ACTE II, SCÈNE III
tresse de suivre le penchant qu'elle a pour toi; et quand je t'annonce tout cela, tu prends ce moment pour te plaindre de ton sort ! Morbleu! ne m'interromps plus, entends-tu, ou je me fâche tout de bon. Où en étais-je ? tu m'as troublé.
FIRMIN
Ce n'était pas mon intention. Vous me disiez que je serais choisi par Agathe : et puissiezvous dire vrai !
THIBAUT
Je ne mens jamais , entends-tu. Ce qui m'a fait le plus de plaisir en toi , c'est de te voir rechercher ma fille, quoique j'aie dit hautement qu'elle n'aurait point de dot, et que j'avais' besoin de tout mon bien pour soutenir son frère, que j'ai placé à la ville chez un riche négociant. Mais tu ne* sais pas pourquoi j'ai dit cela? tu ne sais pas pourquoi je n'ai pas voulu donner de dot à ma fille ?
FIRMIN
Non , monsieur Thibaut.
THIBAUT
C'est pour son bien ; c'est pour qu'elle en fut plus riche. (Firmin le regarde.) Oui , sans doute , tu as beau me regarder. Le plus beau présent que j'aie pu faire à ma fille , a été de ne lui rien donner , parce qu'Agathe , se croyant
Théâtre, af Q
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sans dot , s'en est fait une de sa sagesse , de son économie , de son amour pour le travail ; et , si elle avait cru être riche, elle aurait peutêtre néglige ce trousseau-lâ. J'avais encore une autre raison : c'est qu'Agathe, passant pour n'avoir rien , ne pouvait être recherchée que par quelqu'un véritablement amoureux d'elle ; et autant je haïrais un gendre qui aurait épousé ma fille pour son argent, autant j'aimerai celui qui ne l'épouse que pour son cœur. Comme je suis sûr à présent que c'est pour cela seul que tu l'épouses , je ne fais pas difficulté de t 'avouer que mon projet a toujours été de donner quatre mille francs à ma fille. F i RM i n , transporté.
Quatre mille francs ! monsieur Thibaut , quatre mille francs!' est-il possible? Ah! quel bonheur ! quelle joie ! C'est trop, c'est trop de mille francs. Que je suis heureux, .monsieur Thibaut ! (Il lui saute au cou,) Que je suis heureux ! Oui, j'épouserai votre fille; oui, cela est sûr à présent ; rien ne peut plus s'y opposer, et l'amour que j'ai pour -elle peut seul égafcr mon bonheur.
t fil B Axr t , étonné.
Comment donc ces quatre mille 'francs rendent-ils ma fille plus jolie ?
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