‹ OEuvres de FermatChapitre 189 sur 228 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

Vicomte lînouNCKEii a .Ioii.n Wallis.

Monsieur, j'ai reçu hier de Sir Keiielm Digby, avec les deux cijointes, une lettre à mon adresse qui ne renfermait que des compliments et un renvoi aux deux autres. Je ne suis pas fâché de voir qu'en somme le désir que M. Frcnicle a évidemment de nous faire toute l'opposition possible, n'aboutit qu'à des objections aussi triviales que celles que renferme sa Lettre. Mais je regrette que sa passion l'ait égaré au point qu'il se soit exprimé aussi incivilement. Ses arguments sont si faibles qu'ils méritent à peine une réponse. Sa chicane sur votre solution par le nombre i est bien mauvaise; car chacun sait que quelques-uns sont de l'opinion que i n'est pas un nombre; mais ceux-là même savent tout aussi bien (jue, dans l'opinion des autres, il en est un. Et (jue soit IM. Fermât qui a proposé le problème, soit M. Frenicle, (jui fait maintenant cette objection, aient pris I comme nombre, cela est évident d'après leurs écrits. Mais que i fût une solution telle que l'attendait l'auteur du problème, personne ne peut le supposer, et cette solution n'était pas donnée comme telle, mais plutôt pour montrer combien le problème, tel qu'il était énoncé, pouvait être facilement résolu; il aurait du être conçu autrement ou bien il fallait faire l'exception. Quant à la chicane contre

oO'i. ŒUVHES DE FERMAT. - TRADUCTIONS.

ma solution , elle provient de ce qu'il n'en a pas saisi le sens que vous ave/ pleinement exprimé; car autrement il n'aurait aucun motif pour son objection, les parties aliquotes étant restreintes aux parties actuelles exclusivement. Que je ne me sois à aucun égard mis d'accord avec l'exemple 343, cela est parfaitement vrai ; mais le probli'uie ne le demandait nullement et il est tout aussi vrai qu'aucune de ses solutions ne s'y rapporte davantage. Car si le cube i n'a pas de parties aliquotes, aucun des siens n'est cube de nombre premier, comme dans l'exemple donné 343 est cube de 7 nombre premier. Quelques amis, en compagnie desquels je suis maintenant, ne me permettent pas de vous dire autre cbose, sinon que je suis.

Monsieur, votre très lidèlc ami et serviteur,

BnoL'KCKF.n.

18/9.8 février rn5-/S.

LRTTRK XXI

(joiuto, ainsi ipio la suivaiili', à ccllo i|iii précùilc). KlîNKLM Dir.RY A JoilN WaI.LIS.

Très honoré Monsieur, je puis sembler être un de ces débiteurs (|ui se sont mis si fort en retard qu'ils ne peuvent espérer satisfiiire leurs créanciers ni oser se présenter devant eux; car il y a maintenant près de quatre mois que j'ai reçu votre très obligeante Lettre du 3 septembre dernier (vieux style). Je pourrais m'excuser, et avec vérité, sur ce que j'ai longtemps été hors do la ville, et imputer ainsi mon silence à ce motif. Mais il n'y a là qu'une excuse (|ui, pas jjIus que l'embarras des déplacements ou le dérangement des voyages, ne peut être alléguée pour justifier suffisamment la vingtième partie du retard que je mets à reconnaître humblement, comme je le dois, l'excessive laveur et les politesses infinies de cette noble et généreuse Lettre. Le plus sage pour moi est aussi le moyen le plus candide; c'est d'avoir recours à la pleine et absolue vérité, qui ne manquera jamais de soutenir ([ui l'aime, aussi longtemps que s(>s intentions sont sinci'res et

COMMEUCIUM DE WALLIS. 50o

respectueuses. Qu'elle fasse donc valoir ce moyen en ma faveur! Les obligeantes expressions de votre Lettre étaient tellement hors de proportion ou de possibilité pour mon mérite que je jugeai que des remerciments purs et simples seraient un troj) mince retour pour une si haute faveur. .le fus désireux de mettre en compte avec moi quei- (|uc autre qui put vous offrir quelque chose d'assez agréable pour pouvoir rendre bienvenue ma Lettre y servant d'introduction. D'apri-s cela, j'envoyai à M. Fermât votre ingénieux et noble théorème sur le segment d'une pyramide ou d'un cône, le priant de m'en donner la démonstration pour que je pusse vous la transmettre. Et là-dessus, jusqu'à ce que j'eusse sa réponse, je différai do. vous écrire, car je pensais qu'il me l'enverrait par le premier ou le second courrier. Mais, depuis ce temps, je n'ai rien eu de lui que des excuses successives, me remettant toujours à la prochaine fois. Il est vrai que j'étais précisément tombé sur l'époque du déplacement des juges de Castres à Toulouse, où il est juge suprême à la Cour souveraine du Parlement ; et depuis, il a été occupé par des causes capitales de grande importance, dans lesquelles il a fini par donner une sentence qui a fait beaucoup de bruit et a été très applaudie; il s'agissait de la condamnation au feu d'un prêtre ayant abusé de ses fonctions. Cette affaire vient seulement de finir et l'exécution s'en est ensuivie. Mais ce qui peut être une excuse pour un autre ne l'est pas pour M. Fermât, qui est incroyablement vif et pénétrant en tout ce qu'il entreprend. Aussi, si pendant tout ce temps il n'a pas donné la démonstration de votre théorème (ni aucune autre réponse, mais seulement de grands éloges et applaudissements, toutes les fois que je lui ai écrit à ce sujet), ce m'est maintenant une preuve évidente qu'on fin de compte je ne dois pas en attendre de lui. Je nedoisdoncpasespérerde voir ma soif sur ce point satisfaite autrement que par votre obligeance; et pour cela, quand j'aurai le plaisir de vous rendre mes devoirs à Oxford, je vous demanderai humblement cette démonstration. Car certainement, dès que je serai de retour en Angleterre (ce qui, je l'espère, ne sera pas long), un des premiers voyages que j'ai l'intention de faire est celui de ce l'LBJiM. — ni. 64

célphrc séjour dos lAIiises cl des sciences les plus profondes, afin que je puisse vous témoigner de vive voix la grande estime et l'extrèmo respect que j'ai pour vous, afin que je puisse également recevoir la faveur de saluer, sur voire présentation, vos dignes cl nobles collègues et amis les Docteurs Wilkins et Ward, que j'honore inlinimenl.

Comme j'étais ainsi désespéré de recevoir ce qne j'attendais de M. Fermai, et que je me résolvais donc à rompre mon silence, cl à vous supplier humblement de l'excuser, en vous en disant la véritable cause, j'ai reçu de vous une nouvelle faveur : votre très obligeante Lettre du 21 novembre dernier, qui ne m'est arrivée que très tardivement, par suite, à ce que j'ai compris, de l'absence de Londres de Mylord Brouncker et aussi par le fait de JM. White; car elle n'est parvenue ici que par la dernière poste. M. Frenicle était à diner avec moi lorsqu'on me l'apporta; là-dessus quelques affaires indispensables me forcèrent à m'absenter pour quelques heures; pendant ce temps, je la lui laissai à sa disposition, après l'avoir seulement parcourue rapidement à part moi. A mon retour, je trouvai qu'il avait écrit à la hâte et dans ma chambre, où je l'avais laissée, quelques réflexions sur la première partie de votre Lettre, et sous forme d'une épitrc adressée à moi-même; il se réservait d'ailleurs de m'euvoyer ou m'apporter ses considérations sur la seconde partie de ce jour-là en huit; car il allait quitter la ville le lendemain matin pour quatre ou cinq jours. J'ai longtemps discuté avec moi-même pour savoir si je vous enverrais ou non son écrit, où il exprime des sentiments si différciils des vôtres. En dernier lieu deux raisons m'ont convaincu que le mieux serait de vous l'envoyer; d'une part, il désirait très sérieusement que je le fisse; si je ne l'avais pas fait et que dès lors vous n'eussiez pas su quoi y répondre, il aurait pu mal juger votre silence et se complaire dans la croyance à son avantage dont, je ne doule pas, vous ne serez pas longtemps à le détromper. D'un autre côté, la variété des opinions entre des hommes éminents et savants ne fait pas peu pour le progrès de la Science, en donnant occasion de décou-

vrir de profondes et abstruses vérités. J'ai donc fait copier par mon secrétaire cette Lettre adressée à moi (car elle était écrite tellemenl il la hâte par une main française que vous n'auriez jamais été capable de la lire) et je vous l'envoie ci-incluse, comme je ferai pour sa proihaine, aussitôt que je l'aurai reçue.

Après vous avoir si longtemps importuné à ce coup, je serais trop blâmable, si je prolongeais davantage votre ennui, en vous faisant une apologie de mon procédé. Je ne puis mieux l'amender qu'en ne continuant pas à mal faire; je coupe donc court, en marquant moimême que je suis vraiment,

Noble et illustre Sir,

Votre très humble et très affectionné serviteur et admirateur,

Kenelm Digby.

Paris, 6 février i658.

(Nouveau style.)

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