EUINES DE PORT-ROYAL
quement patriotes dans un temps où le patriotisme q' était point en harmonie avec les livres canoniques ; contre ces dévots qui devaient connaître le précepte subditi estote principibiis , etc.: ; contre ces dévots enfin qui , après avoir suivi ou favorisé le torrent révolutionnaire , redeviennetit dévots connae par un coup de baguette , et veulent rétablir dans rËglise ce despotisme qui les irritait si fort dans les monarques auxquels la religion même leur commandait de se soumettre. La. déclamation de M. Grégoire s'applique à heauc^ap plus de gens qu'il ne pense.
Parmi h;s titres glorieux de Port-Royal, M. Grégoire cite avec une foi vraiment exemplaire , le miracle de la Sainte- Epine 9 dont Tapplicatlon a guéri madame de Lafosse d'une fistule lacrymale; miracle rapposté par Racine , ceirtifié par l'évêque de Tournai , et qui , selon le dominicain Contenson, doitfermer la bouche aux infidèles les plus obstinés. Comme je ne sub'point obatiné , je veux bien croire à ce miracle janséaiste ; mais je déclare que j'y refuserais toute croyance s'il avait été opéré par Ua jésuite*.'
Après, ce miracle , le lecteur trouve l'éloge de Port- Royal par le docteur Petit- Pied; quelques lignes flatteuses sur Saint- Gyran , cet ennemi zélé des jésuites ; et un lieu commun sur les con^uél'ans, qui mérite d'être cité. « L'histoire^ dit l'auteur, >> e3t pIjis utile à l'espèce humaine , en racon- >* tafnt la vie d'Innocent Fai , domestique à Port-
» Royal , qu'en faisant retentir jusqu'à nous les » forfaits d'Alexandre et de César. » Il est fâcheux sans doute qu'Innocent Fai n'ait pas eu son Arrien et son Quinte-Curce ; mais en attendant que nous devenions érudits avec un bon Monastiem et une vie d'Innocent Fai, nous serons réduits à lire les forfaits de ce méchant Alexandre , ou les Commentaires de ce malheureux César , qui n'était point janséniste.
Comme je ne puis tout examiner , je m'arrête aux objets dignes de remarque. Voici un passage qui prouve ce que peut un beau zèle : w Que l'ar- » chevêque de Cambrai ait peint la grotte de Ca- >y lypso, approuvé l'opéra^ et censui'é les janse- » nistes , en cela rien de contradictoire , etc.... » Si l'on n'avait pas luTélémaque, ne croirait-on pas que Fénélon n'a peint la grotte de Ca lypso qoe pour donner une leçon de volupté à ses lecteurs? Pourquoi M. Grégoire n'a-t-il pas la justice d'opposer à cette grotte les discours et l'action de Mentor, qui arrache son élève à un séjour si dangereux ?
Je me hâte d'arriver à un passage qui seul aurait dû arrêter l'auteur dans la composition de son livre , qui du moins aurait dû lui: oter le désir de l'imprimer. En parlant d'un Journal intitulé Nouvelles ecclésiastiques 9 et publié furiiveïnent ^ il ajoute : « L'habileté avec laquelle les auteurs de » cet ouvrage ont trompé la vigilance de l^înquisi- « tion française , peut setvir de modèle^ .. . L'impri-
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» riierie.est une arme puissaate que le ciel leur a » donnée centre les attenlats du despotisme. Dans » la lutte établie entre celui-ci et les principes , sa »> chute sera plus certaine y plus rapprochée , si Ton » perfectionne le stéréotypage , et surtout d Ton » réduit à des élémens tri^s-simples ce qui constitue
» UN£ PRESSE PORTATIVE AYEC SES DEPENDANCES, » EN SORTE qu'elle COUTE PEU ET QU^ELLE OC-
» CUPE- PEU d'espace. » Ici un chiffre renvoie le lecteur à une note où M. Grégoire se plaint violemment d'un anonyme qui a osé attaquer ce paragrai^e. La note , assez loogue ^ se termine ainsi : « Le libellisle qui s'est caché poui* faire un acte de » lâcheté y croit sans doute que son voile anonyme » ne peut pas être soulevé. On ne lui fera pas même » l* honneur de souiller de son nom cette édition » nouvelle. Il suffira de désigner le père de ce li-
» belle mort-né par la lettre initiale. C'est J ,
» G. V. de P. .^
Que de réflexions font naître cette note et h passage auquel elle appartient! Quelle bonne foi brille chez les hommes de parti ! Quoi ! des écrivais pourront se cacher dans des caves , dans des souterrains, pour attaqner les despotes:, cest^à-' dire les gouvernemens que l'on voudra renverser : on leur coïfôcillera lcs*éditions furtives, le stéréot y page, les presses portatives et à bon marché ,, pour soutenir les droits des peuples , que M* Gi'égoire appelle des >soMii^ertsmis détrônés ; i^9â» si Tun de ces auteurs anonynpfes a laudace de. critiquer
M. Grégoire, il devient un infâme libelfiste> ii fait un acte de lâcheté, il est le plus odieux des hommes. Que dirait l'auteur janséniste , si quelque écrivain jésuite profitait de ses conseils sur les presses portatives et les éditions clandestines? Je m'arrête, parce que j'ai trop à dire; maisdussé-je encourir Tanathéme prononcé par M. Grégoire , Je lui soutiendrai , avec ma lettre initiale , ou avec mon nom tout entier, qu'il a manqué de raison, de prudence et de logique, quand il a rapproché une pareille note d'un pareil passage.
Je ne me permettrai aucune réflexion sur le parallèle que l'auteur fait du temps présent et de celui de la bulle : il prétend qu'il existe encore une persécution réelle ; que l'on réitère le baptême i erreur condamnée depuis quinze siècles ; que l'on repousse lesjldèles de la Sainte Table , au gré du caprice; qxxon exige des billets de confession; qiïon enseigne dans tel séminaire la nuirche à suivre pour lai&ser mourir sans sacrement un individu suspect de jansénisme 9 et.... Ce sont des faits que je ne veux ni ne dois examiner, persuadé, comme je le suis, que si ces abus existent, le gouvernement les fera bientôt cesser.
Je n'ai pas été peu surpris de trouver dans cet ou%Tage une discussion sur la souveraineté du peuple^ question obscure qui ne cesse d'être dangereuse que quand elle est inutiW. Je me garderai donc bien de m'étendre sur ce chapitre ; je me contente de penser que le peuple ne peut jamais exer- .