‹ Œuvres de Fermat (volume 3)Chapitre 227 sur 259 · CVIII. - 10 AOUT · texte numérisé non relu

CVIII. - 10 AOUT

infiniment, surtout quand elles sont jointes aux talents qui se trouvent singulièrement en vous. Tout cela m'oblige à vous témoigner de ma main ma reconnoissance pour l'ofTre que vous me faites, quelque peine que j'aie encore d'écrire et de lire moi-même; mais l'honneur que vous me faites m'est si cher que je ne puis trop me hâter d'y répondre.

Je vous dirai donc, Monsieur, que si j'étois en santé, je serois volé à Toulouse et que je n'aurois pas soufTert qu'un homme comme vous eût fait un pas pour un homme comme moi. Je vous dirai aussi que, quoique vous soyez celui de toute l'Europe que je tiens pour le plus grand géomètre, ce ne seroit pas cette qualité-là qui m'auroit attiré, mais que je me figure tant d'esprit et d'honnêteté en votre conversation que c'est pour cela que je vous rechercherois.

Car, pour vous parler franchement de la Géométrie, je la trouve le plus haut exercice de l'esprit : mais en même temps je la connois pour si inutile que je fais peu de différence entre un homme qui n'est que géomètre et un habile artisan. Aussi je l'appelle le plus beau métier du monde, mais enfin ce n'est qu'un métier, et j'ai dit souvent qu'elle est bonne pour faire l'essai, mais non pas l'emploi de notre force.

De sorte que je ne ferois pas deux pas pour la Géométrie et je m'assure que vous êtes fort de mon humeur. Mais il y a maintenant ceci de plus en moi que je suis dans des études si éloignées de cet esjirit-là qu'à peine me souviens-je qu'il y en ait. Je m'y étois mis, il y a un an ou deux, par une raison tout à fait singulière, à laquelle ayant satisfait, je suis au hasard de ne jamais plus y penser.

Outre que ma santé n'est pas encore assez forte, car je suis si foible que je ne puis marcher sans bâton ni me tenir à cheval, je ne puis même faire que trois ou quatre lieues au plus en carrosse. C'est ainsi que je suis venu de Paris ici en vingt-deux jours. Les médecins m'ordonnent les eaux de Bourbon pour le mois de septembre, et je suis engagé, autant que je puis l'être, depuis deux mois d'aller de là en Poitou par eau jusqu'à Saumur, pour demeurer jusqu'à Noél avec M. le duc de Roannès, gouverneur de Poitou, qui a pour moi des

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sontiiiKMis (iiic j(> ni' vaux pas. Mais, comnio je |)ass(M'ai par Orléans en allant à Sannuir par la rivière, si ma santé ne me |)erm(a pas de passer outre, jiiai de là à Paris.

Voilà, Monsieur, (oui l'étal de ma vie présente, don! je suis (d)ligé de vous rendre compte |)our vous assurer île l'impossibilité où je suis de recevoir l'honneur que vous daignez m'oUVir et (|ue je souhaite de tout mon ('(viir de pouvoir un jour re('(mn(u"lre, (Ui en vous, ou en ^[essieurs vos entants, auxquels je suis tout dévoué, ayant une vénération partienlière pour eeux qui portent le nom du premier homme du monde.

Je suis, ete. Pascal.

lie Bienassis, le lo août iCiGo.

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