MERCREDI 12 DÉCEMBRE
( ''«» P- i97-) MONSIFXR,
Depuis que je me suis donné l'honneur de vous écrire une lettre du ) de ce mois (-), je reçus celle que vous m'avez fait la faveur de m'écrire du 2 > du passé (^), dont je vous rends trés*humbles grâces. Klle me fut rendue comme j'étois à table avec Monsieur Frenicle îi qui j(» la montrai et, y ayant papier et encre sur le buffet, je le priai de vous écrire quelque petit mot sur ce que vous y disiez sur son sujet; je vous envoie son écrit.
Il me fait souvenir fort souvent d'un aumônier, qu'avoit le feu roi
rx\ngleterre, qui étoitun des plus éloquens prédicateurs de son temps
»t tres-subtil théologien; mais, depuis que la guerre fut commencée,
il n'y avoit plus moyen de le faire prêcher ou parler de sa science : il
n'avoit d'autres idées en son imagination que de machines de guerre
( • ) Côs lettres do Digby et de Fermât sont perdues. ( 2) La lettre qui précède.
{^) Lettre perdue.
Fermât. — U. 4^
et des stratagèmes pour prendre des villes, en quoi il n'entendoit ricMi du tout.
Ainsi Monsieur Frenicle ne me veut entretenir d'autre chosi» (|ue d(» la théologie mystique et de ses pensées sur le franc-arbitre ou sur la prédestination, quittant le rang qu'il pourroit posséder d'un des plus grands mathématiciens du siècle pour un des moindres théologiens. Car c'est hien tard de commencer la physique et la théologie après l'âge de cinquante ans : je dis la physique, parce qu'il est malaisé d'être un grand théologien si on n'est un solide physicien et si on n'a une véritable connoissance de la nature, dont le sommet sert de base à la grâce.
Mais je dois bien prendre garde de m'engager en ce que j'entcMids aussi peu et encore moins que lui ; je reviens à ce que je sais de scienee certaine, dont je vous ferai démonstration évidente toutes l(»s fois que l'occasion s'en présentera, et c'est que je suis etc.