DIMANCHE 3 MARS
(Bil>. nat. fr. n. a. SsSo, ^ 35; D. III, 43.)
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre (') avec les deux copies des écrits de M. Descartes sur le sujet de notre ancien démêlé.
Je voudrois bien, Monsieur, vous satisfaire ponctuellement en ce que vous semblez souhaiter que je refasse mes réponses d'alors qui se sont égarées (*); mais, comme je hais naturellement tout ce qui choque tant soit peu la vérité, et qu'il me seroit aussi malaisé de rajuster ce vieux ouvrage qu'à un peintre de refaire mon portrait
( * ) Nous trouvons au vol. 09 de la Correspondance Angleterre conservée aux Archives (lu Ministère des affaires étrangères la preuve (juo l'ambassadeur d'alors s'appelait Lokard.
(2) Le texte de cette lettre est établi principalement d'après une copie du temps coUalionnée à Vienne par Despeyrous et qui présente plusieurs passages inédits publiés par IJbri {Journal des Savants, i8î5, pp. 68G-G87). — Quoique datée du 3 mars, elle ne fut envoyée, d'après le post-scriptum, que le 10, avec la lettre suivante.
(^) Lettre annoncée dans la précédente do Digby, et qui est perdue. Les écrits de Descartes sur la Dioptrique qui l'accompagnaient étaient : la lettre à Mersenne {ci-avant XXIII) et la lettre à Mydorge (Desc., III, 4.>.). P'oir plus haut, page laS, note 1.
(*) Ce langage paraît l'effet d'un malentendu; Clerselier possédait bien les deux lettres de Fermât à Mersenne sur la Dioptrique (ci-avant XXII et XXIV), mais il aura cru à des répliques postérieures do Fermai; celui-ci aura compris que les lettres perdues dont on lui parlait étaient celles auxquelles Descartes avait répondu et que nous venons de mentionner. Il n'avait certainement pas rouvert la discussion; toutefois il nous manque des lettres de lui à Mersenne en i638, où il avait touché incidemment la question de la Dioptrique, comme dans les Pièces XXV bis, 1 et XXVI.
d'alors sur mon visage d'à présent, j'ai cru qu'il valoit mieux vous écrire tout de nouveau une lettre qui contiendra mes raisons d'opposition et vieilles et nouvelles, et c'est à quoi je travaillerai pour la huitaine (*).
J'entre dans vos sentiments pour ce qui concerne l'impression; il y faudra changer les termes les plus choquants et les plus aigres, mais n'y faire point autrement de grand changement, et de cela je m'en remets* à vous. Monsieur de Carcavi vous fournira sans doute mon traité de maximis et minûnis ; il l'a de toutes façons, c'est-à-dire avec démonstration et sans démonstration, et, puisqu'il est question d'instruire ou de désabuser le public, il sera bon de l'insérer dans votn» recueil avec une lettre de M. Milon ou de quelque autre de vos fameux géomètres qui éclaircisse la chose et qui prépare les lecteurs à entendre la dernière lettre de M. Descartes (^), par laquelle il m'écrivit, (comme vous verrez) qu'il étoit satisfait de ma géométrie.
Pour la question de Dioptrique, je vous proteste, sans nulle feintise,
que je souhaite de m'étre trompé; mais je ne saurois obtenir sur moi,
en façon quelconque, que le raisonnement de M. Descartes soit une
démonstration, et même qu'il en approche. Je vous envolerai dans
huit jours la lettre qui éclaircira mes doutes sur cette matière. Et je
suis de tout mon cœur. Monsieur, Votre très humble et très obéissant
serviteur,
Fkkmat.
A Toulouse, ce 3 mars ir))8.
J'ai retenu cette lettre, qui étoit prête à vous être (Mivoyée dès la semaine [)assée, parce que j'ai cru qu(» M. Digby, par la voie duquel j'ai pris la liberté de vous écrire, ne seroit j)as encore de retouF* à Paris. Vous n»cevrez donc les deux conjointement et, si la seconde est un peu trop longue, assurez-vous. Monsieur, que j'ai mis [)eine \\ raccourcir, et que j(î pouvois dire beaucoup plus qu(» je n'ai fait. Jr
( ' ) roir la Lcllre suivante XC bis. <2) /o/Vl.eUre XXXIf.
XC bis. - 10 MARS 1658. 307
rajouterai un jour, si les géomètres de Paris soutiennent la démonstration de M. Descartes.
11 ne sera pas malaisé par les répliques de M. Descartes de supposer ce que j'aurois dit au contraire, et ma dernière < lettre > le contiendra a peu prés.
Vous me renvoierez mes écrits (*) quand vous voudrez; je n'en ai point de hâte.
XC bis,
Ft;R:\[Ar a clerselier.