‹ Œuvres de Fontenelle (volume 3)Chapitre 11 sur 20 · UE DL VERNEY · texte numérisé non relu

UE DL VERNEY

bies, tels que la grenouille; car le fœtus, qui vit d'abord sans respirer l'air , et ensuite en le respirant, est une espèce d'amphibie. Ceux-là le conduisaient à d'autres animaux approchans, sans être amphibies, comme le crapaud ; et enfin aux insectes , qui font un genre à part , et offrent un spectacle tout nouveau.

Aussi excellait-il dans l'anatomie comparée, qui est l'anatomie prise le plus en grand qu'il soit possible, et dans une étendue où peu de gens la peuvent embrasser. Il est vrai que pour nous, et pour nos besoins, la structure du corps humain paraîtrait suffire ; mais on le connaît mieux quand on connaît aussi toutes les au très machines faites ù peu près sur le même dessin. Après celles-là il s'en présente d'autres d'un dessin fort différent : il y aura moins d'utilité à les étudier à cause de la grande différence; mais par cette raison là même la curiosité sera plus piquée, et la curiosité n'a-t-ellepasses besoins?

Dans les premiers temps de ses exercices du jardin royal , il faisait et les démonstrations des parties qu'il avait préparées, et les discours qui expliquaient les usages, les maladies , les cures, et résolvaient les difficultés. Mais sa faiblesse de poitrine, qui se faisait toujours sentir, ne lui permit pas de conserveries deux fonctions à la fois. Un habile chirurgien choisi par lui , faisait sous lui les démonstrations, et il ne lui restait plus que les discours , dans lesquels il avait de la peine à se renfermer. C'est lui qui a le premier enseigné en ce lieu-là l'ostéologie et les maladies des os.

De son cabinet, où il avait étudié des cadavres ou des squelettes , il allait dans les hôpitaux de Paris , où il étudiait ceux dont les maux avaient rapport à l'anatomie. Si la machine du corps disséquée et démontrée

^G'i ELOGE

présente encore tant d'énigmes très difficiles et très obscures , à plus forte raison la machine vivante , où tout est sans comparaison moins exposé à la vue , plus enveloppé , plus équivoque. C'était là qu'il appliquait sa théorie aux faits , et qu'il apprenait même ce que la seule théorie ne lui eût pas appris. En même temps il était d'un grand secours, et aux malades, et à ceux qui en étaient chargés. Quoiqu'il fût docteur en médecine , il évitait de s'engager dans aucune pratique de médecine ordinaire, quelque honorable, quelque utile qu'elle pût être : il prévoyait qu'un cas rare de chirurgie, une opération singulière, lui aurait causé une distraction indispensable; et il s'acquittait assez envers le public de son devoir de médecin , non-seulement par les instructions générales qu'il donnait sur toute l'anatomie , mais par l'utilité dont il était dans les occasions particulières.

Loin d'avoir rien à se reprocher sur cet article , il ne se reprochait que d'être trop occupé de sa profession. Il craignait que la religion , dont il avait un sentiment très vif, ne lui permit pas un si violent attachement, qui s'emparait de toutes ses pensées et de tout son temps. L'auteur de la nature^^ qu'il admirait et révérait sans cesse dans ses ouvrages si bien connus de lui , ne lui paraissait pas suffisamment honoré par ce culte savant , toujours cependant accompagné du culte ordinaire le plus régulier. L'âge qui s'avançait , les infirmités qui augmentaient, contribuaient peut-être à ce scrupule , sans lui donner pourtant le pouvoir de s'y livrer entièrement.

Les mêmes raisons l'empêchèrent pendant plusieurs années de païaître à l'académie. Il demanda a être vé-

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