‹ Œuvres de F.-B. HoffmannChapitre 4 sur 44 · SUR LA VIE DE M. SUARD · texte numérisé non relu

SUR LA VIE DE M. SUARD

sua SES ECRITS ET SUR LE XVIII® SIÈCLE;

Pa& Dominique- Joseph G abat.

« La longue vie littéraire de M. Suard commence avec la révolution des idées , et sa vie se termine avec la révolution des événemens. Cela est déjà assez remarquable. Ce qui Test davantage , c'est qu'il n'a pas assisté seulement aux deux révolutions dans toute leur durée , mais qu'il a figuré dans l'une et dans l'autre , sinon avec beaucoup d'éclat ^

MEMOIRES SUR SUARD. 6l

au moins avec assez d'influence pour lier toute l'histoire de sa ¥ie d'une manière inséparable à toute leur histoire. » Cette phrase , qui se trouve aux deux tiers du second volume , aurait été mieux placée au commencement du premier ; elle aurait indiqué au lecteur le double aspect sous lequel on doit considérer ces Mémoires. Suard (qui est trop généralement connu pour conserver le Monsieur après sa mort) était un littérateur très-distingué , qui n'a rien laissé de très-remarquable , un philosophe assez hardi qui n'a jamais donné dan^ aucun excès, un politique très-disposé à réformer les Etats , mais à leur appliquer la médecine expectante ; un homme du monde plus encore qu'un homme de lettres , d'une conversation charmante, d une sociabilité parfaite , d'une tolérance admirable , d'une instruction variée , d'un ton excellent, d'un commerce sûr et d'une probité rigoureuse. M. Garât , son panégyriste , ne sera point satisfait de cet éloge; et Thomme à la mémoire duquel il consacre deux volumes , lui paraît encore supérieur à celui que je crois avoir peint fidèlement en peu de mots. A Dieu ne plaise que je veuille rabaisser la réputation de l'écrivain et de l'ami que M. Garât regrette si justement ! mais si j'épuise toutes les formules de la louange pour célébrer le rédaiCieuT dix Journal étranger, V anonyme àeV augirard , et le traducteur de Robertson , de quelles expressions me servirai -je , quand je parlerai des hommes de génie qui porteront la gloire

de la France jusqu'à la postérité la plus reculée ? Quoique j'estime la chaleur jusqu'à Texagération dans les regrets de Tamitié , je ne puis accorder à M. Garât qu une traduction en prose , quelque parfaite qu'elle soit , place le traducteur à côté de l'auteur célèbre ; Texcellente traduction en vers d'un beau poëme ne produirait pas cet effet, quoiqu'un pareil ouvrage , s'il existe, soit un rare phénomène. Les Géorgiques de Delille sont encore assez loin des Géorgiques de Virgile ; et quand Suard ose dire que la traduction de Y Iliade , par Pope , est supérieure à l'original, il nous apprend seulement qu'il savait très-bien la langue anglaise. L'amitié ne garde aucune mesure et ne craint pas de flatter, parce qu'elle sait qu'on le lui pardonne ; et pour élever l'objet de son culte , elle a recours à des sophismes qui font sourire la raison, mais qui ne peuvent la séduire. En comparant la célébrité de Suard aux ouvrages qui devraient en être la base, M. Garât semble craindre que le public n'y voie un défaut de proportion , et pour y rétablir l'équilibre , il soutient avec beaucoup d'esprit une thèse tout-à-fait insoutenable. Le résultat de sa dialectique .est que la quantité des bons ouvrages n'a aucune influence sur la gloire d'un auteur , que vingt volumes d'tm mérite égal ne relèvent pas plus haut qu'un seul volume , que leur nombre n'est que le produit d'un travail souvent répété , que le premier suffirait , et que Molière serait Molière tout entier quand il n'aurait fait

qu'un seul de ses chefs-d'œuvre. Oh! sans doute, je ne demande pas même un volume pour être assuré qu'un écrivain a du style , de l'esprit et du talent : un petit conte de \oltaire, soit en vers, soit en prose , me montrerait tout cela ; mais il serait bien fin le lecteur qui , dans ce petit conte, apercevrait les élémens du Siècle de Louis XIV ^ de Mémpe et de la Henriade. La seule Athalie m'inspirerait sans doute un grand respect pour Tauteur ; mais, malgré sa majestueuse simplicité et l'admirable harmonie de ses vers , je n'y devinerais pas le bel ordre et le mouvement que j'admire dans Iphigénie , la passion qui me transporte dans Phèdre , la profondeur qui m'étonne dans Britan^ meus. C'est dans la médiocrité seule que la quantité est de peu d'importance ; mais une variété toujours brillante , une fécondité toujours heureuse , font croître la gloire de l'auteur, en multi*pliant ses titres ; la rivière pure et limpide devient un fleuve immense, et sa renommée augmente comme le volume de ses eaux. •

Disons-le franchement : la grande publicité qu'a obtenue le nom de Suard provient bien moins du mérite de ses ouvrages , quoiqu'ils aient beaucoup de mérite , que de ses liaisons avec tout ce qui a brillé dans le siècle dernier , de ses qualités personnelles , de sa conduite dans des circonstances difficiles, de ses connaissances variées, de son esprit de conciliation , de la sagesse et de l'utilité de ses conseils. M. Oarat l'a bieii senti, car, en

annonçant des Mémoires historiques sur Suard, il a réellement présenté au public un tableau du dix-huitième siècle. C'est en cela que ces Mémoires offrent un grand intérêt ; et Suard était peut-être le seul homme qui pût fournir ce prétexte , par sa longue vie pendant laquelle il a connu familièrement tous les beaux-esprits , tous les savans , tous les philosophes, tous les politiques et tous les artistes qui ont brillé depuis l'époque où Fontenelle présidait le bureau d'esprit de madame Geofr frin , jusqu'à celle de la restauration. Quel heureux caractère, quelle sociabilité, quelle politesse de mœurs et de langage ne fallait-il pas avoir pour vivre en société , et toujours en bonne intelligence, avec des hommes aussi différens que l'étaient Montesquieu , Helvétius, Raynal , l'abbé Trublet, l'abbé Arnaud, Gerbier, le baron d'Holbach, Jean- Jacques Rousseau , Diderot , M. et madame Necker , l'abbé Morellet, l'abbé Galiani et le fameux baron de Grimm , dont la volumineuse correspondance a été si ridiculement louée dans tous les journaux ! Sans adopter les opinions de ses divers amis , sans les rejeter avec dédain et sans les flatter avec une lâche déférence , Suard écoutait également le philosophe qui n'aurait pas ouvert la main dans laquelle il eût tenu toutes les vérités , et celui qui , brisant tous les fi-eins et déchirant tous les codes , aurait du même bras détruit tous les autels et renversé tous les troues. Lié d'amitié avec les hommes qui respectent les principes? consei'vateurs

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des sociétés , il dissertait sans humeur et sans passion avec le ha,ix>n d'Holbach, Tapôtre de l'athéisme ; avec Diderot , qui faisait des concessions au christianisme dans l'Encyclopédie , et niait Dieu dans les salons ; avec l'abbé Galiani , qui improvisait un jour en faveur de Dieu , qu'il voulsryt bien regarder comme nécessaire; et le lendemain en faveur de l'athéisme , qu'il trouvait sans doute plus commode. Plein de douceur et de prudence ^ il vécut dans une longue intimité , sans nuages , avec le fougueux abbé Arnaud, qui»ne pouvait parler d'un tableau, d'une statue, d'un camée, d'une phrase grecque ou d'un air de Gluck , sans entrer en convulsion comme une sibylle de Cumés , et il a pu rester son ami en soutenant que la traduction de Pope est supérieure aux poèmes d'Homère !

D était impossible que Suard , quelque sage qu'il fût, échappât complètement à l'influence de la société dans laquelle il vivait habituellement ; on n'est jamais jentièrement inaccessible à l'opinion des hommes que l'jon fréquente. La réçolution des idées l'atteignit ; mais quand il vit qu'elle entraînait la révolution des choses , il se retira prudemment,, il rentra dans le cercle de Tordre et des devoirs, et.il exposa même sa vie pour la cause légitime. Témoin de beaucoup d'abus dans l'administration, et choqué de quelques vices dans le gouvernement , il avait eu , comme les autres régénérateurs , la fantaisie de les corriger ; mais , ennemi de l'excès et de la précipitation, il voulait

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confier au temp$ cette révolution salutaire ; il voulait que tout lut change pièce à pièce , avec les préparations , les ménagemens convenables , et d'une manière si insensible que l'on se trouvât dans un nouvel ordre de choses sans que l'on crût avoir abandonné T ancien , seule révolution qui ne fasse pas le malheur des peuples. En cela, Suard était très- supérieur aux hommes célèbres qui l'environnaient ; et s'il n'avait pas autant d'esprit que ces prétendus philosophes, il avait certainement un biejcu meilleur esprit.

La vie politique de Suard est très-bien décrite par M. Garât; il n'y a ni partialit^, ni complaisance dans les éloges que l'auteur donne à son ami; tout m*y parait exact et siacère, qualités bien rares et qui doivent surprendre dans un ouvrage que l'on peut considérer comme un panégyrique ; il y a mêine quelque chose de plus estimable encore que la simple franchise et la froide exactitude, c'est le soin avec lequel M. Garai expose et fait ressortir des opinions qu'il ne partage point entièrement , et la générosité qu'il a de louer une conduite qu'il n'a pas toujours prise pour exemple. Si je l'ai bien compris, car M. Garât. est souvent trop profond, pour moi, il ne blâme point Suard d'avoir conspiré pour la cause royale contre le ridicule Directoire ; il l'honore dans son exil à Anspach , et il l'approuve d'avoir refusé sa plume à M. Necker au commenceme»! de la révolution, quoiqu il fut l'ami de ce mpuystre»

%l qH^il lui dût de b recoiraaissancéi Si JSuardl s est fek un scrupule d'écrijfiB «n &teur d'une mt^ sure (i) dùBt le danger élt^t encore incertain > o^ peqse bien qu'il était incapable de prostituer &^ phiine à Uapoiogîe d*un crime* On osa cependant bi en bire Pétraiige proposition ;. mais il répondit ^*il lui était impossible de justifie^ ce que V&A appeUit un eoi^ d'État, et qu'il regai'dait cofi^me un acte de violeneê qui blesse toutes les idées d'é* i][mté naturelle et de Justice pcftitique. Quand Suard écri'fït cette lettre , conservée par M* Garât , il n'y avait plus de Dit^ectoke.

L'an^nr de ces Mémoires i» ciru sans doute être aussi e^oi dans le taM«au qu'il trace du dk^hui*^ tième siècle, que dans le pcnrtratt qu'il fait de Suard ; inai» sa bonne foi , que ^e crois très«vitDb j n-^t t^ependant' pa t»De= règle poiiijr notre jugement. Qu^une bienveillance naturelle le porte à Taétniration , et que b ctanite de paraître dé-f tracteur riB»i|Kêche de restreindre les éloges qù'i) lépand avec tant de libéralilé sttr tous les homnie9 ^'il a cotamus, ce sont;)'ian conviens, deux quàlitéi^ fert estimables dans le conmerce de la vie privée ^. mais ce iiie sont pas ecttra-là que Ton recherche dans, l'écrivain. qui vent piger les siècles. M- Garai n'ese pas dire d'abord que b dix^huitîème siècle remporte ^ de beaucoup àur> xsAski qui l'a précédé ; Dois on voit que cette i/^nût^le toumlente , ei qùc^

(i) U ^ooiiU fep«M»ii«^J94 èt7Ws-j||9t.

68 POâLItriQUE ET HISTOIRE.

lassé des precautionsoFatoites'Sous leisquelles on r^tQuffe^, jelk s'ëchappjî avec effort «du cerveau de M. Garât ^ qui né pemtfplus la contenir. Rien de plus j.uate que d'admirer le bel édifice de F Esprit des Loisv Téloqtience entraînante de Rousseau ^ k raisonnement ^ l'instructton , Tesprît et même la ibugue 4t£ Diderot dans ce qu il a écrit dé sage , let de ]f)ayer à tous les hommes: de cette «époque le tribut d^élogles que l'on doit à leur mémoire ; -mai» placer Thomas à côté de Taigle de Meaux ; reconnaîtra dans, les seules Lettres . persanes 'un. géhie> qui ne ressemble à aucun de:ceuK du grand: siècle^ maisxjfm doit les surpasser tous ; ne voir que des homme!» supérieurs dans tous ceux que Ton a con'-^ nus \ {Présenter comime des phénomènes le baron» de Grimm etTabbé Galiani; distribuer la même dose d'encans à. tous les philosophes iqui ont co^ opéré àJarévioliEitionrde&idées ; témoigner de les-: time et prefliqute d)e rsaffeclion à ces improvisateurs^ polkiqueSf dont les sublimes conceptions ont causé plus de mattieurli et plus de crimes que la réunion des tyirans de tous; les arèi^les! n'en a fait subir à Fespèee humaine; /pousser la délicatesse jusqu*à craindre d* affliger !<le& mânes du sensible Robes^: pierre > qui j en écrinanty ijfi^t près de hiilé roman où. rt^pirshé lès pasàians^ *les^ plus * tendres ^i et les iaJbieaux le^ plus douai de* la naiur^e, laNoui^elte Hélpïise 9 c'est un excès de eomplaisace qui ne siéra point pris pour de la modération. Si cette indulgence est une vertu, c'est trop dèNvei'lu ; si elle

MÉMOIRUS SUR SUARDw 69

n'est qu'une circonspection iknide f elle démeilt le titre d'historien que Von s'arroge en publiant ces. Mémoires. : Et voyez à quel ëtrangè raisonnement les meilleurs esprits peuvefrt descendre , quand ils veulent soutenir une opinion favorite que le bon sens repousse et qiie T expérience a condamnée : M. Garât ^ contemplant avec orgneillenormÊ masse d'écrits qu'a laissée le dix-huitième siècle, nous dit ingénuement : « Auciari n^est égal » peut ^ être aux grands modèles; mais T époque » est supérieure à toutes les Coques. » J'attends^ le mot de cette .énigme ; je suis curieux d'apprendre comment l'époque où l'on n'a rien fait d'égal aux grands modèles ^ est cependant supérieure à celle qui a laissé les modèles auxquels rien n est égal. L'auteur oppose donc ici la quantité, à la qualité ? Mais non ; il a déclaré lui-même que le nombre 4es volumes n'ajoute rien à la gloire des auteurs ; et j'ai avoué à mon tour qu'il est- de peu d'impor^ tance , quand le mérite n'est pas égal. Il faut donc ab^lument qu'il choisisse et qu'il en vienne à ce dilemme : ou l'époque des modèles était supérieure, ou nos contemporains ont- été les vrais' Daodèles. Qu'il proclame, franchement cette der- ^ère. proposition^ il trouvera de non^jjieux par:* tis^ins, et l'erreur la plus grossière choque moins qu'une, contradiction.

Ce n'est pas toujours par complaisance que M, Garât distribue l'éloge et présente les hommes du di)i-buitième siècle k noti-e admiration j il y est

que.l^iiefo{$ p(»Hé çav un s^atimeBt de jifôtice ^ par la vé^^rattop que lui iiaspii^nt tes plus hautftfij; vei^Sb J'ai ^é viYç«3iei*t touché du iïçl homipage qu'il i^nd ^u içtoiiarque infortuixé que la ?ëyolutioi^ de$ idé^s a conduit à réchafaud; et j*aime mieun^ cet hmnmage dans le livre de M. Gaiiat que dausi tjç>ut autre livre. Il dît ^ en parlant de Lotuyis XVI : <c Parmi tant de télés tombées sous le glaive ^aré y» de l/Of juaxxcÎË , md, en écoutant son arrêt d^ ^ mort , n a élevé son âme plus haut vers le ciel ^ » nul n*a plus eu le maintien , non^sçulement à^ » 1 innocence^ mais de la plus auguste venu. » J^ n ai pas le courage de chicaner Tauteur sur li^ forme de celte phrase , sur ce nul qui doit se rap^. portet à ^^fes» sur ce glaive qui frappo 1* plus au*-guste vertu ^ et que Ton nomme cdui de l^i justice, îe ne veux m* attacher qu'au sens qui est excellent, et au fait bien im.portant pour Tbisloire j puisque M. Garât en est un témoin iri'écusable ; et je ne puis trop admirer cette fermeté d'âme qui lui i^ pemiis de contempler ce que cette scène avait de sublime , sans se laisser troubler par ce qu'elle avait d'affreux.

Pour me débarrasser de la partie désagréable de ma tâche y je vais examiner les défauts et les erreurs que j'ai cru remarquer dans cet ouvrage , e| je commencerai par le style. Il n'est pas , à beau«coup près , celui que l'on avait Je droit d'attendre d'un homme à qui lUie longue habitude d'écrire Seyait ayoir appris Ifi secret des forwes élégantes^

et l'art d'exprimer clairement lA pensées tes moins communes. Le lecteur de ce« Mémoires est arrêté à ch&que instant par des phrases obscures , mal contournées , plus mutilées qtie diversifiées par des incises mal assorties , et toutes hérissées de prépositions et d* adverbes. On me dira que la négligence est permise dans des Mémoires, et que les faits y sont bidn pliia -importans que le style. Je répondi^ai que la manière de présenter les faits les rend plus ou moips intéressans , et que dans un ouvrage consacré à la littérature , aux lumières du dix-huitième siècle et à la prééminence de cette époque sur toutes les autres, il fallait écrire de «lanière à ne pas faire voir la décadence au Keti des progrès» Il est bon de dire beaucoup de choses en peu de mots , ^ais ce ne doit jamais être aux dépens de T élégance , de la clarté et de la correction. A chaque page de ces Mémoires , je rencontre des phrases telles que celles-ci : « l^rès-vUe inlijnemerd lié avec les plus illustres , tout ce qu'iZs avaient de lumières , il les eût bientôt acquises , et Mes devenaient plus pures en entrant dans son esprit. >» Ces trois adverbes, et ces trois changemens de nominatif ne produisent pas un bon effet. Plus loin , je lis : « Au milieu de Paris , quoique Vau^rard n'en soit pets du tout loin , » Puis : « L'abbé Arnaud, qui, sans être du tout vaillant, n' était ^o^ non plus du totU modér^... » ^uis encore : « Dans les revêts des partis suivis7rè^-5oiipcnt si'i^^ée succès.,, etc.. » Ce sont des vétilles.

dira-t-on ; oui , ikns doute , mais quand ces vétilles forment une partie considérable du litre » elles forcent bien le lecteur à s'y arrêter. Je les préfère cependant , je l'avoue , à des expressions impropres , telles qu'on «n rencontre un peu trop fréquemment dans l'ouvrage; tantôt. ce sont des leçiers plus piiissans et plus avérés que ceux d'Archimède ; tantôt c'est un but que l'on signale, que l'on voile , qu'on dissimule ^ qu'on affiche ^ et que Von conserve sous la hache des bourreaux; ailleurs : « Qn espérait que l'anonyme sortirait de sa briéçeté et de son voile. » A ces impropriétés de termes se joignent trop souvent de véritables incorrections , comme quand l'auteur dit : « Ces débats n'agiteront guère plus la France qu elle ne l'est... etc.. »

Je me borne à ce seul exeiqple , parce que les fautes de grammaire me choquent moins que l'affectation, et je pardonnerais trois solécismes plutôt que d'approuver la période suivante, où l'on parle de punch et de café en prose poétique : « Jamais , » dans les heureux jours de la France , et même ï> dans quelques jours d'orage , le café , chez » M. Suard , ne fut fait que par lui-même ; et dans w ces nuits attiques que j'ai retracées, plus occupé » de rappeler ce qu'on y disait que ce qu'on y » prenait, j'ai oublié ou négligé de raconter que » sans du tc^t interrompre la suite et le cours de » ses vues sur les causes qui forment et qui défor- » ment si rapidement les siècles , les beaux-arts et

MEIklOUlES SUR SUARD. ^'i

» la philosophie , M. Suard combinait du coup- » d œil le plus juste tous les élémens du punch lé » plus exquis, et prévenait T épuisement des idées » en transformant de petits verres parfumés d'a- » rôme et de citron dans les calices féconds d'Ho- » race , fœcundi calices, »

Yoilà une teriîble phrase , et tout homme qui pourra la lire de suite , et à haute voix , aûr^ bien gagné le petit verre de punch que l'auteur a du moins la bonté de lui offrir. Je ne parlerai pas des heures où l'astre du Jour commence à mettre la nature entière dans un moupement nouveau de toutes ses créations, ni du solitaire qui soulèçe toute la chaîne de ses démonstrations par les irmwemens les plus audacieux de V éloquence , ni du combat en champ clos entre les forts et les forts ^ entre les âmes vraies et les âmes vraies ; ni enfin de cette autre phrase, plus jolie encore et plus digne d'être admirée dans un bureau d'esprit : « Tout manquait à M. Suard (il était en prison), pour écrire , pour répandre ax>ec suite son esprit et son âme sous ses yeux : il y renonça. » Je ne ferai plus qu'une seule observation sur le style parce que la faute qui la provoque se reproduit tous les jours et menace de se légitimer. Il s'agit de l'expression rien* moins que ; à laquelle M. Garât et beaucoup d'autres écrivains s'habituent à donner un sens tout opposé à celui qu'elle doit avoir. Pour dire (pie Marmontel avait fait un poëme satirique en six chants , contre les amateurs de la musique

y 4 POLITIQtJE ET HIdTOiRE.

de Gluck , il dit : « Ce n'était rien moins quhtn poëme en six chants ,. » ce qui grammaticalement signifie : ce ti'ëtait pas un poëme en six chants ; comme le style de Fauteur n^est rien moins qu'élëgant , signifierait que son style n*est pas du toxit ëlégant. Quand on veut employer rien moins avec Taffirmative , il faut séparer ces deux mots par la particule de^ et dire ce n'était rien de moins qnvm poëme en six chants ; mais rien moins, sans le de, signifie précisément le contraire.

On me pardonnera la sécheresse de ces détails , si Von reconnaît la nécessité d'opposer une digue aux fautes de langage qui sont toujours très-communes dans les siècles de la raison et des lumières. L*autëur se moquera du pédant critique ; mais il ne fera plus la faute , et c'est en cela que ces misérables journalistes sont encore bons à quelque chose. Une petite phrase qui se trouve dans les citations précédentes, me servira de transition pour lier r examen des fautes à celui des erreurs. M. Garât dit plus haut : nDans les heureux jours de la France. » Ils étaient donc heureux ces jours dans lesquels les isages du siècle méditaient une révolution ? Un monarque trop facile , et calomnié par ceux mêmes qui ont dû leurs succès à son indulgence, un gour vemement qui semblait avoir pris- pour devise : Laissez aire et laissez penser, des grands qui se dépouillaient de leurs titres et caressaient les gens de lettres , de grandes dames qui venaient chercher les philosophes et Tes promenaient dans de brîl-

M1ÊMOIRES SUK. SUAED* jS,

lantes Todtttrçs , des 4o<^hesses qui écrivaient en ^yeuF de& écopoonisies; d^ marquises qui faisaient des ë]^grapimes contre la coût, des nobles qui s'étaient faits pçiiplç , et prëféi'aient le roturier fimable an gentiUiconme ennuyeux , des salons où Von pouvait librement piaîder la cause de Dieu et celle du diable , comme Ta fait Tabbé Galiani , les ^ûs de lettres recherchés , choyés , cajolés ,

Alimentés, gantés , désaltérés, portés,

des prêtres si peu intoléràns , qu'ils se faisaient hommes du monde pour être tolérés , les écrits hardis /impies , obscènes , politiques, philosophiques circulant sans obstacle, ou obtenant la faveur d'être condamnés pour que l'auteur les vendît plus cher.... Il faut avouer qu'un tel état de choses méritait une belle et bonne révolution. Des beaux^ esprits et les'philoso^Jies ont eu grandement raison de vouloir être libres, et quand ils nous parlent aujourd'hui de ces heureux jtmrs de la Froncer c'est un regret bieti dérîaiispnnakle , qu^ je compte ici pour la première erreur de M. Garât,

La seconde est relative au peuple juif, que l'auteur présente comme ayant absolument ignoré pu méconnu le dogme de riihmortalité de Tâme : c'est une vieille question mille fois débattue, e| toujours avec peu de bonne foi. Voltaire n'a fai^ fiucune difficulté d'admettre l'opinion rcnom'eléè par M. Garât ; prenant à la lettre un çrand nombre

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de versets de la Bible qui semblent tendre. ati matérialisme , il a eu soin de négliger ceux qui offrent évidemment la certitude d'une autre yié. On n'a pas voulu voir que chez les Hébreux , comme chez nous , on présente poétiquement la mort comme une destruction totale, comme un état où il n'y a plus de perception ni de sensation ; mais cette image du néant y est toujours relative au corps ; ainsi ces expressions : « Je ne m'asseoirai plus aux festins, je ne verrai plus la lumiète, je serai insensible , je dormirai avec les grands de la terre , la mort me dévorera ; descendu au tombeau, je ne remonterai plus, » et mille autres phrases pareilles , n'ont de rapport qu'à la vie terrestre , et tous les poètes modernes les emploient encore sans que l'on songe à les accuser de matérialisme. Des centaines de versets de ce genre ne prouvent donc rien contre le dogme sans lequel toute morale, toute vertu seraient une chimère , tandis qu'un seul verset où l'immortalité de l'âme est clairement énoncée, devient une autorité décisive. Ainsi, quand Dieu dit, dans le 33* chapitre de l'Exode, verset 20 : « Vous ne pourrez voir mon visage , parce que r homme ne me verra point avant sa mort^ » il est évident pour moi qu'il est ici question d'une autre vie. Le dernier verset de l'Ecclésiaste n'est pas moins formel; le voici : « Dieu fera rendre compte en son jugement de toutes les œuvres , même les plus secrètes , soit qu'elles soient bonnes, soit qu'elles soient mau-

vaises. 1» Les Juifs ne se seraient-iLs pas moques d'un pareil jugement, s-'ils avaient cni à Tanéantissement total du corps et de Tâme? Les partisans de r opinion contraire ont cru trouver un argument bien fort dans un autre verset de l'Ecclésiaste, c*est le 2 1® du 3* chapitre ; il est ainsi conçu : « Qui sait si Tâme des enfans des hojnmes monte CQ haut, et $i Tâme des bêtes descend en bas? » Mais je n'y vois qu'un doute exprimé par un seul homme, par &iloaion, qui est fort loin d'avoir toujours été sage ; et dans ce doute même , l'idée de l'immortaKté se trouve comprise, car il importerait fort peu que rame de Thomme montât ^ haut ou descendit en bus , si elle devait être anéantie. M. Garât, qui s'étonne^, comme d'un^ pft)dige, du silence des Hébreux sur l'immortalité de l'âme , peut revenir de son étonnement , et si je Quêtais pas obligé de me restreindre , je lui fournirais de plus amples démonstrations. '

Si je ne savais pas que M. Garât n'est pjus jeune, je laurais deviné en lisant cette phrase : u Les plus Wux ouvrages littéraires de tous les siècles ont été publiés après cinquante ans. » Il nou^ suppose bien ignorans, il croit que ses lecteurs n'ont jamais; ouvert un Dictionnaire des Hommes illustres , puisqu'il avance gravement une pareille propositioQ. Oa n'exige pas sans doute que je cite tous les chefe-d'oeuvre q^i ont été publiés par des hommes jeunes encore , et tous jès grands écrivains qui o^t ^ peine vécu cinquante ans.. La nomenclature serait

7S POLITIQUE kt HISTOIRk

longue. Réduisons donc Texag^ratkm de M. Garai à des ternies plus simples; contentons^ nwis dé dire que de trèsr-beàux ouvrages peuvent sortit^ d'un cerveau déjà vieux, puisquie M, Garât écrit encore; mais, soiis peine de ridicule, ne soute^ notts pas que Pulchérie et Suréna réimportent sxst le dd et sur f^s Horaces; que les Guèbres, les Scy^ thés et Irène sont Supérieurs i ZaSre^ Aldre et Métope.

L'universalité à^% conhaiseances est une gkmre à laquelle un gr^d nombre d'écrivains prétencfent aujourd'hui. A propos de littérature , ils parlent d'astronomie, de géographie, de physique, etc....') ïnais il leur arrive rarement d'exposef c^s tlolioâé de réminiscence , et de citer des phi^ses fugitives \ sans y mêler quelque erreur grossière qui tmUd. révèle tout ce qu'ils ignorent , qtiand ife foiif leurs «fforts pour étaler tout ce qu'ils savent. Si M. Garât avait consulté , non pas un astronome , mais seu«« lement «un étudiant en astronomie , il n'anraîjt pas parlé des phénomènes célestes que des mutions dêi demi'-diamètres de la terre séparent d'elle; an lui aurait appris qu'un million de demi -diamètres,» ou de rayons terrestres donne une distance ée plus de quatorze cent millions de lieues, et que plu*» rieurs de ces distances nous portent jusqu'aux étoiles , dont les orbites ne sont point t^nnijes , et dont les mouvemens ne peuvent être cakalës. Un physicien lui aurait dit que la Théorie de lok Terre et les Epoques de la Nature ^ de Buffiem, vtf

MSNOIA^ SUR SUARD. 79

pouvaient pas être fondées sur les mêmes faits , si nombreucp , si bien attestés » si bien ordonnés , puisque ces deux ouvrages, sidifferens, s'appuient sur deux systèmes diamétralement opposés, le premier donnant à Xeftu la puissance que le second attribue ^xkfeu. BufTon lui-même avait dû lui apprendre qu'avant de lire Touvrage de M. HamiU ton , sur les volcans , il avait accordé trop peu dmfluence à l'action volcanique sur la configura-^ tion du globe ; laais , dans le second système , il dédommage Yulcain avec usure , et il semble disposé à dire , comme M. Hamilton : « Les volcanS' ^Qt la grande charrue dont la nature se sert pour, labourer la surface de notre planète. » Si M. Garât avait lu ses épreuves à quelques personnes ins-^ truites dans les sciences cosmologiques , il n aurait pas fait de Pline un grand géographe , il ne Taurait pas placé à côté de Strabon ; ît n'aurait pas dit que VKgypte reçmt ses inondations des rochers 4ie la ThébaUde^ où il ne pleut presque jamais, où du moins une plme de quelques heures est un. phénomène asses^ rare. Si M. Garât avait daigné jeter Jies yeux sur la plus petite carte géographique^ il n'aurait pas écrit une |dirase dont le Journal des DAoès s'est moqué, en rattribuant au Constiiiê^ tionnel, qui, cette fois, n'a eu de tort quef celui de la reproduire. Elle afipartient tout entière à M< Garât , qui peint un Turc assis sur les bords de la mer Noùre , et partageant ses regards entre l^'Europe, l' Afrique , VAsie, toutes t^eis sous^ses^

8o POUTIQUE ET HISTOIRE»

yetAX, Un écolier aurait pu lui dire que le poiAt de r Afrique le plus voisin de la mer Noire , en est plus éloigné que Paris ne l'est de Marseille. Si M. Garât , enfin , voulait nous faire admirer les vastes connaissances de Suard, il ne lui aurait pas fait dire qu'il reconnaissait Versailles dans une ville placée à quarante-huit degrés du pôle ;; car, c'est prendre le pôle pour Féquateur, et donner quatre-vingt-seize degrés au quait de cercle. S'il me répond que c est La Bruyère qui a fait cette faute , je lui ferai observer que La Bruyère pou- ' vait avoir des raisons pour ne pas désigner mathématiquement la cour de France qu'il traitait fort mal ; mais que MM. Suard et Garât, sur l'indication de cette distance à quarante-huit degrés du pôle , ne pouvaient pas s'écrier ; Il est évident que c'est f^ersailles^ puisque Rome est la seule, grande ville de l'Europe qui ait cette position. Voilà encore des vétilles , dira l'auteur de ces Mémoires. J'en conviens ; mais elles sont bien plus nombreuses dans le livre que dans mon article ; et je ne pense pas que de telles fautes en astrono- . mie , en géographie , en physique , en littérature et en grammaire soient très-propres à démontrer la prééminence de notre siècle , et les brillans progrès de noS lumières.

. Les erreurs en politique ont une tout autre importance : on n'enverra personne à l'échafaud pour avoir placé la côte d'Afrique trop près de la mer Noire i mais , en politique , on s'égorge pour d^s

MÉMOIRES SUR SUARD. 8l

mois que l'on ne peut définir, pour de prétendus axiaaies que l'on n'entend pas. Apres une révolution si longue et si terrible , je suis toujours étonné que Ton ose reproduire des maximes qui , fussentelles vraies jusqu à Tévidence, n'en sont pas moins um source de divisions dans un temps où nous devrions payer le repos du sacrifice même de DOS prétendues lumières et de notre orgueil. J'ai vu avec peine M. Garât proclamer de nouveau et présenter en majuscules cette yolontë générale des peuples, sur laquelle tant de grands génies ont fait de si belles phrases sans pouvoir nous dire ce qoe c*est. Tout ce que j'ai jm deviner, c'est que cette volonté générale nous conduit à la souveraineté du peuple , qui , pendant son règne , toujours de courte durée , est le plus cruel , le plus ridicule et le plus malheureux des tyrans. Cette vtJonté générale est la marotte avec laquelle Rousseau s'est joué de toutes tes mauvaises têtes du ^-huitième siècle ; et comme Rousseau était un Wau génie , nos autres génies ont prétendu le comprendre , quand il avouait qu'il ne se comprenait pas lui-même. Dans le fameux Contrat Social, cette volonté générale est tantôt V unanimité , ce qui est une absurdité relativement à un grand peuple, tantôt la pluralité, tantôt «ne idée abs- ^caite qui indique la tendance générale au bonheur, et le philosophe qui s'est passionné pour cette vokwalé générale , finit par préférer Taristocratie , Volonté très-particulière. Il pousse la subtilité jus-

C&ITiqUE. T, IV. 6

St. poutique et histuule.

qa'à distinguer la vohnie de tous de la volonté générale 9 et Ton s'est écrié : Ah! que c'est beau! Je crierai peut-être ausâ quand j'entendrai ce que cela veut dire.

Dans une discusâon sur la mofonté que doivent obtenir les ministres après ou avant le scrutin, M. Garât £iit comparaître dev^t lui les tfxds porfions de cet être métaphysique appelé le temps, le PASSÉ, LE PRÉSENT ET l' AVENIR, et il fait le procès au passé qui , venu du haut des siècles, sensible être venu du haut du cieL L'épigramme est fort jolie , mais malheureusement i^po^^' n'a rien Ëdt, car il était présent quand il agissait ; il parlait alors comme M. Garât parle aujourd'hui , et ce que dit M. Garât sera répété par /'ap^nir quand il deviendra le présent. Les hommes prendront-ils toujours la subtilité pour la logique ? Cependant notre publiciste conclut qu'il ne £aiut pas chercher no$ devoirs , nos droits et nos lois dans l'histoire ^ mais dans la nature. J'y conseus , à condition que M. Garât me dira clairement ce que c'est que la nature , en quoi elle vaut mieux que l'expérience ^ et pourquoi il n'y a pas eu de nature pour le passée tandis qu'il en existe pour le présent. Estce dans le dix-huitième siècle que l'on a fait la découverte de l^anatureP

Je passe sur une vingtaine de propositions plu^ ou moins mal sonnantes , pour arriver à cette déclaration faite en lettres italiques : « Les hommes » ne seront heureux que lorsque les rois serorm^

h philosophes ou les philosophes rois. » A cette belle maxime, je ne répondrai que par une anecdote que M. Garai me fournit : Hume était philosophe , Rousseau Tétait aussi ; Hume voulant soustraire Rousseau à la persécution, le conduisit en Angleterre , où il le combla de caresses et de bienfaits. A Paris, on ne se figurait Hume et Rousseau que dans les bras l'un de Vautre, et baignés des larmes de la joie et delà reconnais'sance. Un jour deux lettres sont apportées à un dîner chez M. Necker ; Tune de Hume au baron d'Holbach , commençait par ces mots : « Mon cher baron, Jean-Jacques est un scélérat; » l'autre , de Rousseau à Hume , lui disait : « P^ous êtes un traître; vous rna^ez conduit ici pour me perdre, après m* avoir déshonoré, » Supposons que le philosophe Hume ait été roi d'Angleterre , et le philosophe Rousseau roi de France , que de batailles de Crécy et d*Azincourt entre le roi traître et le roi scélérat ! et que les peuples auraient eu raison de dire : Nous ne serons heureux que quand les philosophes seront rois !

Malgré Tamitié qu'il vouait à Suard, et la profonde estime qu'il lui témoignait , M. Garât ne partageait pas ses opinions , et quoiqu'il reconnût eu son ami beaucoup de raison, d'esprit et de prudence, il ne le prend pas pour guide en politique^ ^t il ne se croit pas obligé d'adopter comme des principes ce qu'il regarde comme des erreurs. J'ai

^ de la même permission envers M. Garât, et

64 POJLITlQt k ET HiSTOnE.

les fautes nombreuses que y^l cru devœr relever n'empêchent point que je ne présente ces Mémoires comme un oumrage remarquable sous un grand ncMobre de rapports. £n le considérant comme une galerie dans laquelle Tauteur place et range tous les hommes célèbres du dix-huitième siècle , on sent qu'indépendamment des détails sur Suard , il intéresse un grand nombre de lecteurs, et les hommes surtout qui oirt le triste avantage d'avoir vécu à cette brillante époque, c*est-à-dire de n'être plus jeunes. Pour bien apprécier les jugemens de M. Garât, on peut les comparer à ceux que M. Lacretelle le jeune a portés sur les mêmes hommes , dans ses quatrième et cinquième* volumes de son Hisioire de Franc€ pendant le dix-huitième siècle; ce parallèle sera curieux, et je me garderai bien de [Nréjuger auquel des deux écrivains on doit accorder la préféi^ence ; ce choix dépendra de Y opinion et du parti que le lecteur aura pris d'avance ou de juger selon les lois de la critique, ou de tout admirer sans examen dans ce siècle des lumières.

Ce qui se fait d* abord remarquer dans ce dernier ouvrage de M. Garât , c'est un sentiment de bienveillance générale , d'indulgence ou de ménagement pour tous les hommes qu'il » connus 9 pour tous les faits dont il a été le témoin. EUi le lisant, je suis tenté de croire que personne n'a ei^ toit, que toutes les intentions étaient pures, et que nos malheurs n'ont été qu'inné opération ds

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