dans les deux autresi
Les Mystères d'Udolphe, roman à brigands et à clairs de lune , ont fourni à M. Hoffinan le sujet de son Château de Montenero. Le "mélodrame étant alors, comme aujourd'hui, en très-grande faveur sur notre seconde scène lyrique , il fallait bien payer tribut à la mode. Au reste , ce goût du public était déjà ancien, puisqpie Sedkine avait donné avec succès Raoul-Barbebkue, le comte d Albert et Bichard-Cœur-de-Lion. Quoi qu'on ait dit contre ce genre , il n'en est pas moins très-favorable à la musique qui vit de passions plutôt que d'esprit. D'ailleurs, tous les genres sont bons; l'essentiel est de les bien traiter* Sous ce dernier rapport , le Château de Montenero repose sur des bases très-dramatiques; le dénoûment caché avec art, produit une péripétie qui décida le succès à la première représentation. Ce même jour, avant le lever du rideau , on jeta dans la salle , par ordre de l'auteur, un petit écrit intitulé ; Béponse par anticipation aux journalistes gui doivent déchirer mon ouvrage. Le lecteur le trouvera à la suite de cet avertissement. M. HofËtnan , qui n'était pas encore entré dans la carrière du journalisme , y persiffle d'une manière aussi spirituelle que plaisante ceux dont il devint plus tard le confrère.
La musique de ce diame est une des meilleures partitions de Dalayrac , compositeur aimable et fécond, dont presque tous les airs sont devenus populaires. Dalayrac éprouve le même sort que Grétry; il
THÉÂTRE. T. IL l5 ^
est en butte aujourd'hui aux outrages des partisans de la science des notes, parmi lesquels se font remarquer de jeunes fanatiques du ^AanVa/7 ultramontain , qui, jusqu'à ce jour, ne nous ont révélé que leur impuissance. Se montrer insensible à la vérité • i la mélodie des compositions de Grétry , est un signe certain de médiocrité. A cet égard', tout jeune Aristarque pourra devenir un musicien très-riche en contre-point, mais sur tout le reste on ne verra en lui qu'un pauvre musicien; il sera à l'art musical ce que serait à celui de Thalie l'auteur comique qui méconnaîtrait le génie de Molière.
Le Château de Monienero , plusieurs fois repris i Paris, est constamment joué sur les théâtres des départemens. Peu s'en fallut, cependant, que cet ouvrage ne fut mis à l'index par la censure du Directoire; nous allons rapporter à ce sujet l'anecdote suivante, comme un nouvel exemple des dangers de l'interprétation et de la sottise des interprétateurs.
La veille de la première représentation défense fut faite par l'autorité compétente de jouer l'ouvraj^e. M. HofiEman, qui avait pris le sujet de sa pièce dans un roman anglais, et placé le lieu de la scène en Italie, ne pouvait concevoir le motif de cette prohibition. Camerapi, semainier perpétuel, négocie aussitôt: on lui répond que le drame de M. Hofiman est rempH d'allusions dangereuses. L'auteur, peu habitué à reculer devant les difficultés , insiste pour que les cei^ seurs s'expliquent d'une façon catégorique ; poussés jusque dans leur dernier retranchement par la logique de leur adversaire , ils finissent par déclarer que roovrage ne sera jamais représenté, à moins que M. Hoff-
man ne supprime les mots méchant et crime toutes les fois qu'ils seront pris dans un sens absolu : « H est évident 9 écrivirent-ils , que les méchans sont les patriotes et le crimjB le gouvernement >» Possesseur d^une déclaration si naïve , l'auteur leur fit dire que s'ils ^arrêtaient plus long-temps sa pièce , il publierait les motifs singuliers de leur veto , avec un commentaire explicatif. Alarmés de cette menace, les censeurs capitulèrent , et l'interdit fut levé.