PAR M. ROHAULT
(D., III, 46; Bibl. nat. fr. 3280, n. acq., f" 5i-56.)
Je ne sais si le Père Mersenne, à qui cette lettre (*) étoit adressée, l'a communiquée à M. Descartes, ou si, l'ayant reçue, ses occupations l'ont empêché d'y faire réponse. Toutefois il paroit n'y avoir point répondu, parce que M. de Fermât, qui l'avoit écrite il y a environ vingt ans, répète encore à peu près les mêmes difficultés dans une lettre qu'il a écrite depuis peu à un de mes amis de cette ville (*). Je m'en vais essayer de suppléer quelques réponses tirées de l'intention de M. Descartes, et pour le faire plus commodément, je ne me proposerai aucun ordre que celui qui est dans les articles ou sections de la lettre que j'examinerai séparément.
Art. V- — Le premier article ne contient qu'un compliment dont l'humeur civile de M. de Fermât honoroit M. Descartes, et dont sa mémoire lui est encore redevable.
Art. 2**. Je tranche, etc. — Quoique M. Descartes accommode son médium à sa conclusion, et qu'il divise son mouvement en certaines déterminations plutôt qu'en d'autres, on ne le doit non plus trouver étrange que si un géomètre se sert d'une construction plutôt que d'une autre pour l'exécution d'un problème; et l'on ne conteste jamais la voie qu'il choisit, pourvu qu'il vienne a bout de ce qu'il entreprend.
(') La Lettre XXIV ci-avant : les articles distingués par Rohault sont identiques avec ceux du numérotage de notre édition.
(*) La Lettre XC bis à Glerselier.
Au reste, M. Descartes a du diviser son mouvement en une détermination perpendiculaire à la surface devers laquelle il étoit mu et en une détermination parallèle à la même surface, parce que, cette dernière ne rencontrant aucune opposition, il étoit assuré qu'elle devoit demeurer la même; ce qui lui étoit un moyen de conclure une vérité plus aisément qu'il n'eût pu faire en suivant une autre méthode.
Art. 3*". Jereconnoisy etc. — M. de Fermât semble favoriser M. Descartes, en avouant qu'il est de son sentiment touchant la différence qu'il établit entre le mouvement et la détermination, et tâchant même de le prouver. Cependant il semble aussi qu'il y ait de l'adresse, pource qu'il impute à M. Descartes une opinion qu'il désavoueroit, à dessein, comme on pourroit croire, de s'en servir dans la suite.
C'est dans le second exemple, où il assure qu'une balle, poussée du point H au point B perpendiculairement sur la surface CBE, ne perd pas de sa détermination, h cause, dit-il, qu'en pénétrant l'eau ou la toile, elle continue à se mouvoir dans la même ligne droite.
Mais il doit considérer que la détermination d'un mobile doit être réputée changer, non seulement quand il quitte la ligne dans laquelle il se mouvoit auparavant, ou quand il se meut à contre-sens dans la même ligne, mais encore en se mouvant du même sens dans la même ligne droite, pourvu que ce soit [plus ou] moins loin qu'il n'étoit déterminé d'aller en ce sens-là. Kt c'est en cette troisième façon que la quantité do la détermination de la balle est devenue moindre, autant que 1(» mouvement : aussi la surface CBK étoit autant opposée à la pnnnièrc que la liaison des parties l'étoit h l'autre : c'est pourquoi il faut réputer comme nul cet exemple qui n'étoit que pour prouver une vérité que les deux parties ne contestent point.
Je ne daignerois d'observer que M. de Fermât appelle force ou puissance mouvante ce que M. Descartes appelle le niouv(»ment, parce qu'il ne paroit pas dans la suite de la lettre que cette différence soit d'aucune conséquence.
AnT. 4". Je reviens maintenanL etc. - Cet article ne .contient que quelques paroles de M. D(»scartes.