SCÈNE III
VENERANDE, LAURE.
LAURE
Ma bonne , ils s'éloignent avec peine ; ils me tegardent avec des jeux pénétrés de douleur.
VENERANDE.
Eh! chère enfant, qui pourrait n'être pas sensible à votre sort?
LAURE
n est ajffireux , ma bonne ; il £attidra donc quitter pour jamais ces lieux qui m'ont vu naître ! ce jardin témoin des jeux de mon enfance , un père qui m'adore , un amant qu'il m'av^t permis de regarder
comme un époux ! il faudra m'ensevelir dans une prison, vivre et mourir au milieu des méchans... Ah! ma bonne , est-ce là le destin qui m'était réservé?
VENERANDE.
Intéressante victime , vous vous immolez au bonheur de votre père.
LAURE
Dis-moi , est-il bien vrai que je ferai le bonheur de mon père ?
VENERANDE.
Hélas! Léon est puissant; votre père est hors d'état
àe hii résister. Ce méchant lui a enlevé la moitié de ses états; il veut jfui ravir le reste, peuf-être la vie....
La vie \ etji^jpuis la lui conserver?
VENERANDÊ.
Votre amant même....
•LAURE
Ne me parle pas de lui : tu me fats sentir toute rhorreur du sacrifice.
*' VENERANDE.
Je dois vous eix parler. Votre amant même n^est pas plus en 3âreté que votre père : qiioiqu^il ne soit pas connu de Léon, sa perte sel*a jurée s'il conserve l'espoir d'être votre époux ; rien n'est sacré ^our nôtre ennemi.
LAURE. '
Je puis rendre heureux un père , et sauver mon amant : ah! ma bonne, ne pleurons plus, mon sort me paraît moins afifreux.
VENERANDE.
Ange du ciel! si votsre bonne mère vivait encore, comme la vénérable dame serait' fière d'une telle enfant.
LAURE
Oui, j'obéirai.... j'épouserai Léon.... j'en mourrai,
ma bonne : j'en mourrai , je l'espère mais mon
père n'oubliera jamais sa pauvre fille ; dom Louis pleurera long-temps sa malheureuse amante.... et toi,
ma bonne , tu penseras à moi, tu parleras de moi
Eh bien ! cela me soulage , car vois-tu , ma bonne , je veux être regrettée.
Taisez-vous , t^isez^vous , vous me faites un mal !
THÉAT&B. T. H. 16