‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 14 sur 44 · DEPUIS LA PAIX DE WESTPHALIE · texte numérisé non relu

DEPUIS LA PAIX DE WESTPHALIE

Par feu M. KoCH ;

Ouvrage entièrement refondu, augmenté et conlinaé jasqu*an Congrès de Vienne et aux traités de Paris , en i8i5 ; par F. Schœll, conseiller d*aml>assade de S. M. le roi de Prusse près la cour de France.

Nous comprenons tant de choses sous le nom de politique, nous rangeons tant d'objets diffiérens sous cette dénomination banale , que , pour se faire entendre, il faul circonscrire la matière et prescrire des limites à Texpression. Du temps de Montaigne le mot politique ne s'appliquait guère qu'aux relations extérieures ; et tout ce qui concernait l'État en lui-même était exprimé par le mot

Traites de pwtL. tgj

}oiice, qui a pris depuis une acception plus res-' rcîînte. Quelquefois ^dx police on entendait le gouiremement d*iine monarchie ou d*une république, comme dans cette phrase de Montaigne : « L'exceU lente et meilleure polie c^ est à chacune nation^ celle sazds laquelle elle s *est maintenue. » Ailleurs ce mot signifiait Tensemble des usages , des mœurs , des habitudes d'une nation, comme dans cette autre phrase du même auteur : « C^est chose puissante et de difficile dissolution, qu^une ciçile police : elle dure souvent contre des maladies mortelles et intestines : contre V injure des lois injustes , contre la tyrannie, contre le débordement et ignorance des fnagistrats , licence et sédition des peuples. « Ce mot enfin s'appliquait également à la conduite des hommes entre eux, et même à celle des femmes, comme quand le même philosophe dit : « La po-^ Uce des femmes a un train mystérieux. » Hlîous y avons substitué le mot politique, et nous y avons mis une bien plus grande confusion : si, dans la conversation familière , nous rappelons un des évé- Demens de la révolution , on dit que nous parlons de politique ; veut-on diviser les hommes en parti lorsque souvent ils ne sont divisés qu'en intérêt , on fait autant de politiques de ceux qui blâment , <^e ceux qui approuvent ,- de ceux qui se plaignent ^ qui demandent ou qui espèrent. Un journal rend-il compte d'une séance des Chambres, il devient une feuilje politique ; une grande dame a-t-elle fait un petit voyage et mangé un poulet à son dîné , ce fait

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ig4 POLITIQUE ET HISTOIRE.

est place dans les nouvelles politiques ; c'est dans la politique que sont rangés le repas donné par M. le duc , le bal de M. le comte , le rhume de M. le marquis ; quelques étourdis du parterre font-ils une sotte application d'une phrase d'opéra comique ou de vaudeville , cet événement fait grand bruit dans les salons politiques , et provoque une sérieuse discussion ; des pamphlétaires se vengentils par des injures du mépris qu'on a fait de leurs talens, trente pages de diatribes les placent au rang des écrivains politiques; tous ceux enfin qui écrivent pour flatter la puissance, pour insulter à la faiblesse, pour se plaindre , pour aigrir les esprits, pour fomenter, prédire et vanter les révolutions, sont aussi des écrivains politiques , et quoique nous soyons encore des écoliers dans l'étude de cette science , nos bibliothèques gémissent déjà sous le poids des volumes dans lesquels nous enseignons aux rois, aux ministres, aux législateurs, ce que nous ne savons pas nous-mêmes.

On reproche auxParisiens, et surtout aux femmes^ de parler sans cesse de politique : et de quoi voulez--^ vous que l'on parle , puisqu'on met de la politique partout, jusque dans le ruban d'un chapeau, dans un bouquet , dans la chute d'une comédie , dans-^ le succès d'un mélodrame ? Ils ne sont plus ces^ temps heureux où l'humble Gazette de France était notre code politique ; nous connaissions tow^ ceux qui étaient montés dans certains carrosses ceux qui avaient acheté une charge de secrétair-^

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