SCENE PREMIERE
LISISTRATA, CARITE.
LISISTRATA.
Console-toi , ma chère Carite ; ton époux et le mien reviendront bientôt dans lem's foyers.
CARITE
Ah ! ma chère tante , il y a si long-temps que j'espère... je commence à désespérer.
LISISTRATA.
Eh bien! moi, femme d^un des premiers officiers de l'armée , je veux faire finir une guerre qui depuis si long-temps désole la plus belle partie de la Grèce. Je veux réconcilier avec les farouches Spartiates , ces braves et légers Athéniens, qui seraient les plus aimables des honumes , s'ils voulaient l'être un peu plus souvent avec leurs femmes.
CARITE
Ah! ma tante 9 conmient puis- je avoir confiance dans vos promesses? Athènes et Lacédémone ont juré la perte Tune de Vautre. Dix ans de succès balancés n'ont fait qu'accroître leur orgueil et aigrir leur haine, et vous voulez forcer ces deux peuples ennemis à faire la paix?
AIR des Trembleurs.
Oui , quand dix ans de tapage , De combats et de carnage , De malheors et de ravage N'ont pa calmer leur courroux , Quand la Grèce désespère D'une paix si nécessaire , Moi seule je yeux la (aire....
CÂRITE.
Ma tante , dépéchez-yoos.
O ma chère Lisistrata , que je vous aurab d^obli^ gâtions ! Mariée depuis deux aus, je n'ai vu mon mari que le jour de mes noces. Il a quitté le lit nuptial pour aller se battre ; depuis deux longues années il ne fait que cela , et en vérité , il aurait ici des occupations plus agréables.
AIR : L* intrigue gouverne le monde (des Sabines).
Qu'elles sont longues les journées
Loin de l'objet de notre amour !
Mes regrets durent des années , •
Mon bonheur n'a duré qu'un jour. (pis^y
Transports que ce jour a fait naître ,
Plaisirs d'amour, momens charmans ,
Il fallait ne pas vous connahre ,
Ou vous connaître plus long-temps, (fiis^
LISISTRATA.
Vous vous plaignez , ma nièce , et que diriez-vous, 9i , comme moi , vous étiez séparée de votre époux depuis dix mortelles années.
CARITE
Qh! vous l'avez vu de temps en temps.
LISISTRATA.
Oui, quand la lassitude forçait ces méchans à s'accorder quelques trêves. Mais ils ont toujours eu soin de faire la campagne bien longue , et la trêve 'bien courte.
GARITE.
AIR : Il faut quitter ce que f adore.
Quelle est donc la funeste gloire Qu'ils vont chercher dans les combats ^ Mieux vaut accorder la victoire A des an^ans qu'à des soldats.
Toujours Mars désole la terre , L'Amour la console souvent ; Si Pluton désire la guerre, L'Amour veut un héros vivant. (bis.)
LISISTRATA.
Tu as bien raison , Garite. L'espèce diminue sans se reproduire , c'est ce qui a fait dire à nos philosophes qu'en temps de guerre , la population se détruit positivement et négativement.
AIR : Lorsque vous verrez un amant.
De nos inflexibles maris
La fureur endurcit les âmes ;
De Sparte ils égorgent les fils ,
Et n'en donnent point à leurs femmes.
Minos saura les en punir,
Car il inscrit sur le grand livre ,
Et les hommes qu'on fait mourir,
Et ceux qu'on empêche de vivre (i). (his.)
(t) Je pourûs dire plos clairement : en temps de guerre on tne des hommes , et l'on fait moins d*en(àns. Cette vëritë si évidente ne pouvait causer aucun scandale ; et les scrupuleux ont crié à 1* indécence , parce que je Pai exprimée moins grossièrement
Le public y a ri , et n*a point impronvé.
488 LISISTRATA ,
CARITE
Et comment prétendez - vous faire cesser cette guerre cruelle?
LISISTRATA.
Tu le sauras quand toutes nos femmes seront rassemblées. J^ai convoqué , et j^attends ici les premières de notre ville. Leur intérêt me répond de leur assentiment. Ainsi quand des hommes qui devraient être amis, se battent et se détruisent, des. femmes qui devraient être ennemies, vont s'unir et vivre en bonne intelligence. N'est-ce pas déjà, ma chère Carite, un assez grand prodige opéré par Lisistrata?
CARITE
Ma tante , aurai-je Thonneur d'assister à votre aiïguste assemblée?
LISISTRATA , gravemeaL
Vous y serez , ma nièce.