IDYLLES DE THÉOCRITE
y voir une fête ; les traits de satire contre les maris , le caquet de ces femmes sur les mystères de là toilette et les petits détails du ménage , la mauvaise humeur contte la ser^'ante , la négligence pour r enfant qu'on laisse entre les mains de la bonne 9 l'empressement à se parer, à se montrer , la peinture des embarras de la ville et de la foule qui se porte où il y a foulé, tout cela est d'une vérité si conforme à nos mœurs, que l'on croit lire une scène de Molière ou tout au moins une satire de Boileau. i
J'ai déjà dit mon opinion sur» la traduction dé M. Gail ; l'estime du public et le succès de l'ouvrage ne feront, j'espère, que la confirmer. Je me contenterai d'ajouter ici que les gens du mpnde rie doivent point en redouter la lecture; elle est si naturelle , si élégante et tellement appropriée au génie dejQotre langue, que les plus grands enric?mis de l'aptiquité pouiront la lire comme un bon ouvrage français.
M. Gail y fait sans cesse un heureux échange d^ nos tournures contre les tournures grecques , qui nous paraîtraient quelquefois barbares si elles étaient servilement imitées. Les occasions oùftést forcé de préférer V équivalent ^\x littéral ^ sont extrêmement nombreuses, et elles prouvent, quoi qu'il en dise , qu'il est permis de traduire en vers les poètes anciens. Puisque dans la prose même , il se ti'ouvë à chaque instant dans rimpossibilitç de s'astreindre à une exactitude scrupuleuse, pour-
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quoi ne .permettrait -il pas la même liberté au poète .^
Il me reste à parler du troisième volume de cette traduction. C'est là que brille Vimmense ëru- .dition de M. Gail. On est en quelque sorte eflrayé quand on voit quelle énorme quantité de volumes il lui a fallu lire , que dis- je? étudier, dévorer, pour pa}*venir à éclaircir quelques passages obscurs , déterminer quelques sens douteux dans les idylles de Tbéocrile. Ce qui n*est pour le lecteur qu'une instruction facile, et même un amusement, •a dû être pour le traducteur uja travail bien long et bien pénible ; oserai-je ajouter que c'est un travail bien ingrat? En effet , jamais le. public n accorde,, dans ce cas, une récompense proportionnée à la peine et au mérite. Celui qui , au prix de ses veilles et au préjudice de sa santé , se sacrifie en quelque sorte pour les sciences , obtient sans doute Testime oisive des gens instruits et des gens de bien , mais il s'attire souvent aussi le mépris des sots et la haine active des méchans. J'ai des raisons pour croire que M. Gail a obtenu cette triple récompense , el je voudrais de tout mon cœur qu'on ne lui eût accordé que ia première.
L'ouvrage est terminé par Jes bucoliques dt J^irgile^ que le même professeur a traduites, el sur lesquelles il (ait aussi des remarques où Thefocri^e est un peu trop supérieur à Virgile, mais où rpn trouve des rapprochemens ingénieux et des observations pleines de goût.
BISCOUBS D£ CICERON. {4?