XCIII. - 15 MAI
voir occuper mon esprit à des considérations si relevées, est la véritable cause qui m'a empêché de vous témoigner plus tôt ma reconnoissance.
Mais tout cela seroit peu, si je pouvois aujourd'hui répondre à tous les doutes de votre sceptique, et satisfaire pleinement aux didicultés (fue vous proposez dans votre dernière; car, comme elles ne dépendent point du temps, la réponse n'en seroit de rien moins meilleure et convaincante, pour n'être pas venue à temps. Néanmoins, pourvu que c(î soit à vous. Monsieur, que j'aie alTaire, et non point à votre sceptique, dont l'humeur seroit trop difficile à contenter, je me promets de pouvoir éclaircir la plupart do ses doutes, et de faire voir, si je ne me trompe, si clairement en quoi il s'est mépris dans ses raisonnemens, que, vous prenant vous-même pour l'arbitre de nos différens et pour le juge de nos conclusions, j'espère que vous reconnoitrez la subtilité des siennes et la vérité des miennes, c'est-à-dire de celles de .AI. Descartes.
2. Premièrement, je ne vois point que le raisonnement que fait 31. Descartes, à l'occasion de sa ligure (') de la page 17 de sa Dioptrique, soit aucunement opposé an sens commun, ni que l'extension qu'il en fait de la réflexion à la réfraction soit forcée. (]ar la même raison qui lui a fait conclure en la page i > que la terre CBE (-) ne pouvoit empêcher que la détermination de haut en bas, et non point celle de gauche à droite, pource qu'elle est entièrement opposée à la première et point du tout à la seconde, la même lui a dû faire conclure, dans la figure de la page 17 ou 18, que la détermination de haut en bas pouvoit bien être changée en quelque façon par la rencontre de la toile ou de l'eau, mais point du tout celle qui Tait tendre la balle vers la main droite, à cause que l'eau ou la toile est en quelque façon opposée à l'une et point à l'autre.
Je vous prie de remarquer ici la façon de parler de M. Descartes (car
( ' ) Foir fi^. JG, païï;c '569.
(-) yoir lig;. 33, page 370.
c'est lie là {|Uo dcpoml on partie la solution de tous les doutes de votre sceptique) : il ne dit pas simplement que la détermination de haut en bas peut être changée |)ar la rencontre de la toile, mais seulement (|u"elle peut être changée en quelque façon (').
Car en effet elle n'est pas tout-à-fait changée, puisque la balle continue de descendre, mais elle est changée en ((uelqiie façon, en tant que c'est changer en quelque façon la détermination qu'un mobile avoit à avancer vers un certain côté, que de faire que dans le même temps il n'avance pas tant vers ce côté-lii qu'il faisoit auparavant : ce qui change la quantité de sa détermination.
3. De plus, les trois circonstances que remarque votre sceptique, pour l'empêcher d'admettre cette conséquence, ne la peuvent aucunement infirmer. Car, que la vitesse soit diminuée, que le milieu soit changé, et que la détermination de haut en bas ne soit pas tout-à-fait empêchée, mais que la balle continue de descendre, tout cela ne doit point apporter de changement à la détermination de gauche à droite, à laquelle pas une de ces circonstances ne s'oppose et ne met obstacle, puisque cette détermination peut demeurer la mênu^ quoique la vitesse soit changée, une même détermination pouvant être jointe à différentes vitesses.
Le milieu ne peut aussi apporter aucun changement à cette détermination, puisqu'il lui est également facile de s'ouvrir et faire passage d'un côté que d'un autre dans le milieu qu'elle parcourt. Et bien que la balle continue de descendre et qu'elle ne remonte pas comme en la réflexion, cette détermination vers la main droite se peut aussi bien faire et maintenir en descendant qu'en remontant.
.lusques ici votre sceptique auroit, ce me semble, tort de ne vouloir pas accorder que la détermination de gauche à droite demeure la même en la réfraction, après en être demeuré d'accord sans difficulté en la réflexion. Et il ne doit point appréhender qu'on le chicane sur l'explication de ce terme, et qu'on l'oljlige à rien avouer ([u'on ne
( ' ) Fnir le lo\le do Descartes, page 369.