LXXI. - 9 AOUT
FERMAT A CARCAVI (').
DIUANCIIE 9 AOUT 105^.
(CEtmen de Pascal. IV, p. /|4^ - 4 i'>- ) MONSIF.liR,
1- J'ai été ravi d'avoir eu des scntiinenfs conformes ii ceux de .M. Pascal, car j'estime infiniment son génie et je le crois très capable do venir à bout de tout ce qu'il entreprendra. L'amitié qu'il m'olTre m'est si chère et si considérable que je crois ne devoir j)oint faire difficulté d'en faire quelque usage en l'impression de mes Traités.
Si cela ne vous choquoit point, vous pourriez tous deux procurer celle impression, de hujuclle je consens que vous sovez les maîtres; vous pourriez éclaircir ou augmenter ce qui semble trop concis et me décharger d'un soin que mes occupations m'empêclient de prendre. Je désire même que cet Ouvrage paroisse sans mon nom, vous remettant, à cela près, le choix de toutes les désignations qui pourront marquer le nom de l'auteur que vous qualifierez votre ami.
2. Voici le biais que j'ai imaginé pour la seconde Partie qui contiendra mes inventions pour les nombres. C'est un travail qui n'est encore qu'une idée, et que je n'aurois pas le loisir de coucher au long sur le papier; mais j'enverrai succinctement à M. Pascal tous mes principes et mes premières démonstrations, de quoi je vous réponds à l'avance qu'il tirera des choses non seulement nouvelles et jusqu'ici inconnues, mais encore surprenantes.
Si vous joignez votre travail avec le sien, tout pourra succéder et
(') L'autographe de celte lettre a fait partie de la Collection Benjamin Fiilon et a passé en vente le i6 février 1877 (Inventaire des autographes et des dncunwnls limioriques composant la collection de M. Benjamin Fiilon, séries I et II. Paris, Etienne Cliarava\ , '^7/1 P- 9-'o)- On trouve reproduit dans ce catalogue le § i de cette lettre, et de plus, facsimilés, la signature, la date et les mots « Voslre 1res humble et 1res obéissant serviteur », ces derniers supprimés dans l'édition.
s'achcvor dans pou de temps, et cependant on pourra mellrc au jour la première Partie que vous avez en votre pouvoir.
Si y\. Pascal goûte mon ouverture, qui est principalement fond«''e sur la grande estime que je fais de son génie, de son savoir et de son esprit, je commencerai d'abord à vous faire part de mes inventions numériques. Adieu.
.le suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Fkumat.
X Toulouse, ce <j août 1O54.
PASCAL A FERMAT