‹ Œuvres de Florian: Les fables, illustrées d'un port. de FlorianChapitre 7 sur 54 · XIV FLORIAN ET SON OEUVRE · texte numérisé non relu

XIV FLORIAN ET SON OEUVRE

Que montre le chien au jeune lion dont il fait l'éducation :

... Les abus du pouvoir, des peuples la misère,

Le lièvre, le lapin mangés par les renards,

Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère...

Partout le faible terrassé

Le bœuf travaillant sans salaire

Et le singe récompensé.

Que fait dire le fabuliste au père indigné, gourmandant ses enfants qui se disputent une couvée de perdreaux, en se les jetant à la tête?

Comment donc, petits rois, vos discordes cruelles Font que tant d'innocents expirent par vos coups 1 De quel droit, s'il vous plait, dans vos tristes querelles Faut-il que l'on meure pour vous?

Quelle remarque fait le pauvre au roi Alphonse, l'astronome qui s.ms cesse regarde les astres?

Ce n'est pas de là haut, c'est des lieux où nous sommes

Que Dieu vous a fait souverain Regarde^ à vos pieds; là vous verrez des hommes

Et des hommes manquant de pain!

Ses idées, ses croyances étaient donc empreintes du libéralisme le plus pur, mais elles ne purent le protéger contre la haine criminelle des bourreaux de la Terreur.

Florian ne fut pas seulement un grand écrivain, un esprit indépendant et fier, un esprit courageux, un patriote éclairé, il se montra encore en toutes circonstances un honnête homme : après la mort de son père qui lui laissa ses domaines chargés de dettes, du fait surtout des dissipations de son aïeul, il n'hésita pas à se dessaisir de ce qu'il possédait pour désintéresser tous les créanciers et payer intégralement les dettes de sa famille. Le château de Florian fut vendu et il lui resta pour tout bien, l'estime de ses amis.

Retiré à Sceaux, depuis la mort du duc de Penthièvre, l'écrivain était l'habituel commensal de Mme de La Briche, belle-sœur de Mme d'Houdetot et belle-mère de M. le comte Mole.

Cette châtelaine, aimable entre toutes, à qui est dédiée la fable dos Sarigues, réunissait chaque été dans son magnifique et délicieux château du Marais la société la plus élégante et la plus choisie; Florian y présidait à la représentation de ses pièces, et, à la fois auteur, acteur, metteur en scène, il était l'âme des divertissements.

Sainte-Beuve, dans une page exquise, l'a peint à cette dernière époque de sa vie.

« Dans la première quinzaine de septembre 1793, le château privilégié réunissait encore, au sein de sa douce et fraîche vallée, une vingtaine de personnes de tout âge, hommes, femmes, tous plus ou moins menacés, et qui, au milieu des idées de ruine, de prison et de mort même dont chacun était environné alors, tâchaient d'oublier l'orage et de jouir ensemble des derniers beaux jours. Le ciel n'avait jamais été d'une sérénité plus pure, plus inaltérable. C'était, m'a raconté un témoin fidèle, une sorte d'enivrement, de bonheur mêlé d'un charme attendri, une gaieté quelquefois forcée ut pourtant toujours vive. Pas un moment u'etait laissé aux souvenirs; on ne se quittait poiut, de peur de »e

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