EXTRAIT
DES MEMOIRES RELATIFS A l'hISTOIRE DE FRANCE , DEPUIS l'année 1757 jusqu'à LA RÉVOLUTION.
Des deux volumes dont se coiiipose cet ouvrage, le premier porte le nom de feu M. Aignan , et le second celui de M,. de Norvins. Ce sont, au reste, de véritables compilations, qui nous offrent en àbrëgë ce que nous avons lu dans les ouvrages orignaux beaucoup plus étendus. Le premier tome contient: i® une Introduction fort curieuse, seul morceau absolument neuf ^ et qui n'est point Ai M. Aignan ; 2® des Extraits des Mémoires de Riot; 3*" le Journal dé Fabbé Clément ; 4*" ^^^ P^*J*^ Histoire des jésuites , dont l'auteur anonyme pour» irait bien être celui de Tînlroduction ; 5** la Destruction des jésuites , extraite des Mémoires dé Tabbé Georgel ; 6** des Appendices pour servir à THistoire ecclésiastique , où figure avec htônneuT un long fragment des Lettre^ pro^incàiies ; 7** enfili des anecdotes ecclésiastiques très-variées et fort piquantes.
Dans le tome II , on trouve : 1° une Préface fort bien écrite , dont plusieurs passages sont tepen — dant fort sujets à contestation; 2** des Mémoire»
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de M. le duc de Choiseui , remarquables par beaucoup d'esprit et de raison; 3** des Mémoires de Tabbe Terray , ou plutôt contre Tabbé Terray ; 4* des Mémcîres de Tabbe' Georgel, que je nommerais plutôt un tissu de calomnies contre les personnes les plus augustes » pour venger un prélat présomptueux et libertin , qui n'en a pas même su gré à l'auteur ; il faut avouer cependant que M. de Nonins a purgé ces Mémoires des restrictions mentales et du probabilisme jésuitique dont ils sont infectés; 5" des Mémoires de Linguet sur la Bastille ; il s'y trouve d'excellentes vérités , mais dont l'autorité est bien affaiblie par le nqm de l'auteur ; 6® des Mémoires de Beaumarchais , trop connus de tout le monde pour ajouter un grand prix à ce volume ; 7® enfin des anecdotes très-nonibreuses et fort curieuses de la fin du règne de Louis XIV et de tout le règne de Louis XV. L'ouvrage se termine par l'affaire intéressante de Beaumarchais avec Clavijb ou Clavico, et parja plaisante confron- ^tion de Beaumarchais avec madame de Goëemauv Scène qui paraît être extraite de Turcaret ou du GheçaUer à là mode.
Revenons maintenant sur nos pas , ,et tâchons i* approfondir une matière dont nous n'avons ionné qu'un aperçu. Le premier tome est entiè- "^laent consacré aux jésuites , sujet parfaitement à ^^ tordre du jour ^ tant par la terreur que ces révé- **^iids pères inspirent à tout ce qu'il y a d'honnête et de raisonnable en France , que pai* la manièi-e
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habilement maladroite dont on feint de nous ras-» surer contre cetle invasion , plus déplorable cent fois et surtout' plus honteuse que celle des Cosaques. Ce ne sont pas des jésuites, 9ous dit-on; c'est ainsi qu'autrefois on disait à Paris : « Ce sont les Pères du collège de Clcrmont. » Oui , sans doute ; mais ces Pères étaient des jésuites , et ils en ont conservé le nom malgré T arrêt du Parlement qui leur défendait de le prendre. Dgns là neuvième des Provinciales , Pascal fait dire à son jésuite : « Il est permis d'user de termes ambigus » en les faisant entendre en un autre sens qu'on » ne les entend soi-même, comme dit Sancfaez; » on peut jurer qu'on ri- a pas fait une chose, quoi- » qu'on Tait faite effectivement, en entendant en » soi-même qu'on ne l'a pas faite un certain jour, » ou avant qu'on fût né. » Ce bel expédient est bien connu de nos meneurs à robe courte. Ils nous jurent , en sûreté de conscience , qu'ils ne veulent pas rétablir les jésuites , parce que , selon la doctrine des restrictions d'Escobar et la théorie de Tequivoque de Sanchez, ils entendent en eux-mêmes : « Ce ne sont pas des jésuites ^ pidsquils n'en prennent pas encore le nom. » Et les niais vont criant : « Ce ne sont pas des jésuites. » Ce reste de pudeur qui empêche de les nommer, cette crainte d'avouer que l'on comploté leur retour, indiquent;, suffisamment le degré d'estime qu'inspire la société. Comme il est honorable pour ces bons pères^ de s'entendre dire ; « Gardez-vous dé laisser soui>-
t£S J£SUlT£â. iiS'J
çotiiier ce que vous êtes ! Vous verriez le mëpris et l'horreur e'clater sur toutes les figures ; et a votre nom seul vous entendriez tous les honnêtes gend s'écrier : Domine sahianfac regem. »
Les écrits contre les jésuites sont nombreux ^ et la plupart se distinguent par beaucoup d'esprit, de la logique , et par une foule de faits irrécusables qui condamnent cette société. Cependant, m'est-il permis de dire qu'on leuf a presque toujours fait une guerre maladroite , ^t qu'on leur a laissé les moyens de se justifier avec une appai'ence de raison? Dans le livre que j'annonce, les raisomemens sont presque uniquement dirigés contre l'institution de l'ordre , et les accusations portées sur des torts ou des crimes individuels. Examinons d'abord Tinsti^ tution : elle n'a rien de blâmable , si les doctrines qui en dérivent sont saines et honnêtes. Cette es^» pèce de charte semi-monastique ne fait autre chose^ que régler les rapports entre les chefs et les subordonnés. On s'est effrayé de la grande puissance du général , et du dévouement sans bornes des reli^ gieux envers cet autre f^ieux de la montagne. Mais peut-on blâmer Tentière obéissance des subordonnés , si le chef ne commande rien que d*honnête et de juste ? Peut-on blâmer le dévoue* lUent de ce chef à la personne du pape, si le pape, ^onmie on doit le supposer, n'ordonne rien de Contraire à la religion , au repos des peuples et à la ^^reté des rois ? L'institution et les réglemens n'ont ^onc rien de dangereux, si les doctrines sont saines*
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'aSS POLITIQUE ET HISTOIRE.
Les torts et les crimes imputes à la société' , et malheuireusement trop vraisemblables, peuvent bien in^irer de fâcheuses prëventions et une grande défiance ; mais ces faits ne s'offrent pas avec l'évidence nécessaire dans un procès criminel; et, fufise/it-ils évidens, ils ne seraient pas concluaqs contre la société. D'après le texte même des accusatioiis , îi^ est clair que Ton a inculpé dis jésuites , et non pas 2iES jésuites ; et ceux-ci pourraient vous répondre ce que le P. La Chaise disait à Louis XIV, quand il ^conseillait à ^e monarque de prendre toujours son confesseur dans la société de Jésus : « Nous sommes si nombreux , si passionnés pour la gloire du corps , qu'on ne pourrait répondre de rien dans une disgi'âce , et un mauçcus coup est bientôt/ait. » Et, en effet, ces jésuites étaient répandus sur toute la surface du globe ; ils s'étaient associés à tous les pouvoirs, immiscés dans toutes les familles marquantes ; et qui peut répondre de tous les soldats d'une milice si nombreuse?
tTavoue cependant qu'il est effrayant de reconnaître que depuis le règne d'Elisabeth jusque vers la fin du règne de Louis XV, les jésuites , ou plutôt des jésuites se trouvent impliqués , ou publiquement , ou tacitement, dans tous les procès de lèsemajesté. Les PP. Campian , Briànd et Skerwin , pendus comme complices d'une conspiration tendante à l'assassinat d'Elisabeth et à l'élévation de Marie Stuart au trône d'Angleterre ; le P. Balard,
complice d'une autre conspiration oiirdîe par l'ambassadeur d'Espagne ; le P. Holte , impliqué dans un complot de même nature ; le P. Richard Walpole, instigateur d'ùh nommé Squire, qui tenta d'assassiner la même reine ; les PP. Gamet, Ôldecorne, Gérard et Tesmônd, complices de la conspiration dès poudres , et dont leis deux premiers furent pendus , les deux autres ayant pris la fuite ; les PP. Varade et Guîgnard , condamnés comme complices des Barrière et des Châtel ; des jésuites désignés comme instigateurs de Ravaillac ; d'autres jésuites soupçonnés de participation au crime de Damiens; les PP. Malagrida, Malhos et Alexandre , condamnes comme complices du duc d'Aveiro, etc.. Voilà, j'en conviens, une niasse de faits bien capables d'éveiller dte sinistres présomptions ; mais considérons que tous ^es crimes , fussent-ils bien démontrés, peuvent être regardés conune des actes individuels ; que la société comptait de vrais fanatiques paimi un grand nombre d'hommes très-éclairés , et que la religion a toujours été la cause ou le prétexte de tous ces assaissinats. Ôr, il n'est aucune classe du peuple qui n'ait payé son tribut au démon ; les rois n'ont pas tous été des saints , les magistrats n'ont pas été tous intègres et irréprochables , les militaires , tous braves et fidèles; dans toutes les conditions on trouve le meilleur et le pire ; il n*est donc pas étonnant, dira-t-on, que vingt ou trente scélérats ou fanatiques se soient rencontrés dans tant de mil-*.
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liers de reli^eux : encore, ajoutera-t-on^ toutes ces complicités dans les attentats contre les rois n'ont--elles pas été prouvées avec évidence.
Diderot, que Ton n'accusera pas de partialité pour les jésuites, dans l'article Jésuite du Dictionnaire encyclopédique , ne me paraît pas avoir été plus heureux que les autres ennemis de la société. Il fait une longue énumération de toutes les disgrâces que ces pères ont encourues , de toutes les accusations qui ont été portées contre eux, de tous les arrêts qui les ont condamnés ; mais tout cela ne porte pas la conviction dans l'esprit du lecteur, parce que Diderot présente comme preuve ce qui a besoin d'être prouvé. On sait d'ailleurs que quand une société est favorisée par l'opinion publique, tout ce qu'elle fait paraît admirable; mais quand cette opinion s'est retirée , la calomnie remplace l'adulation. C'est ce qui est arrivé , et comme le dit Voltaire : « Il faut être bien maladroit pour calomnier les jésuites. »
La banqueroute scandaleuse du P. la Valette, qui ruina des négocians de Lyon et de Marseille , fut la cause dernière et déterminante , en France , de la dissolution de la société ; mais il n'est point démontré que cette faute gravé et si bien punie soit celle de la société même , et quand il serait bien prouvé que le provincial de Lyon ait écrit aux victimes de cette banqueroute : « Périssez^ périssez tous; nous ne pom>ons rien pour vous; » cette dureté insolente et barbare ne doit pas être
knpatëe à Tordre tout entier; les jësuîtes ne s'énoncent pas ordinairement avec tant de franchise.
Comment donc faut-il s'y prendre pour détruire le reste de prestige qui environne encore cette société si célèbre et si dangereuse , et pour faire sentir combien son rétablissement serait impolitique , et funeste à ceux même qui l'auraient favorisé .î* Il feut suivre le conseil du duc de Choiseul , et n'attaquer les jésuites que sur leur doctrine. Ici , je prie le lecteur de me prêter toute son attention.
Les crimes les plus atroces et les plus avérés ne prouvent jamais rien que contre les hommes qui les commettent. Or, certainement dans les statuts de la société, il n'est point question de crimes dont le général pourrait commander l'exécution , et l'ol>éissance aveugle que ce général exige , peut toujours s'entendre des actes courageux et utiles qu'il peut prescrire à ses subordonnés , au profit de la religion. Mais il n'en est pas de même des écrits des jésuites , et des livres qu'ils ont répandus avec tant de profusion sur toute la surface de l'Europe. Un jésuite rie pouvant rien publier sans l'approbation de ses supérieurs , indépendamment de la censure pontificale, et un conseil de jésuites théologiens étant préposé , dans chaque province, à l'examen des ouvrages de ces religieux , il est évident que les doctrines professées dans ces livres sont celles de la société même. Cela sera plus indubitable encore si l'on observe que les préceptes attentatoires à l'autorité et même à la vie des rois, sont reproduits
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dans des centaines de volumes, et pKsque dam les mêmes termes : la conviction enfin sera complète quand on aura reconnu que ces maxime^ révoltantes, proférées par des centaines de jésiiites, n'ont été réfutées pa?" aucun. Or, le calcul des probabilités prouve qu'une pareille coïncidence est moralement impossible, si elle n'a pas été convenue par un consentement antérieur. Ainsi, on peut regarder comme certain que si, sur un millier de personnes, une centaine affirme une chose, qui n'est niée par aucunç autre , cette chose a été nécessairement convenue entre tous , et doit être considérée comme un dogme commun. Ce sont donc les livres des jésuites, et non pas les crimes de quelques-uns de ces pères , qui démontreront . le danger de rétablir cette secte aussi contraire à la vraie religion qu'au repos et au bonheur de3 peuples. Examinons maintenait l'iesprit dp quelr ques-uùs de ces livres.
En i588, Aquapontanus (Bridge vvater) soutient que le pape peut déposer les rois , par cerfoins motifs i qu'il ne désigne pas, pour laisser une plus grande latitude à la puissancfe pontir ficale.
En iSSg, Delrio, dans s^s paraphrases snrlt^ tragédies de Sénèque , applique aux^rois condamnés par le pape , un passage de \ Hercules furens ^ où il est dit qu'aucune victime n'est plius agréable à Jupiter que le meurtre d'un rpi injuste ; et un roj ^st toujours injuste quancl le pape l'a déclaré tel;
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et par une conséquence forcée, on est très-agréable à Dieu quand on assassine un roi qui est injuste aux yeux du pape. Ne nous étonnons donc pas que les jésuites aient demandé la canonisation de Jacques Clément, quoiqu'il fût dominicain, et conséquemment peu agréable à la société.
En 1 5g3 , le jésuite Varade avoua que , consulté par P. Barrière , pour savoir si , en sûreté de conscience, on pouvait assassiner le Béarnais (Henri IV), il avait répondu : « Je ne puis vous Je conseiller, parce que je suis prêtre , et j'encourrais la censure d'irrégularité. » Ainsi, il est faux que Varade ait professé la doctrine du régicide , puisqu'il regarde l'assassinat d'un roi comme im acte irrégulier pour un prêtre ; mais Barrière n'était pas prêtre , et il comprit ce que le jésuite voulait dire.
En I SgS , Grégoire de Valence , dans son Sommaire de la vraie piété , proclame le pape comme le seul, possesseur légitime de toutes les couronnes, qu'il peut distribuer et reprendre à son gré, comme il peut destituer et condamner les rois , pour défection dans la foi , ou pour quelque autre chose; même latitude que celle donnée au pape par Bridgewater.
En 1698, Salmeron, le plus prolixe des écrivains de la' société , déclara dans ses Dissertations sur les Actes des Apôtre^s^ que Dieu a donné à saint Pierre une suprématie directe sur tous les royaumes de la terre , en vertu de laquelle il peut
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les changer, les transférer, les aliéner, et déposer les empereurs et les. rois.
L'année suivante , parut le livre fameux et bien orthodoxe sans doute , intitulé : De rege et régis institutione , dans lequel le bon Mariana dit, en parlant de Jacques Clément , que ce pieux assassin s* est acquis une grande gloire en tuant son roi (^cœso rege), et il le nomme Tétemel honneur de la France {astemum GalUœ decus).
Même année rSgg, Emmanuel Sa, ou Saa, publia ses Aphonsmes, dans l'un desquels il dit que le prince qui gouverne tyranniquement une seigneurie , quoique légitimement acquise , n'en peut être dépouillé que par jugement (voilà la Con* vention absoute , elle a jugé), mais qu'après le jugement, le premier venu peut en être exécuteur, Emmanuel Sa est encore plus expéditif que les jacobins. Dans un autre aphorisme , il déclare que la révolte d'un clerc n'est point un crime de lèsemajesté, parce quun clerc n* est pas sujet du roi. Ce dogme est répété dans plusieurs écrits jésuitiques , ce qui prouve qu'il est fondamental. Nous verrons si le roi sera charmé d'accueillir dans ses Etats des associations d'hommes ifui ne sèmntpas ses sujets.
C'est encore dans la même année que le célèbre Bellarmin , jésuite et cardinal , a publié son traitd de l'exemption et de Vimmunité des ecclésiastiques^ où il soutient que les clercs ne sont sujets à aucune loi de VEtat Nous verrons encore si nos
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procureurs-généraux , obéiront à Bellarmin quand un clerc commettra quelque irrégularité, à la façon du P. Varade. Le même carditial dit dans son livre De romuno pontifice^ que le pape est le maître absolu de toute la teiTe, qu'il a directement la puissance temporellej, et que les souverains ne régnent que par une concession révocable du pontife.
En 1602, Molina, dans son livre DejustiUâ etjure^ attribue au pape la même puissance ; il dit même tout franchement que les rois de la terre sont des sujets du pape. Comment, d'après cela, les rois ne seraient-ils point molinistes ? Comment les peuples ne seraient -ils pas fiers d*être les sujets d'iAi sujet ?
. En i6o5, Scribani répète, dans son Amphithéâtre d^hormeur, tous les raisonnemens de Bellarmin.
En 1606, le P. Richeaume, provincial de Lyon,* approuva et loua les Instructions morales du père Jean Azor, qui accorde aussi au pape la domination directe et temporelle sur tous les trônes.
Le même Richeaume , dans un pamphlet dirigé contre Fauteur de TAnti-Cotton , enseigne Tart de transformer un roi légitime en tyran , pour avoir ensuite le droit de lui ^r le trône et la vie. Ce livre infâme a paru avec l'approbation des théologiens de l'ordre. Ce Richeaume est celui qui avait obtenu de Henri IV le rétablissement des jésuites. Hâtez-vous donc de rappeler ces bonnes gens ?
En 1609 9 Lessius, qui a aussi fait un traité de
justiiiâ et jure , va plus loin que tous les autres : selon lui , le pape peut mettre des impots sur toutes les nations , puisqu'il a pleine puissance sur toutes les choses temporelles ; il peut aussi concéder à une ville, à une province , le droit de se gouverner en république, au préjudice de son cUdevant roi. Et cela est juste : car si le pape a le droit de priver un roi de son royaume , il peut, à fortiori, lui enlever une ville ou une province.
Heirsius , Serrarius , Cretzer et le P. Gotton , adoptent les principes de Mariana et de Bellarmin; Cotton ajoute qu'assassiner tous les rois de la terre serait un moindre péché que de révéler une confession. Il avait ses raisons pour soutenir cette thèse : il ne voulait pas que Ton fât forcé de révéler les confessions des Barrière, des Châtel et des Ravaillac.
En 1612, Bécanus renchérit sur la doctrine meurtrière de$ rois ; le parlement de Paris informe ; le pape censure aussi le livre , ce qui arrête la procédure ; Bécanus fait une seconde édition de ses Traités de controverse 9 n'y change rien, et Paul V en accepte la dédicace.
En i6i4 9 Suarès public sa Défense de lafoi, livre écrit dans les principes de Bécanus , et justement brûlé à Paris par la main du bourreau.
Dans les années suivantes , les jésuites Femand, Gilles Konink et Jean . Lorrin écrivirent dans le même sens , et le dernier des trois affirme que la puissance iemporcUe des papes commença le joor
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OÙ saint Pierre coupa une oreille à Malchus. On a ri de la sottise , mais le dogme du temporel ne s'est pas moins propagé.
]Ën 1626, le parlement de Paris fit brûler les ouvrages des jésuites Eudémpn Jean, Jacques Keller et autres, comme attentatoires à la majesté et à la sûreté des rois.
Ajoutons à cette triste liste les PP. Sar/iarel, Tanner , Estrix , Tirin , Bauny, Héreau , Vasques, Valentia, Jouveucy, Pirot et Tolet, et le lecteur aura sous les yeux le quart à peu près des noms qui devraient être en horreur à tous les royalistes.
Maintenant que nous avons une idée assez claire {de la doctrine des jésuites , figurons-nous des rois assemblés en conjgrès , conspirant pour se donner un maître y et se déclarant vassaux , même au temporel, d'un prince qui réside en Italie. Cela est absurde, dira-t-on,; eh! oui,, sans doute; cela n'est cependant qu'une conséquence de la doctrine (st du rappel des révérends pères.
Laissons maintenant les enfans de Loyola, et occupons -nous des firagmens recueillis par M. de Norvins. Mais , que dis-je ? les jésuites sont inévitables , et j'en retrouve, un des plus noirs dans le tome qu'il me reste à examiner. L'abbé Georgel se présente à mes yeux avec son libelle si habilement enluminé de dévotion , de modération et de douçeur. Ce méchant prêtre me comiuaud^ de lui consacrer une grande partie de cet article , et de fiipisir la scandaleuse affaire du collier comme son
plus beau titre à Fimmortalité. L'immortaKté ! il a raison, il a le droit d*y prétendre ; mais, comme Fa dit un homme d'esprit, les uns y vont dans un char de triomphe , et les autres en charreft^ ' plaçons donc le jésuite dans ce dernier équipage, et tâchons de le faire avancer.
Quoique aujourd'hui Ton soit certain de se faire lire au moins avec curiosité quand on parle des jésuites, j'aurais détourné mes regards de cet abbe' Georgel , dont je n'ai que trop parlé quand ses Mémoires ont paru; mais puisqu'on reproduit la partie la plus odieuse de son livre, puisqu'un homme plein d'esprit et d'instruction, M. de Norvins , regarde le procès du collier comme une machination inexpKcahle^ je sens que je n'ai pas eu le bonheur de convaincre tous mes lecteurs quand j'ai traité cette question. Peut-être ai-je été trop diffus ; essayons si j'atteindrai mieux le but en suivant la ligne la plus courte , -et en employant de nouveaux moyens.
Des joailliers avaient présenté à la reine Marie- Antoinette un magnifique collier du prix de seize cent mille fi-ancs. Un pareil omemetit devait tenter une princesse brillante de beauté, de gi'âce et d'éléjgance ; mais le roi avait défendu les profusions , et le collier fut repoussé.
Une société de fripons spécula sur cet événement si simple , convoita le superbe joyau et eut Fart de se Fappropier.
Quels étaient ces fripons? Des intrigans, des
escrocs , des faussaires , endoctrinés par le charlatan Cagliostro, et présidés par madame de la Motte , intendante des gros et menus plaisirs du cardinal de Rohan.
Cette comtesse de la Motte , qui se prétendait issue de la branche royale des Valois, était née dans Tindigence; mais elle avait intéressé la bonté de la reine , qui l'avait tirée de la misère , bienfaisance payée par la plus atroce ingi^atitude !
Le cardinal avait, dans son ambassade à Vienne, provoqué et mérité l'aversion de l'impératrice Marie-Thérèse , et conséquemment celle de Tarchiduchesse Marie-Antoinette , dont la piété filiale lui faisait épouser toutes les affections de sa mère. Cette haine était bien légitime. Une lettre du prélat ambassadeur, dans laquelle la majesté impériale était outragée , et même pei'siflée , avait été divulguée et traînée jusqu'au banquet de madame Dubarry, dont les honnêtes commensaux s'étaient égayés aux dépens de l'auguste Marie -Thérèse. L'ardbiduchesse, devenue reine de IVance, ne put jamais voir le cardinal sanjs une espèce d'horreur, et quelles que fussent les courbettes du prélat , il n'obtenait jamais qu'un regard où le mépris se mêlait à l'indignation. Il en fut désespéré , et il confia ses chagrins à la sensible comtesse de la Motte qm en fit son profit.
Après avoir exposé son projet à ses dignes associés les faussaires et les escrocs , elle promit de &ire sa paix avec la reine , sur l'esprit de laquelle
a^O POLItlQtJE ET HISTOIRE.
cette intrigante prétendait avoir beaucoup d'empire. Elle conseilla donc au prëlat d'acheter le fameux collier et de l'envoyer à la reine , en laissant à sa ma j este la faculté de le payer en petites sommes, à différens termes, de manière que la dépense devînt presque insensibk.
Le cardinal embrasse avidement cet impudent espoir, mais il veut être autorisé par la réîrie avant de traiter avec les joailliers. La comtesse se chai^ de tout ; elle fait fabriquer un billet signé Marie- Antoinette , et qui autorise le cardinal à faire l'achat du collier. Le marché est conclu, on prend des atermoiemens , et le prélat commet l'imprudence de déclarer aux joailliers qu'il achète ce collier pour la reine.
A peine en était-il possesseur, qu'il se croit au comble de la faveur et de la félicité. Un homme couvert de la livrée de la reine se présente; ot lui remet le collier, qui passe dans les mains des escrocs, est dépecé par eux, et, transporté par fragmens en Angleterre , y est veiidu au plus offrant. La comtesse ne manque pas de faire au cardinal un récit très-animé de la grande joie dé la reine à la réception du collier; elle va jusqu'à dire que sa majesté doit le porter le jour de là t^urification ; la traîtresse pousse l'impudence jusqu'à faire entendre que la reine n'a témoigné dé la froideur au cardinal que pour déguiser des sentimens très-différens ; et monseigneur se croit appelé aux plus grandes aventures.
Cependant le premier terme du paiement est échu , et l'argent ne vient pas. Vite une autre kttre de la reine excuse ce retard ; les jours secoulent , lés joailliers menacent , et les lettres se succèdent; mais ce ne sont pas des lettres de change ; et le cardinal qui n*a jamais d'argent , commence à s'inquiéter^ Pour dissiper ses soupçons, on fait jouer, dans le parc de Versailles, une farce nocturne, où le prélat, plus aveuglé que jamais, croit entendre une voix auguste luî permettre le plus doux espoir. Notez qu'alors ce prêtre était âgé de cinquante ans.
Mais les joailliers perdent patience, et s'adressent à la reine elle-même ; et sa majesté, n'écoutant que son indignation , demande vengeance au roi , qui , par un sentiment d'honneur plus que par un conseil de la prudence, fait arrêter le cardinal au moment même où il allait officier pontificalement. On connaît asseï le reste de cette histoire, et le procès qui Ta terminée.
Je ne conçois pas ce qu'on peut trouver d'i/ieœpKcable dans ce récit exact et si rigoureusement vrai qu'il est avoué par l'abbé Georgel lui-même, et confirmé par les débats judiciaires. M. de Norvins a sans doute cru voir une contradiction choquante* entre l'arrêt du parlement qui acquitte \e cardinal, et l'ordre du roi qui l'exile. Mais cette contradiction n'est qu'apparente. La conduite du prélat prouve un déplorable aveuglement , une crédulité sans bornes, j'en conviens ; ce sera de la
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sottise Y si Ton veut , mais le code pmal ne punit pas la sottise. Coupable aux yeux de tous les hon-^ nétes gens , le cardinal n* avait cependaiit commis aucun acte contre lequel la justice pût sévir. Et, en effet , quel est son crime ? Celui d'avoir cru vraies des lettres qui étaient fausses ; tout le reste est r ouvrage de la comtesse et de ses complices: le parlement a donc bien jugé.
Mais, de son côté, le roi avait toute raison d* expulser de la cour un homme, un prêtre, un prince de TEglise, qui venait d'y causer un si grand scandale. Sa majesté , si j'ose le dire , eut tort d'avoir donné de la publicité à cette misérable intrigue ; mais, l'affaire une fuis divulguée , le roi pouvait-il s'empêcher de témoigner son horreur pour un homme qui , par un aveuglement et une présomption coupables , avait fait mêler un nom auguste à tant de noms infâmes? Ainsi, tout s'explique naturellement : l'ordre du roi ne fut pas trop sévère , et l'arrêt du parlement ne pouvait pas Têtre davantage.
Revenons maintenant à notre jésuite , qui était le grand-vicaire et le factotum du cardinal. Il voulut venger son patron ; mais fidèle à la doctrine des sous - entendus et des restrictions mentales, il commence par protester de son profond respect pour le roi , pour la reine , pour toute l'auguste famille , puis , par des réticences , par des phrases interrompues, par des exclamations sans motif apparent , il fait naître les plus odieux soupçons.
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11 n'articule formellement rien d'injurieux , mais il laisse tout croire , et il force même le lecteur 4 supposer ce qu'il y a de pire. I4' éditeur de ses Mémoires , M. Georgel , neveu de Tabbé , a bien connu les louables intentions du jésuite, puisqu'il nous dit dans une Notice , que « son oncle n 'a pas tout" à-fait déchiré le voile ^ mais qu'il Va souleçé. » Eh bien ! moi , je le déchire , et je vais démontrer qu'il ne cache rien autre chose que la perfidie de l'abbé Georgel.
Lorsque le cardinal fut arrêté dans Vàeil-de" bœuf 9 à Versailles , il feignit de vouloir rattacher sa jarretière , et il traça au crayon , sur un morceau de papier, cette courte phrase : « Sauvez le portefeuille rouge, » Ce papier, qu'il put glisser dans la main d'un aifidé , fut remis à l'abbé Georgel /qui sauva le portefeuille rouge.. C'est sur ce portefeuille .que l'abbé a fondé son système de calomnie, avec assez d'adresse pour que l'intention ne fut pas évidente. Il ne dit pas , en effet , que le portefeuille rouge renfermât de véritables lettres -de la reine , mais il témoigne , disons mieux , il feint la plus grande frayeur dans la recherche du portefeuille ; puis , quand il l'a trouvé , il se félicite du bonheur d'avoir pu le soustraire ; plus loin il se retrace avec effroi les malheurs qu'aurait causés la saisie du portefeuille rouge ; et même après le jugement , il s'applaudit encore du grand service qu'il a rendu au cardinal en sauvant le portefeuille rouge.
CRITIQUE* T. tr. 18
Que signifient ces exclamations , ces frayeurs simulées et cette joie factice ? L'abbé veut-il nous faite croire que ce portefeuille contenait de véritables lettres de la reine ? Effectivement , tout ce bruit , tout cet éclat ne peut avoir un autre but. Mais une de ces lettres avait été produite en justice; elle avait été reconnue fausse, elle n'avait même rien qui ressemblât à l'écriture de la reine ; le faussaire Villette avait été saisi à Genève : il avait d'abord voulu nier, mais il fut confondu quand on lui montra de sa propre écriture, qui était identique avec celle de la prétendue reine. L'abbé Georgel savait tout cela. Or, si l'une de ces lettres était fausse , toutes les autres l'étaient nécessairement aussi ; car madame de la Motte n'était pas assez maladroite pour présenter au cardinal des lettres d'écriture différente comme étant dé la même personne , et, de son côté, le cardinal, tout aveugle qu'il était, n'aurait pas été dupe d'une friponnerie aussi grossière. L'abbé Georgel savait tout cela ; il savait de plus que la prétendue reine avait cessé d'écrire quand Villette était en Angleterre pour y vendre les diamans , et que la correspondance recommença quand le faussaire fiit de retour. M. l'abbé savait tout cela , et cependant il pousse des exclamations, quoiqu'il fût évident à ses yeux que le fameux portefeuille rouge ne contenait que des lettres fausses. S'il eût été un honnête homme , YAen loin de sauver le précieux portefeuille , il l'aurait produit en justice ; il aurait par
LES JÉSUITES. !i75
. là servi la cause de son cher cardinal; cai" on aurait vu combien de macliinations on avait em* ployécs pour tromper son ëmînence. Mais , non ; il sait que toutes les lettres sont fausses , il se gardé bien de le dire , et il persiste à leur supposer une grande importance pour faire naître dans Tesprit de ses lecteurs les soupçons les plus odieux.
Ce n'est pas tout • dans sa retraite à Fribourg en Brisgaw, il s'occupe de la rédaction de son libelle, et il y attache un préambule où il dit : vMon intention n'est pas de faire paraître ces Mémoires de mon vivant : le rôle que de grands personnages doivent y jouer y quoique retracé diaprés leurs cOrrapières connus et d'après des faits bien avérés. pourrait réveiller des passions assoupies et en déchaîner Tacti^îté. » Il ajoute plus loin qn*ilneveut pas troubler les derniers momens de sa vie ; et ici au moins il est sincère. N'est-ce pas comme s'il disait :« Quand je n'y serai plus, que la réputation des grands personnages soit outragée , avilie , peu m'importe : après moi le déluge !
Ajoutons encore un petit coup de pinceau pour
achever le portrait de cet honnête homme. Après
avoir bien mis en ordre ses précieux Mémoires ,
et les avoir légués à la postérité, il eut Taudace
d'aller à Mittau, se présenter au roi Louis XVIII ^
et ce qui est plus impudent encore , à Madame^,
• duchesse d' Angoulême. Oh ! si en ce moment une
puissance surnaturelle l'eut contraint à dévoiler
toute son âme , il eût dit à la princesse .* Madame ,
j'offre aujourd'hui à votre altesse royale mon res^ pectueux hommage et mon entier dévouement; mais j'ai , dans mon secrétaire , un petit livre de ma composition où. votre auguste mère est passa- Uement outragë^^
Qui le croirait ? on a prétendu justifier ce doucereux imposteur. On m'écrivit que j'avais commis une grande faute en* accusant ce jésuite : Tabbé Georgel, disait- on, prenait des not^s à mesure que les événemens se succédaient ; il était trompé comme le cardinal , et il croyait que les lettres du portefeuille rouge étaient réellement celles de la reine ; ainsi, ce que je regardais comme une infâme calomnie n'était qu'une erreur excusable.
Oui , l'excuse serait admissible si l'abbé Georgel était mort avant le jugement du procès ; mais après ce jugement , l'abbé ne pouvait plus persister dans son erreur ; et comme il a encore vécu vingt-neuf ans depuis cette époque, et comme > dans son préambule , il ne se montre nullement disposé à rendre justice aux grands personnages qu'il avait calomniés, rien ne peut l'aKsoudre, ni diminuer l'indignation qu'inspirent ses Mémoires si perfidement rédigés , si long-temps médités , et ^i lâchement destinés à voir le jour dans lan temps où l'auteur ne risquerait plus rien. Observons d'ailleurs que cet homme si pieux et si royaliste n'est pas plus l'ami du roi que celui de la reine; ' et quand on aura lu ce qu'il dit de la cour de Coblentz^ des profusions et de la conduite desprincesi^
il sera biea déiftooitré que ce saint hoiame couvait une haine jésuitique contre toute la famille des Boiy*bons. En voilà bien assez sur les écrits de Tabbé. Georgel ; Dieu veuille qu on ne me force plus à y revenir !
Parmi les fragmens curieux que M. de Norvins a recueillis, on distingue les Mémoires de M. le duc de ChoiseuL L' ex-ministre y rend sommairement compte de son administration ; il s'exprime sur la cour et contre les favorites avec une grande liberté ; le dépit perce quelquefois à travers le calme qu'il affecte , mais on ne peut lui refuser un esprit supérieur , une raison profonde , et Tart d'exposer les choses les plus difficiles avec une admirable clarté. J'ai cependant cru remarquer un défaut de raisonnement dans son écrit sur l'exportation des grains. Il veut prouver que c'est une question oiseuse, parce qu'on ne doit jamais craindre qu'on exporte une quantité de grains trop considérable , et il dit : « Dans les bonnes années , le blé ne sort pqs y parce qu'il n'y a pas d'acheteurs au-dehors ; et dans les mauvaises , il trouve son prix chez lui. » Ce dilemme pèche par la base , en ce que ses deux termes contradictoires ne sont ni généralement vrais , ni généralement faux.
Une année peut être bonne pour un pays et mauvaise pour un autre ; cela peut même quelquefois se remarquer de province à province. Il y a vingt-sept ans que nous eûmes un hiver très- rigoureux, tandis que dans le Nord on jouissait d'une
température très-modérée ; et en 1816 , quand des pluies continuelles altéraient nos moissons , Marseille éprouvait une telle sécheresse, qu'un xprre d'eau y devenait un objet précieux. Pour que le duc de Choiseul eût raison , il faudrait que Tabondance des récoltes ou les calamités se fissent sentir partout en même temps , et l'expérience a prouvé le contraire.
Je me contenterai d'indiquer les Mémoires sur l'abbé Terray , ce grand financier , inventeur du système par lequel on fait le bonheur des hommes en leur enlevant une partie de leur revenu. La preuve que cet abbé était un excellent ministre, c'est que sa» doctrine lui a survécu et brille encore de tout son éclat.
J'ai déjà parlé de Linguet et de Beaumarchais; mais je recommande à la curiosité du lecteur la partie du livre (et qui en emplit presque la moitié) intitulée : Anecdotes tirées de dwers Mémoires. H en est plusieurs de fort piquantes ; les jeunes gens liront surtout avec plaisir tout ce qui est relatif au régiment dé la calotte. C'est une satire générale des vices , des ridicules et des mœurs du temps ; elle s'étend sur tout ce qui se fait remarquer , sur tout ce qui a quelque consistance dans la société , depuis le roi jusqu'au dernier artiste , depuis le pape jusqu'au dernier prêtre. Quiconque commettait une faute ou une sottise , obtenait un grade dans le régiment de la calotte. Louis XIV s'en amusait beaucoup. Il dit un jour à M. Aimon qui en était
le fondateur : « M'avez-vous mis dans votre régiment ? » Aimon repondit : « Faites des actions , Sîre , et soyez persuadé qu'on ne fait pas d'injustice âmos notre régiment. » Les grands hommes entendent la raillerie ; les petits esprits sontv assez naïfs pour s'offenser des petites malices.