‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 38 sur 44 · THEATRE COMPLET DES LATINS · texte numérisé non relu

THEATRE COMPLET DES LATINS

Pkr J.-B* Lbvbs , ancîtn professeur à* rhétorique et de Httérvtare latioe, éi par feu Tabbë LsnoHiirBR; Mgmenté de dîttertations par MM. AvÀURT DmrAi., de l'Académie des Inscriptions, et Aux AHO&E DmrAK^ de l'Académie Française.

On n*a pfit& encore tout dit si^r la comédie des anciens ; les traducteurs et commentateurs Tont surtout considérée sous le i*apporl de Vérudition et de Tarchëologie , mais incomplètement sous celui de Fart dramatique. MM. Duval viei4ienl , en quelque sorte, d'ouvrir cette carrière; mais, ^'imposant Tobligatibn d*être concis , ils ont fait des rapprochemens plutôt que des dissertations , et , en excitant vivement la curio^té du lecteur, ils lui laissent regretter tout ce qu'ils se sont abstenus de dire. On sent en effet tout ce qu'aurait de piquant , d'instructif et d'utile un ouvrage dans lequel les sujets , la marche , les convenance» morales et sociales, les caractères/ le dialogue et le comique de la comédie ancienne seraient c<^npafés. aux mêmes parties de la comédie moderne , comparaison qui se ferait en analysant successivement toutes les scènes des. meilleures pièces de ma:ute et de Téceiice, et en y iàis^uat distinguer ce

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qui est bien chez tous les, peuples et dans tous les âges, de ce qui est bien sous F empire de telles mœurs et de tel gouvernement. Il en résulterait celte vérité , qu'il y a deux espèces de comique d*un mérite fort différent , quoique le succès ne soit pas toujours en raison du mérite : F un, puisé dans la nature de Thomme , ferait rire l'habitant de la Chaussée - d'Antin comme celui du Marais, le peuple de Paris comme celui de Rome ou d'Athènes; l'autre, dépendant des usages, des institutions , des convenances temporaires , tient aux ridicules de tel ou tel siècle , et agit plus ou moins fortement sur telle où telle classe de la société. Une pareille étude ne ferait pas seulement connaître Tart dramatique , on y puiserait encore des leçons d'histoire , de morale et de philosophie.

MM. Amaury et Alex. Duval ont eu évidemment cette pensée, ils l'ont développée autant que le leur ont permis les homes qu'ils étaient forcés de se prescrire ; maïs ils ont été renfermés dans un cercle trop étroit, et dans leurs notes supplémentaires ils semblent avoir posé les bases d'un ouvrage nouveau qui jetterait un grand jour sur les secrets , le but et l'influence de l'art dramatique.

Pour en finir sur la part que les deux académiciens ont prise au travail de M. Levée , et pour pouvoir ensuite m' occuper uniquement du traducteur, je vais développer à mon tour une observation qui est due à MM. Duval , et qui me paraît d'une grande importance. Si je ne me

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trompe, elle nous éclaire sur le véritable caractèrç de la comédie latine , sur le but que les auteurs se sont proposé , et sur la manière de juger les ouvrages qui nous restent. Quelque respçct que nous ayons pour des hommes tels que Plante et Térence , il nous est impossible de lire leurs comédies sans être choqués des invraisemblances , . je dirais presque des absurdités dont elles fourmillent. Au premier aperçu , ces deux comiques nous paraissent avoir méconnu la première règle du théâtre, celle qui nous commande de présenter une action et non pas un discours, de faire parler des personnages et non pas un auteur, et d'offrir aux spectateurs des tableaux si fidèles qu'ils puissent les prendre pour des réalités. Mais tout nous prouve que les anciens n'ont jamais eu et n'ont pu avoir la prétention de porter Tart jusqu*au prestige , et de^ faire prendre la représentation pour Faction même. Tout démontre, au contraire, qu'ils ont donne la comédie pour ce qu'elle fstt comme on le verra par les remarques aiiHVtiites , qui sont autant de faits et autant de pwuves.

Bien loin de vouloir produire ce que bou$ nommons YUlusiorif et dont nous nous exagérons peut-être le mérite , les comiques latins la rendaient impossible en transportant dans des pièces grecques , les mœurs , les usages des Romaiiis , et en montrant dans Athènes , les rues , les places et les édifices de Rome. On y voit un Grec sortir de sa maison d'Athènes ou de Çalydon, pour aller au

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Formn , âu P^elabrum^ ou à la porte par laquelle les trois Horaces sont allés combattre les trois Âlbains. C'est absolument comme si, dans une pièce dont l'action se passerait à Londres, la décoration représentait la place Vendôme ou la rue Saint-Honoré. Cette singularité se répète trop souvent pour être une inadvertance ; elle est trop grossière pour que des hommes tels que Plante et Térence se la fussent permise sans aucun motif.

Les prologues des comédies nous éloigtient encore plus de toute illusion ; dans Tun , le coodédien dit nettement aux spectateurs : « Le sujet de cette pièce est une vieille histoire que je vous pre'senterai rajeunie. » Dans un autre , il dit plus clairement encore : «Cette jnèce que nous représenta rons réellement, ne sera pour vous qu'une comédie {vpbisfabiJa ). » Dans presque tous , l'acteur du prologue , qui ressemble beaucoup à un impressario italien , explique le sujet de la pièee , en trace la/ttiarche, et en annonce même le dénouement. Tcritice* enfin , dans la plupart de s^s prologues , fait Tapolo^^e de ses ouvrages, se plaint d*un auteur rival et jaloux par lequel il prétend être calixànié, et qu'il nomme le vieux poète.

Dans la comédie même , les perisoniAges , ou plutôt les* comédiens , expliquent non-seulement ce qu'ils ont fait hors de la scène , mais même ce qu'ils vont faire et ce qu'ils vont dire. A chaque instant ils s'inteiTompent par dé longs aparté, pour préparer la coc^dence , la ruse ou la réplique

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qu*ils vont faire à Tinterlocuteur. Ici , Ton voit des personnages qui se cherchent long-temps sur unç place ou dans une rae , quoique Ton soit en plein jour ; et 9 pendant cette recherche, ils débitent un assez grand nombre de vers qui sont entendus de l'un d'eux, tandis que Tautre est censé âe rien entendre. Ailleurs , c'est mie femme qui attend avec impatience Tesclave chaîné d'une corn-* mission; elle le voit venir, et, au lieu de l'aborder, elle se retire dans le fond de là scène , le laisse réciter un long monologue ; et quand l'esclave yar quitter la place , elle se dit encore à elle-même : Je crois qu'il, faut l'apgjlier. Dans une pièce où une femme accouche presque sur le théâtre , puisqu'on L'entend crier : A moi^ Junon Ludne! je vois une servante chargée d'aller- chercher la sage-femme , s'arrêter pour déclamer le monologue obligé , débiter ensuite une longue scène oii elle a plus d'a-^ parié que de répliques , et sortir enfin en disant fort tranquillement : Je vais chercher la sàgefemme. Observons encore que toutes les pièces , sans exception, finissent par le laot plaudite, adressé aux spectateurs , et que très - souvent un acteur y apprend au public que le dénouemenl se fait dans telle ou telle maison, de telle ou telle manière , ear il ne se fait pas toujours sur le théâtre.

Si ces invraisemblances, qui se reproduisent dans toutes les pièces et dans presque toutes les scènes, étaient les Ëiutes de quelque ai^eur obscur^

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d'un ëcrivaîn mëdiocre , nous pourrions en conclure , comme qn Ta fait un peu iëgèrement , que la comédie , chez les anciens , était encore dans son enfance. Mais quand on est forcé de reconnaître que ces ouvrages sont , . en général , bien conduits , que les caractères y sont parfaitement tracés et conservés , que les situations y sontpré^ parées avec art , et que le dialogue , plein^ de raison , de naturel et de verve, est toujours conforme au sujet de la pièce, à la condition, au caractère deç personnages, et aux circonstances dans lesquelles ils se trouvent , il est juste , ce me semble, de rechercher les causes qui ont fait commettre des fautes aussi graves à des hommes ^ussi habiles que Plante et Tcrence. Voyons donc ce que devait être la comédie pour le peuple dé Rome avant rétablissement de la monarchie.

Les théâtres étaient immenses , et par théâtre j'entend&, comme on le faisait alors , la partie de l'édifice où siégeait le public; Les spectacles s'y donnaient gratuitement ; toutes les classes de la société y étaient admises, les esclaves mêmes y assistaient à la sunvna ccu?ea. Il fallait , en conséquence y que la jnèce représentée plût aux hommes de tous les états, et flattât T orgueil de ce peuple i\ fier qui se croyait destiné à commander au monde. Yoilà pourquoi les auteurs lui adressaient, tous leurs prologues , dans lesquels ils cherchaient à capter la faveur populaire ; c'est encore dans Tintention de le flatter que Ton ne désîgaait jamais

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que deé ma^stratures romaines dans les comédies dont le sujet était grec, et que l'on donnait à la ville d'Athènes les rues, les places et les édifices de Rome. Tout était romain dans ces pièces grecques, et nous aurioils mauvaise grâce à le blâmer, nous qui donnons un air français aux héros grecs et romains.

Dans une salle qui contenait trente ou quarante mille spectateurs,'et quarante mille hommes libres, il n'était pas très-facile de se faire entendre, et c'était obtenir un beau triomphe que de forcer le peuple-roi au silence et à l'attention. Le succès de la pièce dépendait cependant du plus ou moins d'art que l'auteur avait mis à la faire comprendre* Répéter les phrases deux ou trois fois eût été un moyen grossier, et il aurait d'ailleurs choqué l'amour-propre ou la patience des spectateurs. Il fallait donc employer l'artifice , et tellement préparer les situations et les scènes qu'elles devinssent in- 4elligibles à l'homme le moins éclairé , sans le forcer à une attention trop servile. Si ces réflexions ont quelque justesse , elles semront à expliquer les invraisemblances des comédies anciennes , et les prétendus défauts de leurs auteurs. Un prologue annonçait le sujet , indiquait la marche de la pièce et le caractère des personnages. A mesure que chacun entrait en scène , il exposait dans un monologue , ou dans un aparté, totit ce qui s'était passé antérieurement, et même ce qu'il allait faire, afin que le public prévenu fut curieux d'observer comment

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il fersât , ou comment il dirait L'obligation de préparer ainsi les actions et les scènes , pour les rencbre claires et intelligibles à la multitude , excluait toute prétention à produire rillusion. Aussi voit-on que les auteurs n'y ont pas même so»gë. Il faut donc considëi'er la représentation des comédies an-* ciennes comme des espèces de lectures &ites par plusieurs personnes , ht qu'elles interrompent de temps en temps par des aparté où des monologues, pour en expliquer les difficultés et en préparer les effets. Je ne parle point ici des expressions triviales, des équivoques obscènes et des plaisanteries basses qui nous choquent trop souvent daïis le dialogue de Plante. La licence repubHcaine, l'entrée gratuite au théâtre où tout se jouait pour et par le peuple^ et la nécessité d'amuser la plebs et la plebeculot répondent suffisamment à ce reiproche. Quelques années plus tard , la société ayant acquis plus de politesse , et la populace ayant perdu son influence , il fat permis à Térence d'être plus pur et plus châtié. Ceci nous explique pourquoi Cicéron , tout républicain, admirait Plaute, dontHoracc, courtisan, blâmait tes sels un peu grossiers. Les défauts des comiques anciens sont ceux du temps et de la nécessité ; leurs beautés leur appartiennent en propre, et ont mérité d'avoir Molière pour imitateur. SU restait encore quelques doutes, j'espère qu'une seule réflexion les dissipera. Supposons que l'on veuille aujourd'hui donner des spectacles gratuits, et en plein air , comme étaient les théâtres anciens^

à trente ou quarante mille hommes de toutes le^ classes du peuple ,. n* est-^il pas évident qu'il faudrait ctéer un nouveau répertoire, substituer la comédie générale à la comédie spéciale , et recou-^ rir aux artifices employés par les anciens pour se £iire entendre à cette multitude et pour T amuser ?

Je crains d*avoir trop étendu la pensée de MM. DuvaU qui, de leur coteront été trop laconiques ; et c'est peut- être par amour-propre que j'ai été diffus, car j^'àvais. depuis long-temps la même idée. Co nouveau point de vue me semble d'ailleurs trèspropre à faire apprécier à leur juste valeur les cbefs^ d'œuvre des anciens, et je ne vois pas d'autre moyen de concilier le grand taleut de Térence et de Plante avec des Ëaïutes dont nos pièces des boulevards sont exen^ptes. Si La Harpe s'était bien représenté cç que devait être la comédie dans Rome répûbli-* caine , et dans le siècle d' Annibal , il n'am^ait pas traité Plàute avec un dédain qui peut faire douter s'il l'a bien lu.

Ne soyons pas trop fiers de notre supériorité sur les anciens, même en fait de comédies; et, avani de condamner ce qu'ils ont fait,. inst]:uisons-nou$ ^ un peu de ce qu'ils ont dû, de ce qu'ils ont pu Ëdre. On siffle déjà Molière : ne noujS étonnons donc pas qu'un Plante et un Térence soient mé-« prisés par des hommes qui ne pourraient pas les lire»

M. Levée a publié le te'Xte de Plâuje et de Tévence ; il a traduit tout le théâtre du premier de ces auteurs; il s'est servi, pour le second, de la

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traduction de Tabbé Lemonnier ; il a fait un grand nombre de notes philologiques et archéologiques, soit pour expliquer \e$ difficultés du texte , soit pour rappeler les usages auxquels certains passages font allusion , soit enfin pour justifier sa traduction de Plante ; il a publié aussi les notes de l'àbbé Lemonnier sur Térence , et il en a ajouté de nouvelles quand elles lui ont paru nécessaires pour rectifier quelques erreurs de version, ou pour éclaircir des passages difficiles. Le tout est précédé d'une bonne dissertation sur Plante et sur ses écrits y par M. Levée ; d'une préface de Tabbé Lemonnier sur Térence , et Ton trouve à la fin de chaque volume des observations fort curieuses de MM! Amaui*y et Alexandre Duval , sur les comédies que l'on vient de lire , observations que cependant on a tort d'annoncer dans le titre comme des dissertations.

De deux auteurs latins , Térence est celui que l'on cite le plus souvent, et que l'on nous offre comme un modèle d'excellente latinité ; il est aussi le plus sagç , le plus régulier , et surtout le plus ' décent. Quoique ses comédies portent l'empreinte du temps et des mœurs romaines , elles se rapprochent davantage de la comédie moderne. Les invraisemblances y sont beaucoup plus rares que dans Plante , et toujours moins choquantes. Son dialogue , toujours élégant et pur , se fait surtout remarquer par une raison profonde ; les scènes y sont liées avec beaucoup d'adresse ; des phrases,

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des mots jetés comme par hasard , y préparent les scènes et les situations suivantes ; quelques-unes de ces comédies , enfin , nous prouvent que Tart n* était plus â son berceau , comme on le dit un peu trop légèrement ; et , quoique ces pièces ne puissent plus convenir dans leur totalité aux peuples mpderaes , il n'en est pas une où Tautcar comique ne puisse trouver de bons exemples et puiser d'utiles leçons. Si , parmi les pièces modernes , je voulais chercher quelque analogie avec 1^ manière de Térencc , c'est dans la comédie allemande que je croirais pouvoir la découvrir.

. Mais si Fauteur de YAndrienne, des Adelphes, et surtout de Pho/mion, parait l'emporter sur son devancier, ce n'est pas au moins sous tous les rapports ; il lui cède même dans la partie la plus essentielle de l'art, dans le comique. Nul doute que Plaute n'ait plus de vivacité, plus de verve, et, malgré La Harpe , plus de variété. Si la comédie doit faire rire , si elle doit être pour les spectateurs un objet d'amusement plutôt qu'un sujet d'étude, les pièces de Plaute sont plus comédies que ceUes de Térence. Oh! certes, je ne me dissimule aucun de ses défauts. Des plaisanteries communes et grossières, des équivoques de mots qui, quelquefois, n'ont pas même le mérite des calembours, des obscénités portées jusqu'au dégoût , une exagération souvent ridicule des caractères , ou trop vils, ou trop vicieux , quelques tableaux si révoltans qu'ils nous inspirent un profond, mépris pour les

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vertus républicaines du grand peuple , voilà ce qu'on.ne peut y méconnaître ; jnais n*oubUons pas quel était alors le but de la comédie latine, et tenons pour certain que, si nous a\Î9ns eu les iqêmcs théâtres , si la même foule y avait été appelée , et si le spectacle eût toujours été un gratis ^ Molière n'aurait jamais pensé à faire un Misanthropie ^ et il nous aurait montré autant de Ma^carilles qu'il y a. de Syrus, die Dave et de Geta dans la comédie latine. Considérons d'ailleurs par combien de traits piquans et agréables, par combien de détails pleins de finesse, par quelle vérité de dialogue çt paç quelle énergie d'expression Plante a racheté des défauts qui étaient ceux de son temps et de ses contemporaii^, et ne spyons pas étonnés si les ancêtres d'Horace Plau. tinos laudopêre sales; aujoi^i^d'hui méipe Iférence est sai>s doute plus admiré , mais tqut liecteur de l^oi^ne foi conviendra que Plante l'amuse ds^vantage. Lçs tra4ncte\irs de^ Piaule et de Térence diflerent entjce eux comme les deux comiques latins. M. Levée a serré sqt^, aiiteur de plus près ; il n'a pas prétendu franciser un Romain, du siècle de Scipipii.; il n'abandonne l'esprit et l'expression de PlautQ que quand la tgurpure latine est incompatible avec le g^nie de notre langue , et il ne corrige 1^ crudité 4u texte quf quand trop de , fidélité deviendrait de l'indécence , comme dans queljques scènes de YAsinaire, et surtout de la. Casirta. A|> I^ycQ nous a donc présenté Plante avec autant de vérité qu'on pçjut le faire en friançais» .

TH£ÀTEE BKS LATINS. 4^^

: L'abbe Lemonniér à tFapduit Téretice d'après un autre- système : il semble avoir voulu donner un costuitie moderne aux personiiag^es de T ancienne comédien et traduire XEunuquëy XHécyre et les ufédelphes 9 comme si ces pièces devaient être représentées sur notre théâtre. Aux proverbes, aux idiotismes , et aux alhtsiohs qui indiquent des mœurs et des habitudes anciennes , il substitue , non pas deis équivalens, mais des à peu près, cm-' prunitës à nos mœurs et à nos usages^ S'il trouve daos le texte : Fallaciarh portare , il traduit : dresser une batterie. Le mot expiscan pouvait se reia^re par amorcer^ qui serait une métaphore tirée de r art de prendre le poisson en lui présentant un, appât; il/a mieux aimé dire : Tirer les vers du mz.^ ce qui n'offre pas une image très-agréable, liôrsqu'il est question de payer la somme d'un grand taient au parasite Phormion , le vieillaixl Chrêmes s'écrie avec humeur : Immo mcdum kercle! et l'abbé Lemonnîer a trouve plus plaisant de lui faire dire : Un grand dîùèle qui V emporte. Ailleurs , Antiphon dit en lattn : Satin ^ illidi sunt propitU? et en français : Est^e quil a le diable au corps !^ Je sais que , dans une imitation de cette scène , IMbolière fait dire à Argante : « Qu'il aille au cËable avec son mulet! » Mais Molière écrivait pour un* théâtre et pour dés spectateurs français, tandis que Tabbé-Letuonnier devait nous conserver l'esprit et le caractère d'une pièce latine faîte pour, un théâtre de Rome. Lorsque Terenee a fait

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dire : Quid, si animam débet? S'il dùit Jusqu^à son âme? le traduclear lait observer que celte expression serait fausse pouF nous, parce que nos lois n adjugent pas au créancier la personne du débiteur insohakle. Eh! voilà précisément pourquoi l'expression serait excellente puisqu elle est caractéristique , et tient aux usages du peuple <|ue Ton met en scène. Si, dans une comédie dont le sujet serait pris chez les Turcs y il était question d'empaler un scélérat , F abbé Lemonnier aurait dit sans doute que ce supplice n'est pas dans notre Code pénal, n s'agit bien de nos lois dans une pièce deTérence! Le traducteur aurait dû voir que cette conformité de la traduction avec nos mœurs était abf^olument impossible; le théâtre latin où les valets sont des cscfetves, où il est question des édiles et du préteur, où Ton achète des femmes au marché comme des comestibles, où une mère peut légalement vendre sa fille à un homme pour un temps déterminé , où un père entre en négociation avec son fils pour partager avec lui les faveurs d'une maîtresse, où tout se, fait selon les usages anciens , et selon les mœurs très-corrompues des républicains de Rome , ne peut jamais avoir le caractère des comédies françaises, et c'est pour cela qu'il fallait lui conserver son caractère original , el lie pas produire la disparate choquante de deux choses inconciliables. Autant vaudrait donner aux Geta et aux Syrus, l'habit de grande livrée, et montrer les Antipbon et les Pamphile en habit de

TniATftE DES LATINS. 4^5

tx)ur, ou en frac à Fangiaise. Cettq manie d'eixir ployer nos expressions communes a fait pâlir la traduction de Térence. Cette phrase , par exemple, « j'aîî extof que de ^argent aux vieillards , » retidelle Tçnergie du latin emiinori argento senes? Et combien de fautes pareilles ne pourrais- je pas çitéy! Otservons cependant que ces fautes ne sont que des erreurs de système, que Tabbé Loraonnier a très-bien senti le mérite de Tcrence , que sa traduction est d'ailleurs fort élégante , et que , s'il est par fois inexact, c'est quand il a cru devoir éviter son auteur an lieu de le suivre.

Je vais faire quelques observations sur la traduction de Plante , et sur les notes archéologiqu(!s de M. Levée. Dans le texte de THécyre, je lis ce vers au bas de la page 122 :

Pera! jmâei Philumenœ, sequimlni me hue mtro amhœ.

C'est la co|^rtisanc Bacchis qui parle ; or, comment peut-elle dii'e : SeqidmirU arnbœ^ quand il n'y a en scène que la nourrice et deux hommes? L'un de ce deiix hommes est Phidîppus ,* père de Philumena , qui peut conséquemment dire : Suiyez-moi toutes deux chez ma fille; il faut donc que le vcr& soit écrit ainsi ;

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