‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 35 sur 44 · DISCOURS DE M. T. CICÉRON · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. T. CICÉRON

Traduits et analysés par M» Henry, chef d*école secondaire.

Que dire encore de Gcéron, après tant d'écrits, dénotes, de commentaires, d'interprétations, d'éloges et de discussipns dont ce grand orateur a été la cause ou Fobjet? Je suis donc dispensé de tout préambule , puîsqtie je serais réduit à répéter ce que personne n'ignore. Ce que je puis dire de plus nouveau sur Cicéron, c'est qu'on ne le lit plus ; et à l'exception de quelques amis de la belle latinité, l'orateur romain n'est plus guère connu que des professeurs et des écoliers. Si l'on me demande sur quoi je fonde cette assertion , je répondrai : lisez les discours de nos oxjiteurs ; et ceux qui concourent aux prix ac^adémiques , et ceux qui obtiennent des couronnes , et ceux mêmes qui , prononcés dans des occasions solennelles, au nom du premier corps littéraire , semblent exiger de la pureté , de la dignité , de l'élégance , et surtout de la clarté , vous serez alors forcé d'avouer, ou que Cicéron a eu tort, ou qu'on ne lit plus Cicéron ; et pour me servir d'une expression cîcéronienne , nos orateurs ne me donnent-ils pas le droit de dire : Jam obsolemt Ciceroms eloquentia?

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Beaucoup d'écrivains, je le sais, cherchent à accréditer cette opinion si fausse, qu^on n^apas besoin de recourir au grec ou au latin pour bien parler français ', je ne chercherai point à la combattre , puisqu'elle est déjà remuUà magis^ quam verbis refutata^ et qu'il suffit de comparer les écrits des hommes qui ont lu les anciens, aux écrite de ceux qui les méprisent. Mais que ces enneiçis du latin, parce qu'ils ont négligé de rapprendre, consultent au moins les bonnes traductions, et si dans ces copies , bien peu fidèles , ils. trouvent cependant des leçons utile^s et d'admirables exemples, ils sentiront^bientôt de quel secours leur serait la lecture de^ originaux.

Malheureusement les bonnes traductions sont plus rares encore que les bons ouvrages. Je n'en concluerai pas cependant, avec certains traducteurs, qu'il faille plus de talent pour traduire que pour composer. Je ne me jetterai pas dans un autre excès, en disant qaime traduction n^est jamais qu^une tapisserie vue à Verwers;jmjs je paierai un juste tribut d'éloges aux libérateurs qui font heureusement passer dans notre langue les beautés des langues anciennes , sans exiger d'eux cette perfection rigoureuse que la différencie des idiomes a rendue impossible.

M. Henry, chef d'école secondaire, offre au public trois discours cte Cicéron (^prq Milone^ pro Marcello , pro LegeManilid) , et il attend le succès de cette traduction, pour publier successive-

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talent d'autres chefe-d'œuvre de Toratcur romaini Dans une pré&ce d*une page et demie , sobriété bien rare à prcfsent , il s'exprime avec cette modes*^ tie qui est encore moins à la mode : « J'avais en vue , non-Seulement de leur &ciliter (il pa:^le de ses ëlèves) Tinterpretation du texte , mais de diriger leur goût, et de les aider à suivre plus sûrenïent la marche de T orateur et le développement progressif de ses idées ,^ c*est ce qui m*a engagé à ajouter à chaque discours unc^ analyse raisonnée, à laquelle leur intelligence , secondée par le travail , trouvera encore beaucoup à clouter. Ainsi cette traduction peut, en quelque sorte , être regardée comme classique et élémentaire. Si cet essai obtient quelqu'en-^ couragement, il me sera agréable de le continuer, et je ne tarderai point à publier la traduction des Gatilinaires ; sinon je laisserai vo] ontiers à àt& mains plus habiles le soin de remplir une tâche si dif^ ficile. »

Il est aisé de s'apercevoir que M. Heni^y n'a de commerce qu'avec les auteurs anciens^ ou avec les anciens modernes ; car s'il s'était modelé sur les plus nouveaux, sa préface eût été un peu plus volumineuse que son livre, et sa traduction eût été suivie de notes , notices , remarques et sur-notes dans lesquelles il nous aurait prouvé qu'on n'avait rien &it de bon avant lui dans ce genre ; que lui seul était digne de sentir , d'apprécier et de traduire Cicéron ; que ses lecteurs n'avaient rien de mieux k faire que d'admirer, et la critique» d'autre

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parti à prendre que de se taire. Au fieu de toutes ces belles choses , qui sont du goût le plus inodeme v il tious dit simplement que si son travail n'est pas agi*eable au public ; il laissera à des mains plus habiles le soin de remplir cette tâche , et la gloire de faire mieux. Oh! certainement M. Henry doit de jà être regarde comme un auteur ancien.

Mais si' sa modestie Ta empêche de louer son ouvrage , je dois d'autant moins lui refuser dé$ éloges que je crois justes, et que ses lecteurs sans doute confirmeront. Sans comparer sa traduction à celles dc$ du Hyer, des Auger , àes Lallemant et des de Vi^ailly , chez qui Ton retrouve bien rarement réloqûence de Cicérx)n , je ne crains pas d'affirmer que M.' Henry a toujours ëtë fidèle au sens, clair, pur et ëlëgant dans son style ; qu'il a çu lart de dérober à l'orateur romain tout ce que la langue latine lui permettait de transporter dans la nôtre; et s'il ne m^ appartient pas de dire qu'on ne peut mieux faire, je crois au moins que l'on n'a pas mieuK fait. Autant éloigne de ceux qui rampent sous la iytatmie de la lettre , que* de ceuxqui prêtent àCicëron un genre d'esprit qu'il n'avait pas, le ni^ùveau traducteur* a substitué d'heureux équivalens aux expressions: que n'admet pas notre langue, e£ a reproduit avec une rigoureuse exactitude toutes celles dont il pouvait nous enricUr: 11 a senti que ces k>ngues périodes qui ont tant de grâce dans le latin , sont rarement élégantes et claires dans le discours firançais , et il a su s y me-

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tiager dés repos avec tant d'adresse , que tous ces membres épars ne forment qu'un seul corps , et que la période y parait conservée. Il us^du même artifice chaque fois qu'une longue pareifthèse sus^ pend le sens d'une phrase déjà trop étendue ; quand il trouve trois épithëtes ou trois verbes |^ont le nombre n'a été commandé que pai" l'élégance la-*" tine / il les réduit souvent à deux qui les égalent en iotce et en clarté ^ parce qu'il sent bien que ce qui est abondance dans le texte , deviendrait sou^ vent redondance dans la traduction.

Cette manière de traduire le latin me fournit l'occasion de faire une observation qui ne sera peut-être pas dénuée d'intérêt* Ceux qui ont reproché à Cicéroti cette surabondance de phrases, cette accumulation de mots, et la reproduction d'une même idée sous plusieurs formes différentes ^ ne paraissent pas avoir senti combien un discours destiné à être lu dans le silence du cabinet, diffère de celui qui doit être prononcé dans une place publique , devant un sénat , devant un peuple as« semblé. Dans le premier cas, le lecteur instndt et attentif n'exige , ne désire que ce qui est nécessaire à la clarté et à l'élégance du discours ; il se révolte chaque fois que l'auteur a l'air de douter de son intelligence , et fait des efforts pour éclaircir ce que le lecteur a déjà fort bien entendu ; mais quand -on s'adresse à tout un peuple , il faut parler à t<iutes les passions , à toutes les préventions ; il faut un

style pour tous les esprits, une logique pour tous

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les degrës d'intelligence : ce n*est point alors assez de frUppeF fort , ni même de frapper juste y mais il faut souvent f^pper plusieurs coups au même endroit, afin que ti les premiers ont trouvé des, insensibles, le: dernier au moijis produise son efifet. Cicéron n*a donc pas dû parler au Forum comme dans le sënat, ni au sénat comme il écrivait pour des lecteurs intelligens , lettrés et attentifs.

l^e traducteur doit observer toutes ces nuances; et. comme les discours de Cicérop pe sont plu5 destinés au peuple ^ celui qui les reproduit dans notre langue doit s'appKquer à saisir qe juste milieu où., sans s'éloigner de l'orateur romain, il le rende cependant intelligible et agréable à des lecteurs, français. Une citation fera mieux sentir ce que j'ai voulu dire 9 et que j'ai faiblement exprimé. Cicéron plaidant pour Miloji qui a tué Glodius, «veut prouver que le meurtre cesse 'd'être un crime dan&le cas où l'on est réduit à défendre sa vie Contre une injuste, agression. C'est une vérité que persomie ne conteste ; mais il parlait devant des hommes prévenus, amis de Giodius , et ennemis de IM^lon ; il fallait donc qu'il eût dix fois raison pour ne point .paraître avoir tort ; la redondance n'était donc l^v<P^e suffisante , et il ne pouvait trop accumuler les moyens. Il dit : « Il est une loi, I^omains, nqii pas écrite.,. mais née avec nous; une loi que nous n'avons ni apprise, ni reçue des hommes, mais que nou^ avons comme arrachée et sm^rise ^ la nature ; une loi qui ne. vient ni de l^'iQstruction

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