THÉÂTRE DES LATINS
M. Levée , dans sa dissertation sur Plante , établit, comme une yërité constante, quil était défendu aux poètes grecs et latins de montrer au théâtre des femmes dé condition libre. Cependant Alcmène dans Amphitryon , Artcmone dans VAsi naircy Cléostrate et Murrhine dans la Casina, Phanoslrate dans la Cistellaire, sont des épouses de citoyens romains ou grecs ; car ce sont vraiment des Romains que Plaute fait agir sous des nonis grecs. Dans Téréncc , trois Sostrate , une Myrrhine et une Nausistrate , sont aussi des femmes oie condition libre ; cela me fait croire qu'il y â méprise sur le sens de l'expression , et qu'il faut dire : Les ibis défendaient aux femmes libres de paraître sur la scène , mais non pas aux auteurs de présefatei^ dfcà femmes libres comme personnages de comédie.
Dans la scène d'Amphitryon, où Sosie se plaint de ceque la nuit est plus longue qu'à l'ordinaire, M. Levée traduit le nom du dieu Nocturnus par celui de P^esper: C'est une faute. Vesper présidait au soir^ I^octurnus au milieu de la nuit , Lucifer au matin. Si l'esclave Sosie disait que Vesper s'est endormi , il ferait uneoiitre-sens, car la paresse de Vesper aurait allongé le jour plutôt que la nuit , puisque le soir serait arrivé plus tard; mais, Nocturnus s'endortûant , Lucifer ne pouvait se lever, et la nuit devenait plus longue.
Le traducteur dit dans une noie que la taille ordùïaire du soldât roitiain était de six pieds romaiiis ou de cinq pieds hidt pouces de notre an-
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cicnne mesure. Il se trompe : les six pieds romains répondent exactement à cinq pie^s cinq pouces de notre pied de roi ; jamais cinq pieds huit pouces ne fuirent une taille ordinaire , pour lies Romains surtout qui n* étaient pas d'une haute stature , tandis que leurs femmes étaient assez généralement grandes.
M. Levée a eu tort d'en croire l'ancien traducteur Limiers, sur la signification du mot basilique. Ce n'était point une place ^ mais nn édifice assez magnifique pour mériter ce heàu nom. A l'établissement du christianisme , Its temples pay ens n'étant pas assez vastes pour qu'on en fît àes églises, Consr tantin consacra au nouveau culte quatre superbes basiliques , sur l'emplacement desquelles s'élèvent encore aujourd'hui les églises de Saint-Piprre du Vatican, de Saint- Jean de Latran, de Sainte-Marie- Majeure et de Saint-Paul , hors des murs , qui portent toujours le nom de basiliques.
Les deux comment ateurç, MM. Duval, ont plutôt énoncé que traité une question dont il est impossible cependant qu'ils n'aient pas senti toute l'importance. J'ai déjà essayé de dévelof^r leur idée, et des motifs, que le lecteur appréciera sans doute, m'invitent à y revenir. Il s'agit de savoir si le théâtre des anciens peut se comparer au nôtre , et si les règles qui les guidaient , dans la composition de leurs comédies , peuvent s'appliquer à la comédie moderne. Je réponds négativement , et l'on verra bientôt que cette question n'est point intempestive; je suis excité , provoqué à la résoudre pa^r une foule
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d'écrits OÙ, à défaut de raison, T orgueil briUe dans tout son éclat.
Charles Perrault est Tessuscité , il reproduit ses déclamations contre les anciens , et «plus fier encoi-e de revivte dans le siècle des lumières, il proclame notre prééminence , non seuleilient s]ur les anciens antiques « mais même sur les anciens modernes. Il n'est pas étonnant qu'il fasse des prosélytes; il n'est point embarrassé de trouver des Scudcry et des Chapelain pour propager sa doctrine , tandis que pour la combattre nous nv'avons pas un grand nombre de Boileau et de Racine , dans ce siècle qui vaut cependant mieux que tous les autres. Je me garderai donc bien de renouveler 1^ querelle de prééminence ; depuis que tout se décide à la plur^Sté des voix, il est démontré que rinstruetibn, le goût , le talent et le génie ne sont plus le partage du petit nombre , mais celui dé la multitude ; et nos romantistes , par cela seul qu'on les' compte par centaines , sont en effet très-supérieurs an petit nombre d'écrivains qui soutiennent la gloire chacr celante du théâtre classique , et conservent un respect superstitieux pour les reliques du siècle de Louis XIV.
Notre supériorité dans tous les genres étant reconnue et proclamée , il faut bien me résoudre à reconnaître notre supériorité dans l'art du théâtre ; ainsi, j'avoue humblement et d'un eœur contrit^ que le génie dramatique date de 1 789 , année qui a produit toutes les bonnes choses ; )'avoue que ce
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bel art était dans Tenfance chez les Grecs et les Latins ; nous valons beaucoup mieux ^ je le coni^sse ^ que les Aristophane, les Mënandre , les Plante , les Tërence , et même que ce Molière , qui était cependant un garçon d^^e^rit ^ux* yeux de M. de Yisé , mais qui n*est plus aux nôtres qu'un écrivain grossier et de mauvais ton. Mais je dematide en grâce qu on me permette de mitiger Tarrét, et de prouver que les auteurs anciens né petiveot étrîe comparés aux modernes^ puisqu*ils se sont proposé un but différent , et qu'ils ont considéré la comédie sous d'autres )?afrparts. Si j'y réussis , il faudra bien en conclure que la comédie ancienne n*est ni meilleure ni plus mauvaise qiie la moderne, maïs qu'elle est d'une autre nature , et qu'elle a été coHlposée dans une autre Intention et d'après d'autres principes. Il ne s'agii^a plus de savcâr à les anciens ont fait plus ou moines mai , ihais ce qu'ils ont été forcés de faire , et ce que nous auriom fait nous-mêmes sous les, mêmes conditions et dans les mêmes circonstances. Après cette précaution oratoire , doât on ne me tiendra pas compte, j'entre en matière.
Nos théâtres sont petits , ils sont fermés et cou* verts, la voix naturelle de l'acteur peut s'y faire entendre , on y paie les places, et la différence dans le prij[ divise la société qui assiste aux i*eprésentations en différentes classe^ de spectateurs , mais dont la dernière est pins policée et moins turbulente <jue la piebecula. des Romains. Â Kome , au coïitraire)