‹ OEuvres de Fermat (volume 5)Chapitre 59 sur 265 · XXIII. - OCTOBRE · texte numérisé non relu

XXIII. - OCTOBRE

trouve quelque chose à objecter, et premièrement qu'il doute sirinclination au mouvement doit suivre les mêmes lois que le mouvement, puisqu'il y a autant de différence de l'un à l'autre que de la puissance à l'acte (*).

Mais je me persuade qu'il a formé ce doute sur ce qu'il s'est imajçiné que j'en doutois moi-même, et qu'à cause que j'ai mis ces mots en la page 8, ligne 24 : « car il est bien aisé à croire que l* inclinât ion (^) à se mouvoir doit suivre en ceci les mêmes lois que le mouvement », il a pensé que, disant qu'une chose est aisée à croire, je voulois dire qu'elle n'est que probable. En quoi il s'est fort éloigné de mon sentiment; car je répute presque pour faux tout ce qui n'est que vraisemblable, et quand je dis qu'une chose est aisée à croire, je no veux pas dire qu'elle est probable seulement, mais qu'elle est si claire et si évidente, qu'il n'est pas besoin que je m'arrête à la démontrer; comme en effet on ne peut douter avec raison que les lois que suit le mouvement, qui est l'acte, comme il dit lui-même, ne s'observent aussi par l'inclination à se mouvoir, qui est la puissance de cet acte. Car, bien qu'il ne soit pas toujours vrai que ce qui a été en la puissance soit en l'acte, il est néanmoins du tout impossible qu'il y ait quelque chose en l'acte qui n'ait pas été en la puissance.

2. Pour ce qu'il dit ensuite (' ), qu'il semble y avoir ici une particulière disconvenance, en ce que le mouvement d'une balle est plus ou moins violent, à mesure quelle est poussée par des forces différentes, là où la lumière pénètre en un instant les corps diaphanes, et semble n'avoir rien de successif , je ne comprends point son raisonnement.

Car il ne peut mettre cette disconvenance en ce que le mouvement d'une balle peut être plus ou moins violent, vu que l'action que je prends pour la lumière peut aussi être plus ou moins forte; ni non plus en ce que l'un est successif et l'autre non, car je pense avoir assez

(i) roir LeUre XXU, 4.

(*) Le texte de la Dioptrique porte : faction ou inclination.

(») roir Lettre XXn, 4.

FUHAT.— IL i5

lU ŒUVRES DE FERMAT. - CORRESPONDANCE.

fait entendre, par la comparaison du bâton d'un aveugle, et par celle du vin qui descend dans une cuve, que, bien que Tinclination à se mouvoir se communique d'un lieu k l'autre en un instant, elle ne laisse pas de suivre le même chemin par où le mouvement successif se doit faire, qui est tout ce dont il est ici question.

3. Il ajoute après cela un discours qui me semble n'être rien moins qu'une démonstration (*). Je ne veux pas répéter ici ses mots, pour ce que je ne doute point que vous n'en ayez gardé l'original; mais je dirai seulement que, de ce que j'ai écrit que la détermination à se mouvoir peut être divisée (j'entends divisée réellement, et non point par imagination) en toutes les parties dont on peut imaginer qu'elle est composée, il n'a eu aucune raison de conclure que la division de cette détermination, qui est faite par la superficie CEE i^fig- 54)f qui est une superficie réelle, a savoir celle du corps poli CBE, ne soil qu'imaginaire. Et il a fait un paralogisme très manifeste en ce que, supposant la ligne AF n'être pas parallèle à la superficie CBE, il a voulu qu'on pût, nonobstant cela, imaginer que cette ligne désignoit le côté auquel cette superficie n'est point du tout opposée, sans considérer que, comme il n'y a que les seules perpendiculaires, non sur cette AF tirée de travers par son imagination, mais sur CBE, qui marquent en quel sens cette superficie CBE est opposée au mouvement de la balle, aussi n'y a-t-il que les parallèles à cette même CBE qui marquent le sens auquel elle ne lui est point du tout opposée.

4. Mais, afin qu'on voie mieux la différence qui est entre nos deux raisonnemens, je les veux appliquer à une autre matière. J'argumente en cette sorte :

Premièrement, le triangle ABC {fig* 55) peut être divisé en toutes les parties dont on peut imaginer qu'il est composé. Secondement, or on peut aisément imaginer qu'il a été composé des quatre triangles égaux ADE, FED, EFB, DCF. Troisièmement, et ensuite il est aisé à

(») ro/r Lettre XXU, 5.

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