SCÈNE I
doute pas que je l'aime et que je suis digne de l'aimer? n'importe; j'étais heureux, je bénissais mon sort ; nne lettre que je reçois de. mon colonel vient de détruire cette illusion.
NÉB.INE.
Que vous écrit ce colonel ?
clUste.
Tu sais que depuis trois mois j'ai reçu l'ordre de retourner au régiment; je n'ai pu m'y résoudre : et mon colonel , qui s'intéresse véritablement à moi, a découvert, je ne sais comment, que j'étais dans la maison de monsieur Arlequin sur le pied d'un secrétaire , d'un domestique , tranchons le mot , et que j'oubliais tous mes devoirs pour un fol amour qui ne peut être heureux. Il vient de m'écrire, avec toute la sévérité d'un chef et toute la vivacité d'un ami, que, si je n'ai pas rejoint dans huit jours , il fera nommer à ma compagnie.
NÉRINE
Hé bien , qu'il y nomme. Votre compagnie la plus chère , c'est nous ; et votre premier colonel , c'est mademoiselle Nisida. Je ne m'y connais pas , moi , mais il me semble qu'il vaut bien autant être le mari d'une demoiselle jeune , charmante , riche , aimable, que d'être capitaine de cavalerie.
Théâtre. I* 10
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no LE BON PÈRE.
CLÉ A» TE
Tu parles toujours de mariage , Nérine , et tu ne veux pas comprendre qu'il est presque impossible que j'épouse mademoiselle Nisida.
NÊBINE.
La raison , s'il vous plaît. On épouse tout le monde , excepté sa sœur.
CRÉANTE.
Je te l'ai dit cent fois. Nisida est jeune , belle , aimable , fille unique d'un père très riche : et moi , militaire obscur , sans fortune , presque sans nom , car le sort qui m*a poursuivi dès le berceau me défend d'oser porter le nom de mon père ; moi , destiné à vieillir dans un régiment , ou à trouver la mort à la guerre , j'ose aimer Nisida , je me travestis , je me dégrade , je vais perdre pour elle le seul bien que je possède , le seul qui me fait vivre , mon état : et quand il ne me restera plus rien dans le monde que mon amour , comment oser le déclarer à celle qui pourrait croire que c'est sa fortune que j'aime.,
NÉRISE.
J'approuve cette délicatesse, sans voir les choses comme vous les voyez. Mademoiselle Nisïîà» est assurément tout ce que vous ave* dit; mais vous, M. Cléante , vous n'êtes pas si fort au-dessous d'elle. D'abord, pour lie^qua-
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:SCÈNR I. ni
lités et les agrémens, sans tous flatter, voui vous ressemblez beaucoup. Je sais que ce petit article , qui fait tout dans le mariage , est compté pour rien dans le contrat ; mais monsieur Arlequin, le père de mademoiselle Nïsida, convient lui-même qu'il n'est qu'un simple bourgeois d'une petite ville d'Italie, et qu'il ne possède ses richesses que par un hasard singulier. Vous êtes un homme de condition , capitaine de cavalerie à vingt ans , aimé , considéré de tous ceux qui vous connaissent ; jamais votre réputation n'a été effleurée par la moindre étoùrderie....
CLÉANTE
A cela je n'ai point de mérite ; quand on est pauvre , oh n'a que là ressource detre sage.
TSÉltllSE.
Cela peut être ; mais bien des gens ignorent leurs ressources. La fortune est donc la seule qui ttfe vOùâ ait pas bien traité. C'est un malheur pdùr Vous , «t 1in bonheur pour celle qui vous 'épouser à.; car vous M deviez tout; et il me semble qu'il faut bien estimer quelqu'un pour consentir à lui devoir tout*
CLÉANTE
Ces réflexions-là ne me sont pas permises.
NER.INE
Écoutez-môi, monsieur; j'ai toujours eu
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une manière de me conduire qui m'a réussi. Mon grand principe, c'est qu'il faut céder à son cœur toutes les fois qu'il est plus fort que notre raison. Examinez-vous bien. Si vous croyez pouvoir oublier mademoiselle Kisida , il faut retourner à votre régiment, suivre le service , et reprendre par votre mérite la place que le sort vous a ôtée : s'il vous est impossible de vivre sans mademoiselle Nisida , ma foi , il faut rester ici plutôt que de mourir; il faut lui parler, lui découvrir qui vous êtes, lui dire que vous l'aimez....
CLÉANTE
Oh!' jamais je n'oserai , Nérine....
né m NE.
Oh! si la peur vous prend , tout est perdu. Mettez-vous donc bien dans la tête que , depuis que le monde est monde , il n'y a jamais eu d'homme étranglé par une femme pour lui avoir dit qu'il l'aimait. De tous les tours qu'on peut nous jouer , c'est celui-là que nous pardonnons le plus aisément : je vous dis le secret du corps , moi ; c'est à vous d'en profiter.
CLÉANTE
Mais....
né m NE.
Mais j'en sais plus que vous , et votre bon-
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