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la quantité des naufrages dans les navigations, etc. Ces connaissances, et beaucoup d'autres pareilles étant acquises par l'expérience , et posées pour fondement , combien de conséquences en tirerait un habile ministre pour la perfection de l'agriculture , pour le commerce, tant intérieur qu'extérieur, pour les colonies, pour le cours de l'argent, etc. Mais il faudrait qu'il passât parles combinaisons et par les suites de nombres, à moins qu'un grand génie naturel ne le dispensât d'une marche si lente e^ si pénible , sans compter que la nature des affaires ne demande pas la précision géométrique. Enfin, il est certafti , et les peuples s'en convaincront de plus en plus, que le monde politique, aussi bien que le physique , se règle par poids , nombre et mesure.
Après le livre de Montmort, il en parut un en Angleterre sur la même matière , intitulé : De mensurâ sortis. Il est de Moivre , fameux géomètre , que la France a droit, puisqu'il est Français, de revendiquer sur l'Angleterre, d'ailleurs fort riche. Je ne dissimulerai point que de Montmort futvivementpiquédecet ouvrage, qui lui parut avoir été entièrement fait sur le sien, et d'après le sien. 11 est vrai qu'il y était loué; et n'était-ce pas assez, dira-t-on? Mais un seigneur de fief n'en quittera pas pour des louanges celui qu'il prétend lui devoir foi et hommage des terres qu'il tient de lui. Je parle selon sa prétention , et ne décide nullement s'il était en effet le seigneur.
De Montmort, voisin à sa campage de madame la duchesse d'Angoulême , s'était fort attiré son estime et sa confiance ; peut-être aussi avait -il pour elle une sorte de reconnaissance de ce que son mariage était heureux.
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Après qu'elle eut vendu sa terre de Mareuil pour l'arrangement de ses affaires, il lui offrit la plus belle partie du château de Jlontmort pour sa demeure, et elle Taccepia. Elle y fut trois ans , au bout desquels elle mourut en i7i3 , ayant encore augmenté de dix ans la merveille d'être belle-fille de Charles IX. Elle laissa son hôte , chargé d'une lettre pour le roi , et son exécuteur testamentaire. Il fallut que le philosophe allât à Versailles, et, ce qui est encore plus terrible, au palais, et fort souvent ; car il se trouva sur les bras deux procès que le testament avait fait naître. II avait pour les affaires la double haine et* d'honnête homme et de savant : cependant il en fit parfaitement son devoir ; et gagna les deux procès. En comparaison de ces sortes d'honneurs funèbres qu'il rendit à la mémoire de la princesse, les obsèques dignes d'elle qu'il lui fit faire , et l'épitaphe qu'il composa ne méritent pas d'être comptées. '
En 17 14, il fit une nouvelle édition de ses jeux de hasard , très considérablement augmentée , et enrichie de son commerce épistolaire avec MM. Bernoulli , oncle et neveu; surtout avec le neveu, qui ne respirait alors, comme lui, que combinaisons et suites infinies de nombres.
Ce n'était pas seulement avec ces deux illustres mathématiciens qu'il était en commerce , mais avec tous les autres de l'Europe, Newton, Leibnitz, Halley , Craige , Taylor, Herman, Poleni. Tous les plus grands noms dans ce genre composaient la liste de ses amis. Il apprenait par eux les nouvelles les plus fraîches des mathématiques , leurs vues particulières, leurs projets d'ouvrages, leurs réflexions sur ce qui paraissait au
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jour, l'histoire anecdote des sciences ; il recevait et rendait des solutions de problèmes difficiles, desjugemens raisonnes, des dissertations méditées avec soin. Un géomètre médiocre aurait été souvent fort embarrassé de pareils commerces; pour lui , il ne pouvait l'être que quand il fallait se ménager entre des savans brouillés ensemble, comme dans la querelle qui s'éleva sur l'invention des nouveaux calculs , et dont nous avons parlé en 1716. D'un côté était toute l'Angleterre en armes pour Newton , et de l'autre Leibnitz, et après sa mort Jean Bernoulli , qui, aussi bien que Jacques son frère, ayant pi'is les premières idées de ces calculs dans les écrits de Leibnitz , où tout autre qu'eux ne les eût pas prises , les avait poussées si loin , qu'il y pouvait prendre le même intérêt que Leibnitz. Bernoulli seul, comme le fameux Codés , soutenait sur le pont toute l'armée anglaise. On en était venu aux grandes hostilités, à des défis de problèmes; et de Montmorl, toujours posté entre les deux partis ennemis , dont chacun tâchait de l'attirer à soi , reconnu presque pour juge en quelques occasions , avait besoin de toute sa sagesse. Il était peutêtre plus lié avec les Anglais qu'il connaissait personnellement : cependant il se maintint parfaitement neutre , en usant du seul artifice qui put réussir , il disait toujours vrai de part et d'autre, mais du ton qui fait passer la vérité. Les savans avec qui il a eu le commerce le plus étroit , sont MM. Bernoulli , oncle et neveu , et Taylor.
En 1715 , il fit un troisième voyage en Angleterre, pour y observer l'éclipsé solaire qui devait être totale k Londres. La société royale ne le voulut pas laisser partir sans se l'être acquis , et sans l'avoir reçu dans son corps.
A. quelque point que cet honneur le flattât, il ne le séduisit pourtant pas en faveur des altraclicns , abolies , à ce qu'on croyait , par le cartésianisme , etressuscitées parles Anglais, qui cependant se cachent quelquefois de l'amour qu'ils leur portent. De Montmort eut de grandes querelles sur ce sujet avec Taylor, s':'n ami particulier, et lui composa même, avec soin , une assez longue dissertation , par laquelle il renvoyait les attractions dans le néant , d'où elles tachaient de sortir. Tavlor y répondit peu de temps après. Il est certain que si l'on veut entendre ce qu'on dit , il n'y a que des impulsions ; et si on ne se soucie pas de l'entendre , il y a des attractions, et tout ce qu'on voudra; mais alors la nature nous est si incompréhensible , qu'il est peutêtre plus sage de la laisser là pour ce qu'elle est.
De Montmort , pour remplir quelque devoir de membre de la société royale de Londres , lui envoya un grand écrit fort curieux et fort profond sur les suites infinies, qu'elle fit imprimer dans ses transaclicns en 1 7 1 7 . Taylor, très versé aussi dans cette matière , comme il paraît par son traité de mcthcdo incremenlcrum , y fit une addition ; ce qui marquait entre deux géomètres vivans une liaison assez tendre , et une espèce de fraternité.
De Montmort destinait aussi un pareil morceau à l'académie des sciences , où il avait été reçu associé libre en 17 16 : mais étant venu de sa campagne à Paris au mois de septembre 17 16 pour des affaires, il fut pris de la petite-vérole, qui faisait alors beaucoup de ravage , et mourut le 7 octobre suivant.
Quand il fut extrêmement mal , et que , selon la coutume , on l'envoya recommander aux prières de trois paroisses dont il était seigneur, les églises retentissaient
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des gémissemens et des cris des paysans. Sa mort fut honorée de la même oraison funèbre, éloges les plus précieux de tous, tant parce qu'aucune contrainte ne les arrache , que parce qu'ils ne se donnent ni à l'esprit ni au savoir, mais à des qualités infiniment plus estimables.
11 travaillait depuis un temps à Vhistcire de la gécmé- Irie. Chaque science , chaque art devrait avoir la sienne. Il est très agréable , et ce plaisir renferme beaucoup d'instruction , de voir la route que l'esprit humain a tenue, et, pour parler géométriquement, celte espèce de progression, dont les intervallessont d'abord extrêmement grands, et vontensuite naturellement en se serrant toujours de plus en plus. L'histoire de la géométrie ancienne aurait été d'une discussion, et d'une recherche fort pénible , et il eût fallu beaucoup travailler pour ne rien apprendre que des méthodes embarrassées qui ont conduit les plus grands génies à ce qui n'est présentement qu'un jeu. La géométrie moderne , dont l'époque est à Descartes, qui a changé la face de tout, eût été plus agréable et plus intéressante, mais en même temps plus dangereuse à traiter. Non-seulement les particuliers, mais les nations mêmes ont des jalousies. Heureusement de Montmort était assez intelligent et assez laborieux pour la première partie de son ouvrage, assez instruit et assez équitable pour la seconde. Il n'était pas encore fort avancé, puisse-t il avoir un digne successseur !
Le fort de son travail n'était qu'à sa campagne , où il passait la plus grande partie de l'année; la vie de Paris lui paraissait trop distraite pour des méditations aussi suivies que les siennes. Du reste , il ne craignait pas les
distractions en détail. Dans la même chambre où il travaillait aux problêmes les plus embarrassans , on jouait du clavecin ; son fils courait et le lutinait , et les problèmes ne laissaient pas de se résoudre. Le P. Malebranche en a été plusieurs fois témoin avec étonnement. Il y a bien de la force dans un esprit qui n'est pas maîtrisé parles impressions du dehors même les plus légères.
Il faisait volontiers les honneurs de Raris aux savans étrangers, qui la plupart s'adressaient d'abord k lui. Quoique vif et sujet k des colères d'un moment , surtout quand on l'interrompait dans ses études pour lui parler d'affaires , il était fort doux, et à ces colères succédait une petite honte et un repentir gai. Il était bon maître, même k l'égard de domestiques qui l'avaient volé, bon ami, bon mari, bon père, non-seulement pour le fond des sentimens , mais , ce qui est plus rare, dans tout le détail de la vie.
Michel Rolle naquit k Ambert , petite ville de la basse Auvergne, le 21 avril 1662. Son père , marchand peu aisé, après lui avoir fait bien apprendre à écrire, et un peu d'arithmétique, le mit chez un notaire, et ensuite chez différens procureurs du pays , pour le former aux affaires et k la pratique, qui devaient être le principal fonds de sa subsistance. Mais il se lassa bientôt de ces sortes d'occupations , qui en effet ne sont pas
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juédiocrement dégoûtantes pour qui n'y est pas appelé par la nature; et à l'âge de vingt- trois ans, il vint à Paris avec la seule ressource d'écrire assez bien pour en pouvoir donner des leçons.
Le peu d'arithmétique qu'il savait, et qui est communément joint à cette profession , était une faible semence qui germa bien vite chez lui par la bonne disposition du terroir. Il entra plus avant, et toujours plus avant dans la science des nombres; et enfin, sans avoir eu l'intention, et presque sans s'en apercevoir, il se trouva conduit jusqu'à l'algèbre. C'était là où la nature le voulait. Il s'enfonça dans la plus abstraite analyse; la difficulté n'était que de trouver du temps. Sa profession, devenue d'autant plus nécessaire , qu'il était déjà chargé de famille , l'occupait beaucoup : mais tout ce qu'elle pouvait lui laisser de loisir, tout ce qu'il pouvait dérober à son sommeil, la passion dominante le prenait; et l'on sait que les passions font toujours leur part assez bonne.
Feu Ozanam avait proposé ce problême : trouver quatre nombres , tels que la différence de deux quelconques soit un carré, et que la somme de deux quelconques des trois premiers soit encore un carré. Il avait ajouté que le moindre de ces nombres n'aurait pas moins de cinquante chiffres, et qu'il ne croyait pas qu'on en pût trouver de plus petits. RoUe en 1682, c'est-à-dire âgé de 3o ans, résolut le problème par quatre formules algébriques qui exprimaient les quatres nombres, et n'avaient que deux inconnues ou indéterminées , telles qu'en supposant d'abord que la première était une, et la seconde deux, ce qui est la plus simple des suppositions, il venait quatre nombres conditionnés comme on les deman-
dait, et qui n'avaient chacun que sept chiffres au lieu de cinquante, espèce d'insulte savante qu'on faisait au problème. Rolle donnait de plus la manière d'avoir dix millions de fois mille milliards de résolutions dans lesquelles le plus grand nombre n'aurait pas cinquante chiffres, insulte infiniment redoublée. Aussitôt Colbert, qui avait des espions pour découvrir le mérite caché ou naissant, déterra Rolle dans l'extrême obscurité où il vivait, et lui donn?i une gratification qui devint ensuite une pension fixe.
Encouragé par une récompense si prompte, et en quelque sorte si prévenante , et plus encore par la gloire d'un début si brillant, il se dévoua entièrement à l'algèbre , et y fit de si grands progrès, qu'en i68ô , trois ans seulement après que son nom eut paru pour la première fois, il fut reçu dans l'académie des sciences pour y tenir une place qu'un autre eût peut-être eu de la peine à remplir.
Il n'y a point d'habiles mathématiciens qui ne sachent beaucoup d'algèbre, ou du moins assez pour l'usage indispensable. Mais cette science, poussée au-delà de cet usage ordinaire, est si épineuse, si compliquée de difficultés, si embarrassée de calculs immenses, et pour tout dire , si affreuse , que très peu de gens ont un courage assez héroïque pour s'aller jeter dans ses abîmes profonds et ténébreux. On est plus flatté de certaines théories brillantes, où la finesse de l'esprit semble avoir plus de part que la dureté du travail. De plus, il ne s'agit dans l'algèbre que de l'art de démêler une grandeur inconnue au travers de mille nuages qui la couvrent, supposé qu'on ait dessein de la connaître ; mais ce dessein , ce sont d'autres parties des mathématiques, des
intérêts particuliers, pour ainsi dire, qui ie font naître en certaines occasions , et on les attend pour se donner la peine d'employer l'algèbre; ou, ce qui est encore plus court, quand l'aO'aire en est venue là, on se contente de la renvoyer à l'algèbre , qui est obligée de s'en charger. RoUe ne la traita pas ainsi ; il l'aima pour ellemême , et en brava toutes les horreui's , sans se proposer autre chose que de les surmonter ; cependant , comme l'algèbre et la haute géométrie sont devenues inséparables, il pénétra aussi jusqu'à cette géométrie; mais il n'alla jamais jusqu'à celle qui est mêlée de phvsique, peut-être parce que l'algèbre, à laquelle il était si fidèle , ne l'y conduisait pas nécessairement.
M. de Louvois, dont un des fds avait appris de lui les élémcns de mathématiques, lui donna au bureau de l'extraordinaire des guerres une seconde place qui valait mieux, que celle de l'académie, et pouvait le mener plus loin. Il tacha pendant quelque temps de les accorder toutes deux, et même M. de Barbezieux voulut bien lui permettre de s'absenter deux fois la semaine pour venir aux assemblées de la compagnie; mais tout cela était forcé ; il s'accablait de travail , il prenait trop sur son sommeil. Enfin, il sentit l'impossibilité absolue de servir à deux maîtres; et dans la nécessité de choisir, il préféra celui que sa fortune étroite ne lui conseillait pas, mais que son goût demandait. Il a fait encore d'autres sacrifices courageux à l'algèbre et à sa liberté, ou plutôt à l'algèbre seule; car il n'avait besoin de liberté que pour elle. Il y a entre les sciences et les richesses une ancienne et irréconciliable division.
En 1690, il publia un tr ailé d' al v cire m-4o.Cequi en a le plus brillé, a été sa méthode des cascades ;,
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qui résout les équations déterminées de tous les degrés.
On approche toujours de la valeur de l'inconnue par des équations diflerentes et successives , qui vont toujours en baissant ou en tombant d'un degré; et de là est venu le nom àe cascades. Il enrichissait encore le dictionnaire de l'algèbre de quelques termes nouveaux, tels que l'arbre de direction , l'arbre de retour, etc. La nouveauté des choses avait produit nécessairement celle des mots.
Comme il s'était contenté d'exposer sa méthode des cascades sans la démontrer, il donna l'année suivante un nouvel ouvrage : Démonstration d'une méthode pour résoudre les égalités de tous les deorés , suivie de deux autres méthodes , dont la première donne les moyens de résoudre ces mêmes égalités par la géométrie , et la seconde pour résoudre plusieurs questions de Dicphante qui n ont point été résolues. Il arrive quelquefois dans ces matières, que l'on trouve de bonnes méthodes, et qu'il n'est pas aisé d'en trouver la démonstration assez précise on assez claire. On voit la route qu'il faut tenir, on voit que l'on arrivera : on arrive toujours, mais à toute rigueur on pourrait douter, et on ne forcerait pas un incrédule , triomphe indispensable pour les mathématiques. Il manquait aux cascades , et leur auteur le leur assura. Quant aux questions de Diophante , que la propriété des carrés des trois côtés du triangle rectangle a fait naître , et qui regardent les nombres carrés, elles ont exercé plusieurs géomètres modernes, qui en avaient encore laissé à Rolle une assez grande quantité des plus difficiles à résoudre. La multitude de calculs et de combinaisons dont il avait l'esprit plein, le rendait singulièrement propre à cette entreprise.
En 1699 , il publia encore un ouvrage intitulé : Méthode peur résoudre les questions irulélermintes de l'alçèlre. Il les avait promises dans son grand traité de 1690. Le Journal des Savans assura qu'elles étaient les seules générales que l'on eût jusqu'alors pour résoudre par des lignes les équations indéterminées, et qu'elles étaient de plus fort utiles , et quelquefois nécessaires pour résoudre aussi par des lignes toutes les équations déterminées. On sait assez que les indéterminées expriment des courbes , et que les déterminées se résolvent par des intersections de courbes , ce qui fait le grand et important commerce de l'algèbre et de la géométrie. Mais il semble que Rolle avait soin d'y donner toujours beaucoup d'avantage à l'algèbre , et de lui faire jouer le personnage le plus considérable.
En ce temps-là le livre du marquis de l'Hôpital avait paru , et presque tous les mathématiciens commençaient à se tourner du côté de la nouvelle géométrie de l'infini, jusque-là peu connue. L'universalité surprenante des méthodes , l'élégante brièveté des démonstrations, la finesse et la promptitude des solutions les plus difficiles , une nouveauté singulière et imprévue , tout attirait les esprits, et il se faisait dans le monde géomètre une révolution bien marquée. Elle n'était pourtant pas absolument générale ; dans le pays même des démonstrations , on trouve encore le moyen de se diviser. Feu l'abbé Gallois , comme nous l'avons dit, même dans son éloge , ne goûtait point la nouvelle géométrie ; mais il était bien aise de ne la combattre qu'avec le secours ou à l'abri d'un géomètre de nom, et heureusement il trouva dans Rolle les dispositions nécessaires pour s'unir à lui. Il mit dans la société le courage d'entrepren-
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dre la guerre, et l'art de la conduire, qui tous deux auraient peut-être manqué à llolle; et celui-ci ne fut obligé que de fournir les raisonnemens. La contestation éclata dans l'académie , qui eut d'abord la sagesse d'écouter tout, et ensuite celle d'assoupir par son autorité une dispute qui n'en devait pas être une, du moins de la manière dont elle l'était ; car il pouvait bien y avoir, et il y a certainement encore des difficultés à éclaircir dans le système de la nouvelle géométrie ; mais on parlait de renverser le système total, et la proposition offensait trop les oreilles savantes.
Quand la paix des infiniment petits fut faite, ou le silence ordonné , Rolle donna son application à d'autres sujets de géométrie, où l'algèbre dominait toujours; il ne laissait pas d'y glisser encore adroitement des accusations d'insuffisance, ou même de fausseté contre le nouveau calcul, avec lequel il ne s'est jamais bien réconcilié, et les infinitaires étaient au guet pour ne lui rien passer qui les intéressât trop. Il se mit aussi à examiner, et pour ne rien dissimuler, il attaqua ouvertement la géométrie de Descartes sur sa merveilleuse théorie de la construction des égalités. Feu de la Hire s'en rendit le défenseur , comme Yarignon et Saurin l'étaient des infiniment petits. Cette matière produisit des discussions fort fines et fort délicates , dont la plus curieuse est dans l'histoire de 1710; et il est vrai que malgré un grand zèle pour la gloire de Descartes, il fallut accorder à Rolle quelques unes de ses prétentions, et reconnaître ce qu'on lui devait sur des points assez importans. Il résultait de tout cela, que quand il ouvrait une matière dans l'académie, il semblait qu'on dut se préparer à combattre. Une légère diilérence de forme
dans ce qu'il proposait , eut prévenu cet inconvénient. L'objection la plus fulminante peut, sans rien perdre de sa force , devenir un simple éclaircissement qu'on demande; mais il déclarait trop nuement et trop géométriquement le fond de sa pensée sur des ouvrages révérés. La géoméirie n'a qu'un ton; mais peut-être ferait-elle bien elle-même d'en changer quelquefois un peu, puisqu'elle parle à des hommes.
QuelquesunssoupçonnaientPioUe de tendredes pièges aux autres mathématiciens par des questions artificieusement conçues où il voulait se donner le plaisir de les voir plus embarrassés que la chose ne le méritait. Cependant il s'est trouvé dans des occasions importantes , que ces soupçons étaient injustes, les questions très réelles , et les solutions très solides; témoin le cas nouveau et paradoxe de l'intersection de deux sections coniques en quatre points du même côté de l'axe dont nous avons parlé dans l'histoire de ï-iS.
Il croyait l'algèbre encore fort imparfaite , et susceptible d'une étendue que Ton ne pense pas même à y désirer. Il en méditait des élémens tout nouveaux : mais dans ce qu'il communiquait à l'académie, il rapportait quelquefois certaines choses à ces élémens inconnus, ou les supposait; ce qui donnait à ses écrits une apparence de simples projets, et même de l'obscurité. Ses idées pouvaient se nuire les unes aux autres par leur multitude , et l'espace borné de nos mémoires ne suffisait pas toujours pour les contenir toutes ; le champ était trop petit, pour y ranger une armée en bataille. C'est dommage qu'il n'ait fait ces élémens, où il aiu'ait pu se développer en liberté : on ne peut douter que l'ouvrage n'eût été fort considérable ; et un homme capable ,
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comme lui, de se sacrifier entièrement à l'algèbre, n'est pas un présent que la nature fasse tous les jours aux sciences.
Il eut en 1708 une attaque d'apoplexie dont" il sortit avec tout son esprit , et presque la même force pour le travail. Mais dix ans après, une seconde attaque le jeta dans une paralysie qui ne lui permit plus de sortir, et dont il mourut le 8 novembre 17 19, âgé de soixantehuit ans , après avoir donné toutes les marques d'une solide piété. Ses mœurs avaient toujours été telles que les forment un grand attachement à l'étude, et l'heureuse privation du commerce du monde.
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Berxard Renau d'Elisagaray naquit dans le Béarn en 1602, d'un père qui avait peu de bien et beaucoup d'enfans. On croit que ce fut par madame de Gassion, femme d'un président à Mortier du parlement de Pau, et fille de Colbert du Terron , intendant de Rochefort, qu'il fut connu, fort jeune encore, de cet intendant, qui conçut aussitôt beaucoup d'affection pour lui. Il avait une très petite taille , mais très bien proportionnée, et qui tirait de l'agrément de sa petitesse même, l'air adroit, vif , spirituel, courageux. Du Terron le prit chez lui , où il devint frère de madame la princesse de Carpegne et de madame de Barbancon , ses deux filles cadettes ; car elles l'ont toujours appelé de
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ce nom ; et pour madame de Gassion, l'aîné des trois sœurs, il était son fils. Quelque aimable que fût naturellement un jeune enfant étranger dans une maison , il fallait encore que pour y être aimé de tout le monde, il sût bien se rendre aimable. On lui fit apprendre les mathématiques, apparemment parce que le séjour de Rochefort lui avait donné lieu de faire paraître des dispositions à entendre la marine. Enfin, on avait très bien rencontré ; et l'on vit par son application et par ses progrès , qu'il était dans la route où son génie l'appelait.
Il ne s'instruisait pas par une grande lecture, mais par une profonde méditation. Un peu de lecture jetait dans son esprit des germes de pensées que la méditation faisait ensuite éclore , et qui rapportaient au centuple. Il cherchait les livres dans sa tète, et les y trouvait. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'il pensait beaucoup, et passait peu de temps dans son cabinet et dans la retraite. 11 pensait d'ordinaire au milieu d'une conversation, dans une chambre pleine de monde, même chez les dames. On se moquait de sa rêverie et de ses distractions ; on ne laissait pas en même temps de le respecter. Il faisait naturellement et sans affectation ce qu'avait fait, pour une épreuve ou pour une ostentation de ses forces, ce philosoplie qui se retirait dans un bain public où il allait méditer.
Il y a apparence que Renau lut la Recherche de la Vérité, dès qu'il fut en état de la lire. Son goût pour ce fameux système et son attachement pour la personne de l'auteur, ont toujours été si vifs, qu'on ne les saurait croire fondés sur une impression trop ancienne. Quoi qu'il en soit, jamais malebranchiste ne l'a été plus
parfaitement; et comme on ne peut l'être à ce point sans une forte persuasion des vérités du christianisme , et ce qui est infiniment plus difficile, sans la pratique des vertus qu'il demande , Renau suivi le système jusqueslà. Son caractère ferme et vigoureux ne lui permettait ni des pensées chancelantes , ni une exécution faible.
Quand il fut assez instruit dans la marine , duTerron le fit connaître de M. de Seigneîay, qui devint bientôt son protecteur, et un prolecteur vif et agissant. Il lui procura en 1679 une place auprès du comte de Vermandois , amiral de France , qu'il devait entretenir sur tout ce qui appartient à cette importante charge. Il en eut une pension de mille écus.
Le feu roi voulant perfectionner les constructions de ses vaisseaux, ordonna à ses généraux de merde se rendre à la cour avec les constructeurs les plus habiles , pour convenir d'une méthode générale qui serait établie dans la suite. Pienau eut l'honneur d'être appelé à ces conférences qui durèrent trois ou quatre mois. De Seigneîay y assistait toujours; et quand les matières étaient suffisamment préparées, Colbert y venait pour la décision, et quelquefois le roi lui-même. Tout se réduisit à deux méthodes , l'une de du Quesne , si fameux et si expérimenté dans la marine, l'autre de Renau, jeune encore et sans nom. La concurrence seule était une assez grande gloire pour lui; mais du Quesne, en présence du roi, lui donna la préférence, et tira plus d'honneur d'être vaincu par son propre jugement, que s'il eût été vainqueur par celui des autres.
Sa Majesté ordonna à Renau d'aller avec de Seigneîay, le chevalier de Tourville , depuis maréchal de France, et du Quesne le fils, à Brest et dans les autres
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ports , pour y exécuter en grand ce qui avait été fait en petit devant elle. Il n'instruisit pas seulement les constructeurs, mais encore leurs enfans, et les mit en état de faire à l'âge de quinze ou vingt ans les plus grands vaisseaux, qui demandaient auparavant une expérience de vingt ou trente années.
En 1680 , les Algériens nous ayant déclaré la guerre, Renau imagina qu'il fallait bombarder Alger, ce qui ne se pouvait faire que de dessus des vaisseaux , et paraissait absolument impraticable; car jusque-là il n'était tombé dans l'esprit de personne que des mortiers pussent n'être pas placés à terre, et se passer d'une assiette solide Les esprits originaux ont un sentiment naturel de leurs forces qui les rend entreprenans même sans qu'ils s'en aperçoivent. Il osa inventer les galiotes à bombes. Aussitôt éclata le soulèvement général dû à toutes les nouveautés, principalement à celles qui ont un auteur connu , que le succès élèverait trop au-dessus de ses pareils. Cependant, après que dans les conseils il eut été traité en face de visionnaire et d'insensé , les galiotes passèrent, et dès-là la meilleure fortification d'Alger fut emportée. On chargea l'inventeur de faire construire ces nouveaux bâtimens, deux à Dunkerque et trois au Havre. Il s'embarqua sur ceux du Havre pour aller prendre ceux de Dunkerque ; et comme on doutait encore qu'ils pussent naviguer avec sûreté, celui qu'il montait, les deux autres étant déjà arrivés à Dunkerque, fut battu presqu'à l'entrée de la rade d'un coup de vent des plus furieux, et le plus propre que l'on pût souhaiter pour une épreuve incontestable. L'ouragan renversa un bastion de Dunkerque, rompit les digues de Hollande , submergea quatre-vingt-dix
vaisseaux sur toute la côte ; et la galiote de Renau , cent fois abimée, échappa contre toute apparence sur les bancs de Flessingue , d'où elle alla à Dunkerque.
Il se rendit à Alger avec ses cinq bâtimens de nouvelle fabrique, déjà bien sûr de leur bonté; il ne s'agissait plus que de leurs opérations, et c'était le dernier retranchement des incrédules ou des jaloux. Ils eurent sujet d'être bien content d'une première épreuve. Un accident fut cause qu'une carcasse que Renau voulut tirer, mit le feu à la galiote toute chargée de bombes ; et l'équipage, qui voyait déjà brûler les cordages et les voiles , se jeta à la mer. Les autres galiotes et les chaloupes armées voyant ce bâtiment abandonné , crurent qu'il allait sauter dans le moment, et ne perdirent point de temps pour s'en éloigner. Cependant de Remondis, major, voulut voir s'il n'y avait plus personne, et si tout était absolument hors d'espérance. Il força , l'épée à la main, l'équipage de sa chaloupe à nager; il vint à la galiote, sauta dedans, et vit sur le pont Renau travaillant , lui troisième , à couvrir de cuir vert plus de quatre -vingt bombes chargées : rencontre singulière de deux hommes d'une rare valeur, également étonnés, l'un, qu'on lui porte du secours , l'autre, qu'on se soit tenu en état de le recevoir, et peut-être même de s'en passer. De Remondis alla dans le moment aux chaloupes , et les fit revenir. On jeta dans la galiote deux cents hommes; et quoiqu'en même temps trois cents pièces d'artillerie de la ville, sous le feu desquelles elle était, tirassent dessus et fort juste , on vint à bout de la sauver.
Le lendemain Renau , plus animé par ce mauvais succès, obtint de du Quesne, qui commandait ,, que l'on
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fit une seconde épreuve. On remit les galiotes près die terre : on bombarda toute la nuit : un grand nombre de personnes furent écrasées dans les maisons; la confusion fut horrible aux portes de la ville, d'où tout le monde voulait sortir à la fois pour se dérober à un genre de mort imprévu, et les Algériens envoyèrent demander la paix. Mais les vents et la mauvaise saison vint à leur secours , et l'armée navale ramena en France les galiotes à bombes victorieuses , non pas tant des Algériens que de leurs ennemis français. Le roi en fit faire un plus grand nombre, et forma pour elles un nouveau corps d'officiers d'artillerie et de bombardiers, dont les rangs avec le reste de la marine furent réglés.
Uneseconde expédition d'Alger termina cette guerre, et les galiotes à bombes qui foudroyèrent Alger, en eurent le principal honneur. Rcniiu avait encore inventé de nouveaux mortiers qui chassaient les bombes plus loin, et jusqu'à dix-sept cents toises. Mais nous supprimons désormais des détails qui seraient trop longs : il y a du superflu dans sa gloire.
Il se crut dégagé de la marine après la mort de l'amiral à qui il était attaché : il demanda au roi, et obtint la permission d'aller joindre de Vauban en Flandres. Le roi le destina à servir en i684 au siège de Luxembourg , mais l'expédition de Gènes ayant été résolue, de Seignelay , qui la devait commander, jugea que Renau lui était nécessaire , et le redemanda au roi. Après le bombardement de Gênes , il fut envoyé au maréchal de Bellefonds , qui commandait en Catalogne , et qui lui donna la conduite du siège de Cadaquiers , que Renau lui livra au bout de quatre jours.
De là il retourna trouver de Vauban , qui fortifiait
les frontières de Flandres et d'Allemagne. La vue continuelle des ouvrages de ce sublime ingénieur, et de la manière dont il les conduisait , aurait seule suffisamment instruit un disciple aussi intelligent que Renau : mais , de plus, le maître, passionnément amoureux du bien public , ne demandait qu'a faire des élèves qui l'égalassent; et ce qui forma encore entre eux une liaison plus étroite , ce fut la conformité de mœurs et de vertu, plus puissante que celle du génie.
En 1688, ils furent envoyés l'un et l'autre à Philisbourg, dont M. de Yauban devait faire le siège sous les ordres de Monseigneur; et parce que le roi écrivit k Monseigneur de ne permettre pas que de Yauban s'exposdt, ni qu'il mit seulement les pieds à la tranchée, Pvenau , qui avait sa part aux projets, eut de plus tout le soin de l'exécution , et tout le péril.
11 conduisit ensuite les sièges de Maheim et de Frankendal.
On n'imaginerait pas qu'au milieu d'une vie si agitée et si guerrière , il faisait un livre. Il y travaillait cependant, puisqu'en 1689 parut sa Thécrie de la manœuvre des vaisseaux.
L'art de la navigation consiste en deux parties : le pilotage , qui regarde principalement l'usage de la boussole; et la manœuvre, qui regarde la disposition des voiles, du gouvernail et du vaisseau , par rapport à la route qu'on veut faire , et aux avantages qu'on peut tirer du vent. Le pilotage, qui ne demande que la simple géométrie élémentaire , avait été assez traité , et assez bien ; mais aucun géomètre n'avait touché a la manœuvre ; il y fallait une fine application de la géométrie à une mécanique épineuse et compliquée. Renau , moins
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effrayé que flatté de la difficulté de l'ouvrage , l'entreprit , et il fut donné au public de l'exprès ccmmandement du rci, parce qu'on le jugea original et nécessaire. Il contient deux déterminations difficiles et importantes : l'une , de la situation la plus avantageuse de la voile, par rapport au vent et à la route; l'autre , de l'angle le plus avantageux du gouvernail avec la quille. Le calcul différentiel a une méthode générale pour ces sortes de questions, que l'on appelle de maximis et minimis ; mais Renau ignorait alors ce calcul , qui était encore naissant ; et l'on voit avec plaisir qu'il a l'art de s'en passer, ou plutôt qu'il sait le trouver à son besoin sous une forme un peu différente.
Cependant Huyghens condamna une des propositions fondamentales du livre, qui est, que si un vaisseau est poussé par deux forces dont les directions fassent un angle droit, et qui aient chacune une vitesse déterminée, il décrit la diagonale du parallélogramme dont les deux côtés sont comme ces vitesses. Le défaut de celte proposition, qui parait d'abord fort naturelle, et conforme à tout ce qui a été écrit en mécanique, était, selon Huyghens, quelescôtés du parallélogramme sontcomme les forces , et que les forces supposées ne sont pas comme les vitesses , mais comme les carrés des vitesses ; car ces forces doivent être égales aux résistances de l'eau qui sont comme ces carrés , de sorte qu'il en résulte un autre pai'allélogramme , et une autre diagonale. Et afin que l'idée de Renau subsistât , il fallait que quand un corps poussé par deux forces décrit la diagonale d'un parallélogramme, les deux forces fussent, non comme les côtés , mais comme leurs carrés ; ce qui était inoui en mécanique.
Une preuve que cette matière était assez délicate, et qu'il était permis de s'v tromper, c'est que malgré l'autorité de Huyghens , qui devait être d'un poids infini, et , qui plus est , malgré ses raisons , Renan eut ses partisans, et entre autres le P. Malebranche. Peut-être l'amitié en gagnait -elle quelques uns qui ne s'en apercevaient pas ; peut-être la chaleur et l'assurance qu'il mettait dans cette affaire en entraînaient-elles d'autres : mais enfin ils étaient tous mathématiciens. Le marquis de l'Hôpital en écrivit à Jean Bernoulli , alors professeur à Groningue, et lui exposa la question, de manière que celui-ci , qui n'avait pas vu le livre deRenau, se déclara pour lui : autorité d'un poids égal à celle de Huyghens , et qui rassurait bien l'auteur de la théorie, sans compter que l'exposition favorable de M. de l'Hôpital marquait tout au moins une inclination secrète pour ce sentiment. Enfin , de quelque côté que la vérité pût être, puisque le géomètre naissant avait partagé des géomètres si consommés , son honneur était à couvert. Ce sera un sujet de scandale , ou plutôt de joie pour les profanes , que des géomètres se partagent ; mais ce n'est pas sur la pure géométrie; c'est sur une géométrie mixte , où il entre des idées de physique, et avec elles quelquefois une portion de l'incertitude qui leur est naturelle. De plus , après quelques discussions, toute question de géométrie se décide et finit ; au lieu que les plus anciennes questions de physique , comme celle du plein et du vide, durent encore , et ont le malheureux privilège d'être éternelles.
En ifiSg , la France étant entrée dans une guerre où elle allait être attaquée par toute l'Europe , Renau entreprit de faire voir au roi , contre l'opinion générale ,
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et surtout contre celle de Louvois, très redoutable adversaire , que la France était en état de tenir tête sur mer à l'Angleterre et a la Hollande unies. Son courage pouvait d'abord rendre suspecte l'audace de ses idées ; mais il les prouva si bien , que le roi en fut convaincu , et fit changer tous les vaisseaux de cinquante ou soixante canons qui étaient sur les chantiers , pour n'en faire que de grands , tels que Renau les demandait. Il inventa en même temps ou exposa de nouvelles évolutions navales, des signaux, des ordres de bataille; et il en fit voir au roi des représentations très exactes en petit vaisseaux de cuivre , qui imitaient jusqu'aux différens mouvemens des voiles.
Tant de vues nouvelles et importantes qu'il avait données , celles que son génie promettait encore , ses services continuels, relevés par des actions brillantes, déterminèrent le roi à lui donner une commission de capitaine de vaisseau, un ordre pour avoir entrée et voix délibérative dans les conseils des-généraux , ce qui était singulier; et pour comble d'honneur, une inspection générale sur la marine, et l'autorité d'enseigner aux officiers toutes les nouvelles pratiques dont il était inventeur, le tout accompagné de 12,000 livres de pension. La nialadie de M. de Seignelay retarda l'expédition des brevets nécessaires; et Renau , peu impatient de jouir de ses récompenses, ne chercha point à prendre adroitement quelque moment pour en parler à ce ministre , qui était en grand péril , et dont la mort pouvait tout renverser. Il mourut en effet, et M. de Pontchartrain , alors contrôleur-général, et depuis chancelier de France, eut la marine. Renau, inconnu au nouveau ministre, ne se fit point présenter à lui; ilaban-
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donna sans regret ce qu'il tenait déjà presque dans sa main , et ce qu'il avait si bien mérité , et ne songea qu'à retourner servir avec de Vauban , vers qui un charme particulier le rappelait.
Quand les officiers-généraux de mer elîrent donné au roi leurs projets pour la campagne de 1691 , il demanda à de Pontchartrain où était celui deRenau. Le ministre répondit qu'il n'en avait point reçu de lui , et qu'il ne l'avait même pas vu. Le roi lui ordonna de le faire chercher, et Renau s excusa à de Pontchartrain sur ce qu'il n'était pas du corps de la marine ; qu'à la vérité de Seignelay avait eu ordre de lui expédier une commission de capitaine de vaisseau , avec d'autres brevets fort avantageux ; mais que n'en ayant eu de lui qu'une promesse verbale, il n'avait pas cru que ce fût un titre suffisant auprès d'un nouveau ministre , qui n'était pas obligé de l'en croire sur sa parole. Comme il se trouva par l'éclaircissement qu'il disait vrai , il reçut de M. de Pontchartrain tout ce que lui avait promis Seignelay, et le roi lui fit l'honneur de lui dire que , quoiqu'il eût voulu s'échapper de la marine , son intention était qu'il continuât d'y servir; ce qui n'empêcherait pas qu'il ne servît aussi sur terre. Sa Majesté eut alors la bonté de lui confier le secret du siège de Mons qu'elle allait faire en personne , et où elle l'employa avec de Vauban. De là elle l'envoya faire la campagne sur l'armée navale , espèce d'amphibie guerrier , qui partageait sa vie et ses fonctions entre l'un et l'autre élément.
11 vint à Brest, où il voulut user de ses droits , et enseigner aux officiers ses nouvelles pratiques. lisse crurent déshonorés , s'ils se laissaient envoyer à l'école, et résolurent unaniuiemeut d'écrire à la cour pour faire
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leurs remontrances. Deux d'entre eux, et d'ailleurs fort amis de Renau , le chevalier des Adrets , et le comte de Saint-Pierre , aujourd'hui premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans, quoiqu'ils ne fussent pas au fond plus coupables que tous les autres, en furent distingués par de très légères circonstances qui leur étaient particulières , et elles leur attirèrent une punition qui ne pouvait pas tomber sur tous. Ils furent un an prisonniers au château de Brest, et ensuite cassés. Ptenau se jeta aux pieds du roi pour obtenir leur grâce, qui lui fut refusée. 11 eût pu agir par politique; et quoique celle espèce de politique soit assez rare, et qu'elle ait quelque air de vertu , son caractère prouve assez qu'il agissait par un principe infiniment plus noble. Il leur rendit dans la suite tous les services dont il put trouver l'occasion , et eux , de leur côté , ils eurent la générosité de les recevoir. L'ancienne amiiié ne fut point altérée. 11 est vrai qu'il ne fallait que de l'équité de part et d'autre ; mais la pratique de l'équité est si opposée à la nature humaine , qu'elle fait les plus grands héros en morale. ♦
Au siège de Namur, que le roi fit en personne , il servit encore sous de Vauban. Le roi lui parlait plus sur le siège qu'à de Vauban même , qui était trop occupé ; et cet avantage qui fait la souveraine félicité des courtisans, flatte toujours beaucoup les gens les plus raisonnables. De Namur, il courut sauver Saint-Malo, et trente vaisseaux qui s'y étaient retirés après le combat de la Hogue , si glorieux et si malheureux tout ensemble pour la nation. Les ordres qu'il mit partout avec une prudence et une promptitude égale, rompirent l'entreprise des ennemis, très bien concertée et prête à éclater.
En 1698 , le projet de la campagne navale, dressé par les officiers généraux , et, après bien des délibérations, approuvé par le roi même, fut communiqué par son ordre à Renau , qui eut la hardiesse de lui refuser nettement son suffrage, et d'en présenter un autre à la place. Il est vrai qu'il se fit soutenir par de Vauban, qui entra pleinement dans sa pensée ; mais en l'état où étaient les choses, le secours de Yauban lui-même était faible. Comment revenir contre ce qui a été décidé si mûrement? ÎS'y aura-t-il donc jamais rien d'arrêté? Un homme ou deux sont-ils seuls infaillibles? Cependant il fallut céder aux raisons de Renau , et à la vigueur dont ils les employait ; sans quoi peut-être elles n'eussent pas opéré de miracle. Ce changement prévint tous les mauvais événeraens qu'on aurait eus à craindre , et valut à de Tourville la défaite du convoi de Smyrne, et la prise d'une partie des vaisseaux. Le roi fut payé du courage qu'il avait eu de se rétracter , et marqua à l'auteur de sa rétractation combien il en était satisfait.
Renau avait fait construire à Brest un vaisseau de cinquante-quatre canons , parfaitement selon ses vues , et il voulait l'éprouver contre les meilleurs voiliers anglais. La fortune le servit à souhait. 11 fut averti que deux vaisseaux anglais revenaient des Indes orientales, richement chargés. Il en aperçut un à qui il donna la chasse, et qu'il joignit en trois heures de temps, parce que son vaisseau se trouva en effet excellent de voile. L'anglais , qui était de soixante-seize pièces de canon, et avait toute sa batterie basse de vingt-quatre livres de balle, au lieu que Renau n'avait que quelques canons de dix-huit , mit en usage toute la science de la mer, et toute la valeur possible , animé
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par les trésors qu'il avait à conserver : cependant, au bout de trois heures de combat, Kenau le prit a la vue de trois gardes-côtes qui n'étaient qu'à trois lieues sous lèvent. Il eut plus de cent hommes tués sur le pont, au nombre desquels fut le frère de Cassini , et cent cinquante hommes hors de combat. Le vaisseau ennemi , criblé de coups , ne put être sauvé , et coula bas le lendemain. Le capitaine mit neuf paquets de diamans cachetés entre les mains de Renau , qui lui dit qu'il ne les prenait que pour les lui garder; mais le capitaine ayant ajouté qu'un bombardier, qu'il désigna par un coup de sabre reçu au visage dans le combat, lui avait arraché un autre paquet qui valait plus de 4o,ooo pistoles , Renau lui demanda si ceux qu'il lui avait remis valaient autant; et sur ce qu'il apprit qu'il n'y en avait pas un qui ne valût davantage , il retira sa valeur de les lui rendre, et en fit faire un procès-verbal en présence de ses ofGciers. Le paquet volé par le bombardier se retrouva, mais décacheté. 11 en laissa à ses officiers un autre qui était tombé entre leurs mains.
Par l'usage établi alors dans la marine, les diamans appartenaient a Renau ; mais la grandeur de la somme qui le devait faire insister sur son droit, le lui fit abandonner. II les porta au roi , qui , en jugeant la question contre lui-même, les accepta, et lui donna 9000 livres de rente sur la ville , non comme un équivalent d'un présent de plus de quatre millions , mais comme une légère gratification que la difficulté des temps excusait. Il demanda pour véritable récompense, et obtint l'avancement de ses officiers, et de plus , la confirmation du don qu'il leur avait fait du paquet de diamans.
Il s'était trouvé sur le vaisseau anglais une dame.
nièce de l'archevêque de Cantorbery , avec une femmede-chambre et une petite Indienne. Comme elle avait tout perdu par le pillage du vaisseau, Renau se crut obligé de pourvoir à tous ses besoins, et mèine à ceux de sa condition, tant't|u'elle fut prisonnière en France. Il en usa de même à l'égard du capitaine , et il lui en coûta plus de 20,000 livres pour les civoir pris.
Nous passons sous silence un grand dessein qu'il avait formé sur l'Amérique , où il alla , et d'où la peste le fit revenir en 1697 ; et un second voyage qu'il y fit après la paix de Riswick , pour y mettre nos colonies en sûreté. Tout changea de face , bientôt après par la mort de Charles II, roi d'Espagne. Le nouveau roi , PhilippeV, nefutpas plutôt à Madrid, qu'il demanda Renau au roi , son grand-père, qui le lui envoya en diligence. Il ne devait être en Espagne que quatre ou cinq mois.
Son principal objet était de mettre en état de sûreté les plus importantes places, comme Cadix. Depuis long-temps cette puissance n'avait eu rien à craindre dans l'Espagne même , hormis du côté de la Catalogne ; et cette longue sécurité , le mauvais ordre des finances, et la négligence invétérée du gouvernement , avaient presque anéanti les fortifications les plus indispensables. On disait bien que l'on était résolu de remédier a tout: on montrait de grands projets bien disposés sur le papier ; mais au moment de l'exécution , les fonds et les magasins promis manquaient absolument. Renau , après y avoir été trompé une lois ou deux , apprit nettement au roi, mais inutilement, selon la coutume, d'où venait un si prodigieux mécompte. Sa sincérité n'épargna rien, quoique son silence seul eût pu lui faire une fortune.
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Eu 170a , les galions d'Espagne revenus d'Amérique, étant dans le port de Vigo en Galice, escortés par une flotte française , Renau cria que les deux flottes étaient perdues, si elles ne sortaient ince'ssamment. Le conseil d'Espagne opposait quelques raisons à cet avis, du moins des raisons qui allaient à différer, et il était rassuré par les généraux des deux flottes , qui ignoraient leur péril. De plus, ils se mirent bientôt eux-mêmes hors d'étal de sortir. Renau obtint tout au moins , mais avec des peines qu'on ne se donne point pour les affaires publiques dont on n'est pas chargé, que l'on transporteiait à terre trente millions d'écus que les galions apportaient. Il y vola, et mit une vivacité d'exécution que l'on n'avait point vue en Espagne de temps immémorial. Il fit marcher trois ou quatre cents chariots de toute la Galice, et dix-huit millions étaient déjà déchargés quand les ennemis parurent devant Vigo. Heureusement ils donnèrent encore un demi-jour à Renau, qui s'en servit à leur enlever les douze millions restans. Quand ils furent maîtres de Vigo, et débarqués, ils voulurent marcher à l'argent qui fuyait dans les terres; mais Reuau les contint avec trois cents chevaux seuls qu'il avait; car toutes les milices avaient fui au premier coup de canon. Il couvrit les chariots, dont le dernier n'était pas à deux lieues, et sauva près de cent millions à l'Espagne, moins glorieux de les avoir sauvés , qu'affligé d'avoir pu sauver la flotte , et d'en avoir été empêché.
Le siège de Gibraltar, qu'il fit en 1704, mériterait •une histoir§ particulière. Tous les événemens heureux qui avaient justifié ses entreprises, ne suffisaient qu'à peine pour le mettre en droit d'en proposer une si har-
die. Il promettait, par exemple, qu'une tranchée passerait en sûreté au pied d'une montagne d'où l'on était vu de la tête jusqu'aux pieds, et d'où huit pièces de canon et une grosse mousqueterie plongeait de tous côtés; il promettait que sept canons en feraient taire quarante: il fut cru, et remplit toutes ses promesses. La ville allait se rendre ; mais l'arrivée d'une puissante flotte anglaise fit lever le siège. Quant à ce qui regardait Renau , Gibraltar, qu'on avait cru imprenable, était pris.
Le siège de Barcelonne , où il ne se trouva pas , lui fit encore un honneur plus singulier. Il était destiné k y suivre le roi d'Espagne ; et en effet il l'accompagna assez loin ; mais des cabales de cour l'arrachèrent de là. On prenait pour prétexte qu'il était nécessaire à Cadix ; car on ne lui pouvait nuire que sous des prétextes honorables. Il était fort naturel qu'en quittant la partie, il souhaitât qu'on s'aperçut de son absence devant Barcelonne ; mais au contraire , il fit tout ce qu'il put pour n'y être par regretté : il laissa au roi , en présence de ses principaux ministres, les vues particulières qu'il avait pour la conduite de ce siège , et qu'il croyait indispensables. Cependant c'était là peut-être une vengeance qu'il prenait de ses ennemis ; il tâchait d'assurer le bien des affaires qu'ils traversaient.
Il arriva à Cadix , où , selon les magnifiques promesses de ceux qui l'y faisaient envoyer, il devait trou ver deux cents mille écus de fonds pour les fortifications. Il n'y trouva pas un sol; et il eut recours à un expédient qu'il avait déjà pratiqué en d'autres occasions pareilles : il s'obligea en son nom à des négocians pour les affaires publiques , et les soutint tant qu il eut
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du bien et du crédit. On peut croire que les ministres mêmes qui le desservaient, le connaissaient assez bien pour compter sur cette générosité , comme sut un secours qui ne leur coûterait rien. Quand il eut achevé de s'épuiser, il fut réduit, après cinq ans de séjour et de travaux continuels en Espagne, à demander son congé, faute d'y pouvoir subsister plus long-temps. Il vendit tout ce qu'il avait pour faire son voyage , et arriva en France à Saint-Jean-Pied-de-Port avec une seule pistole de reste : retour dont la misère doit donner de la jalousie à toutes les âmes bien faites.
11 avait trouvé en Espagne un gentilhomme du nom d'Elisagaray, qui lui apprit qu'il était son parent, et lui communiqua des titres de familles, dont il n'avait jamais eu nulle connaissance. La maison d'Elisagaray était ancienne dans la Navarre ; et il y a apparence que quand Jean d'Albret , roi de Navarre , se retira eu Béarn, après la perte de son royaume, quelqu'un de cette maison l'y suivit; et de là était descendu Renau. Toutes ses actions lui avaient rendu cette généalogie assez inutile.
Il rapportait aussi 4'Espagiie le titre de lieutenantgénéral des armées du roi catholique, qu'il aurait eu plus tôt , si on n'eût pas imposé à Sa Majesté. Malgré les états de la guerre , qui faisaient foi du temps où il avait été maréchal-de-camp en Espagne, on l'avait fait passer pour moins ancien qu'il n'était , tant on est hardi dans les cours; il est vrai que ces hardiesses y sont d'ordinaire impunies et heureuses. Le feu roi lui avait promis que ses services d'Espagne lui seraient comptés comme rendus en France.
Il se trouva donc ici accablé de dettes, dans un temps
qui ne lui permettait presque pas de rien demander de plusieurs années de ses appointemens qui lui étaient dus , sans aucun avancement ni aucune grâce de la cour, seulement avec une belle et inutile réputation. II ramassa comme il put les débris de sa fortune , et enfin la paix vint.
Dès qu'il eut quelque tranquillité, il reprit la question si long-temps interrompue , de la route du vaisseau. Huvghens était mort; mais un autre grand adversaire lui avait succédé, Bernoulli , qui, mieux instruit par la lecture du livre de la manœuvre , avait changé de sentiment , et en était d'autant plus redoutable. De plus , il soutenait la cause commune de tous les mécaniciens , dont tous les ouvrages périssaient par le fondement , si Renau avait raison. Il faisait même sur la théorie de la manœuvre une seconde difficulté, qae Huygkens n'avait pas aperçue ; mais on ne traita j[ue de la première. Renau , accoutumé à des succès qu'il devait à l'opiniâtreté de son courage, ne le sentit point ébranlé dans cette occasion , aussi terrible en son espèce qiie toutes celles où il s'était jamais exposé; il avait peut-être encore sa petite troupe, mais mal assurée et qui ne levait pas trop la tête. La contestation où il s'engagea par lettres en 1718 avec Bernoulli, fut digne de tous deux , et par la force des raisons , et par la politesse dont ils les assaisonnèrent. Ceux qui jugeront contre Renau , ne laisseront pas d'être surpris des ressources qu'il trouva dans son génie : il parait que Bernoulli lui-même se savait bon gré de se bien démêler des difficultés où il le jetait. Enfin , celui-ci voulut terminer tout par son traité de la manœuvre des vaisseaux, qu'il publia en 1714 , et dont nous avons rendu
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compte daus l'histoire de cette année. La théorie de Bernoulli était beaucoup plus compliquée que celle de Renau , mais beaucoup moins que le vrai , qui , pris dans toute son étendue, échapperait aux plus grands géomètres. Ils sont réduits à l'altérer, et à le falsifier pour le mettre à leur portée. Après l'impression de cet ouvrage, Renau ne se tint point encore pour vaincu, et s'i> avait cru l'être, il n'aurait pas manqué la gloire de l'avouer.
Pendant le séjour d'Espagne , il avait perdu le fil du service de France , et une certaine habitude de traiter avec les ministres et avec le roi même, infiniment précieuse aux courtisans. On devient aisément inconnu à la cour. Cependant il se flattait toujours de la bonté du roi , et l'état de sa fortune le forçait à faire auprès de Sa Majesté une démarche très pénible pour lui ; il fallait qu'il lui demandât une audience pour lui représenter ses services passés , et la situation où il se trouvait. Heureusement il en fut dispensé par un événement singulier. Malte se crut menacée par les Turcs , et lé grand-maitre fit demander au roi, par son ambassadeur, Pienau, pour être le défenseur de son île. Le roi l'accorda au grand-maître; et Renau , en prenant congé de Sa Majesté, eut le plaisir de ne lui point parler de ses affaires, et de s'assurer seulement d'une audience à son retour.
L'alarme de Malte était fausse, et le roi mourut. Renau, qui avait l'honneur d'être connu de tout temps, etfort estimé du duc d'Orléans, régent, et qui même avait servi sous lui en Espagne, n'eut plus besoin de solliciter des audiences. Il fut fait conseiller du conseil de marine , et grand'croix de l'ordre de Saint-Louis.
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S. A. Pi. ayant formé le dessein de faire dans le royaume quelques essais d'une taille proportionnelle , ou dime qu'avait proposée feu de Vauban , et qui devait remédier aux anciens et intolérables abus de la taille arbitraire , Renau accepta avec joie la commission d'aller avec le comte de Châteauthiers travailler à un de ces essais dans l'élection de Niort. Rien ne touchait tant son cœur que le bien public, et il était citoyen, comme si la mode ou les récompenses eussent invité à l'être. De plus, il ne croyait pas pouvoir l'être mieux qu'en suivant les pas de Vauban, et en exécutant un projet qui avait pour garant le nom de ce grand homme. Tout le zèle de Renau pour la patrie fut donc employé à l'ouvrage dont il était chargé; et ceux qui à cette occasion se sont le plus élevés contre lui, n'ont pu l'accuser que d'erreur, accusation toujours douteuse par elle-même , et du moins fort légère par rapport à la nature humaine. C'est un homme rare , que celui qui ne peut faire pis que de se tromper.
Il était sujet depuis un temps à une rétention d'urine, pour laquelle il alla aux eaux de Pougues au mois de septembre 17 19. Dès qu'il en eut pris , ce qu'il fit avec peu de préparation , la fièvre survint, la rétention augmenta , et il s'y joignit un gonflement de ventre pareil à celui d'une hydropisie tympanite. Il fit presque par honnêteté pour ses médecins, et par manière d'acquit, les remèdes usités en pareil cas ; mais il fit avec une extrême confiance un remède qu'il avait appris du P. Malebranche , et dont il prétendait n'avoir que des expériences heureuses, soit sur lui, soit sur d'autres : c'était de prendre une grande quantité d'eau de rivière assex chaude. Les médecins de Fougues étaient surpris de
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cette nouvelle médecine, et il était lui-même surpris qu'elle leur fut inconnue. Il leur en expliquait l'excellence par des raisonnemens physiques , qu'ils n'avaient pas coutume d'entendre faire à leurs malades ; et par respect, soit pour les autorités qu'il citait, soit pour la sienne , ils ne pouvaient s empêcher de lui passer quelques pintes d'eau : mais il allait beaucoup au-delà des permissions, et contrevenait même aux défenses les plus expresses. Enfin, ils prétendent absolument qu'il se noya. Il mourut le trente septembre 17 19, sans douleur, et sans avoir perdu l'usage de la raison.
La mort de cet homme, qui avait passé une assez longue vie à la guerre , dans les cof^rs, dans le tumulte du monde, fut celle d'un religieux de la Trappe. Persuadé de la religion par sa philosophie, et incapable par son caractère d'être faiblement persuadé , il regardait son corps comme un voile qui lui cachait la vérité éternelle , et il avait une impatience de philosophe et de chrétien, que ce voile importun lui fiât ôté. Quelle différence, disait-il, d'un mcmenl au mcment suivant! Je vais passer tcut à coup des plus profendes ténèbres à une lumière parfaite .
11 avait été choisi pour être honoraire de cette académie, dès qu'il y en avait eu, c'est-à-dire en 1699. La nature presque seule l'avait fait géomètre. Les livres du P. Malebranche , dont il était plein , lui inspirèrent assez le mépris de l'érudition, et d'ailleurs il n'avait pas eu le loisir d'en acquérir. Il sauvait son ignorance par un aveu libre et ingénu, qui, pour dire le vrai, ne devait pas coûter beaucoup à un homme plein de lalens. Il ne démordait guère ni de ses entreprises , ni de ses opinions , ce qui assurait davantage le succès de ses
entreprises, et donnait moins de crédit à ses opinions. Du reste, la valeur, la probité, le désintéressement, l'envie d'être utile, soit au public, soit aux particuliers, tout cela était chez lui au plus haut point. Une piété toujours égale avait régné d'un bout de sa vie à l'autre, et sa jeunesse, aussi peu licencieuse que l'âge plus avancé , n'avait pas été occupée des plaisirs qu'on lui aurait le plus aisément pardonnes.
Philippe deCourcillox naquit le 21 septembre i638, de Louis de Courcillon , marquis de Dangeau , et de Charlotte des Noues , petite-fille du fameux Duplessis- Mornay. Dès le temps de Philippe - Auguste , les seigneurs de Courcillon sont appelés 31ililcs , ou chevaliers. Leurs descendans embrassèrent le calvinisme.
Le marquis de Dangeau fut élevé en homme de sa condition. Il avait une figure fort aimable, et beaucoup d'esprit naturel, qui allait même jusqu'à faire agréablement des vers. 11 se convertit assez jeune à la religion catholique.
En 1607 ou 58, il servit en Flandres, capitaine de cavalerie sous Turenne. Après la paix des Pyrénées, un grand nombre d'officiers français, qui ne pouvaient souffrir l'oisivité, allèrent chercher la guerre dans le Portugal, que l'Espagne voulait remettre sous sa domination. Comme ils jugeaient que malgré la paix les
vœux de la France au moins étaient pour le Portugal , ils préférèrent le service de cette couronne, mais Dangeau, avec la même ardeur militaire , eut des vues tout opposées, et se donna à l'Espagne. Peut-être crut-il qu'il était à propos, pour la justification de la France, qu'elle eût des sujets dans les deux armées ennemies , ou que la reine, mère du roi, et celle qu'il venait d'épouser, étant toutes deux Espagnoles, c'était leur faire sa cour d'vme manière assez adroite, que d'entrer dans le parti qu'elles favorisaient. Il se signala au siège et à la prise de Giromena, sur les Portugais; il s'était trouvé partout, et dom Juan d'Autriche crut ne pouvoir envoyer au roi d'Espagne un courrier mieux in^ struit, pour lui rendre compte de ce succès de ses armes. Le roi d'Espagne voulut s'attacher le marquis de Dangeau , et lui offrit un régiment de 1200 chevaux, avec une grosse pension ; mais il trouva un Français trop passionné pour son roi et pour sa patrie.
A son retour en France , Dangeau sentit l'utilité de son service d'Espagne. Les deux reines, qui étaient bien aises de l'entendre parler de leur pays et de la cour de Madrid, et même en leur langue qu'il avait assez bien apprise, vinrent bientôt à goûter son esprit et ses manières , et le mirent de leur jeu , qui était alors le reversi. Cette grâce , d'autant plus louchante en ce temps-là, que le jeu n'avait pas encore tout confondu, aurait suffi pour flatter vainement un jeune courtisan qu'elle aurait ruiné; mais ce fut pour lui la source d'une fortune considérable.
Il avait souverainement l'esprit du jeu. Quand feu Leibnitzadit que les hommes n'ont jamais marqué plus d'esprit que dans les différens jeux qu'ils ont inventés ,
il en pénétrait toute l'algèbre , cette infinité de rapports de nombres qui y régnent, et toutes ces combinaisons délicates et presque imperceptibles qui y sont enveloppées, et quelquefois compliquées entre elles d'une manière a se dérober aux plus subtiles spéculations ; et il est vrai que si tous ceux qui jouent étaient de bons joueurs , ils seraient ou grands algébristes , ou nés pour l'être. Mais ordinairement ils n'y entendent pas tant de finesse : ils se conduisent par des vues très confuses, et à l'aventure ; et les jeux les plus savans , les échecs même , ne sont, pour la plupart des gens, que de purs jeux de hasard. Dangeau, avec une tête naturellement algébrique , et pleine de l'art des combinaisons , puisé dans ses réflexions seules , eut beaucoup d'avantage au jeu des reines. 11 suivait des théories qui n'étaient connues que de lui , et résolvait des problêmes qu'il était seul à se proposer. Cependant il ne ressemblait pas a ces joueurs sombres et sérieux , dont l'application profonde découvre le dessein , et blessent ceux qui ne pensent pas tant : il parlait avec toute la liberté d'esprit possible; il divertissait les reines, et égayait leur perle. Comme elle allait à des sommes assez fortes, elle déplut à l'économie de Colbert , qui en parla au roi , même avec quelque soupçon. Le roi trouva moyen d'être un jour témoin de ce jeu , et placé derrière le marquis de Dangeau , sans en être aperçu , il se convainquit par lui-même de son exacte fidélité; et il fallut le laisser gagner tant qu'il voudrait. Ensuite le roi l'ôta du jeu des reines; mais ce fut pour le mettre du sien , avec une dame qu'il prenait grand soin d'amuser agréablement. L'algèbre et la fortune îi'abaiidoinièrent pas Dangeau dans cette nouvelle partie. Si l'on veut
joindre à cela d'autres agréincus qu'il pouvait trouver dans une cour pleine de galanterie , et que l'air de faveur où il était alors lui aurait seul attirés, quand sa figure n'aurait pas été d'ailleurs telle qu'elle était, il sera impossible de s'imaginer une vie de courtisan plus brillante et plus délicieuse.
Un jour qu'il s'allait mettre au jeu du roi, il demanda à Sa Majesté un appartement dans Saint-Germain, où était la cour. La grâce était difficile à obtenir, parce qu'il y avait peu de logemens en ce lieu-là. Le roi lui répondit qu'il la lui accorderait , pourvu qu'il la lui demandât en cent vers qu'il ferait pendant le jeu ; mais cent vers bien comptés, pas un de plus ni de moins-. Après le jeu, où il avait paru aussi peu occupé qu'à l'ordinaire , il dit les cent vers au roi. Il les avait faits exactement comptés , et placés dans sa mémoire; et ces trois efforts n'avaient pas été troublés par le cours rapide du jeu, ni par les différentes attentions promptes et vives qu'il demande à cliaque instant.
Sa poésie lui valut encore une autre aventuré, précieuse pour un courtisan qui sait que dans le lieu ou il vit r'ieijL n'est bagatelle. Le roi et feue Madame avaient entrepris de faire des vers en grand secret, à l'envi l'un de l'autre. Ils se montrèrent leurs ouvrages, qui n'étaient que trop bons ; ils se soupçonnèrent réciproquement d'avoir eu du secours ; et par l'éclaircissement où leur bonne foi les amena bientôt , il se trouva que le même marquis de Dangeau, à qui ils s'étaient adressés chacun avec beaucoup de mystère , était l'auteur caché des vers de tous les deux. Il lui avait été ordonné de part et d'autre de ne pas faire trop bien; mais le plaisir d'être doublement employé de cette façon ne lui
pennellait guère de bien obéir ; et qui sait même s'il
ne fit pas de son mieux, exprès pour être découvert?
Quand la bassette vint à la mode, il en conçut bientôt la fin par son algèbre naturelle : mais il conçut aussi que la véritable algèbre était encore plus sûre ; et il fit calculer ce jeu par feu Sauveur , qui commença par là sa réputation à la cour, ainsi qu'il a été dit dans son éloge. L'algébriste naturel ne méprisa point l'algébriste savant, quoiqu'il arrive assez ordinairement que pour quelques dons qu'on a reçus de la nature , on se croit en droit de regarder avec dédain ceux qui en ont reçu de pareils, et qui ont pris la peine de les cultiver par l'étude.
Avant cela, un autre homme devenu fort célèbre, mais alors naissant, avait songé à se faire par Dangeau une entrée à la cour. C'est Despréaux qui lui adressa le second ouvrage qu'il donna au public , sa satire sur la noblesse. Le héros était bien choisi, et par sa naissance, et par sa réputation de se connaître en vers, et par la situation où il était, et par son inclination à favoriser le mérite. Les plus satiriques et les plus misanthropes sont assez maîtres de leur bile , poui; se ménager adroitement des protecteurs.
En i665 , le roi fit Dangeau colonel de son régiment, qui , depuis quatre ou cinq ans qu'il était sur pied , n'en avait point eu d'autre que Sa j\Iajesté elle-même , * dont un simple particulier devenait en quelque sorte le successeur immédiat. On sait que le feu roi a toujours regardé ce régiment comme lui appartenant plus que le reste de ses troupes. Le nouveau colonel y fit une dépense digne de sa reconnaissance, et de la prédilection du roi. H servit à la tète de sa troupe à la
campagne de Lille en 1667. Mais au bout de quelques années il se défit du régiment, pour s'attacher plus particulièrement à la seule personne du roi , qu'il suivit toujours dans ses campagnes en qualité de son aide de camp.
Comme il était fort instruit dans l'histoire, surtout dans la moderne , dans les généalogies des grandes maisons, dans les intérêts des princes , enfin dans toutes les sciences d'un homme de cour, si cependant elles conservent encore long-temps cette qualité, le roi eut la pensée de l'envoyer ambassadeur en Suède : mais il supplia très humblement Sa Majesté de ne le pas tant éloigner d'elle, et de ne lui donner que des négociations de moindre durée , et dans des pays plus voisins, si elle jugeait à propos de lui en donner quelques unes. Les rois aiment que l'on tienne à leur personne, et ils se défient avec raison de leur dignité. Il fut donc employé selon ses désirs : il alla plusieurs fois envoyé extraordinaire vers les électeurs du Rhin ; et ce fut lui qui avec le même caractère conclut , malgré beaucoup de difficultés, le mariage du duc d'Yorck , depuis Jacques II , avec la princesse de Modène. Il fut chargé de la conduire en Angleterre , où il fit encore dans la suite un autre voyage par ordre du roi.
Le reste de sa vie n'est plus que celle d'un courtisan , à cela près , selon le témoignage dont le feu roi l'a honoré publiquement, qu'il ne rendit jamais de mauvais offices à personne auprès de Sa Majesté. Il a eu toutes les grâces et toutes les dignités auxquelles, pour ainsi dire, il avait droit, et ç^u'une ambition raisonnable lui pouvait promettre. ■ Il n'a jamais eu le désagrément qu'elles aient fait une nouvelle surprenante pour le
public. Il a été gouverneur de Touraine , le premier des six meniiis que le feu roi donna à Monseigneur grand-père du roi, chevalier d'honneur des deux dauphines de Bavière et de Savoie, conseille^ d'état d'épée , chevalier des ordres du roi , grand-maître des ordres royaux et militaires de Notre-Dame du Mont- Carmel , et de Saint-Lazare de Jérusalem.
Quand il lut revêtu de cette dernière dignité , il songea aussitôt à relever un ordre extrêmement négligé depuis long-temps , et presque oublié dans le monde. Il apporta plus d'attention au choix des chevaliers ; il renouvela l'ancienne pompe de leur réception et de toutes les cérémonies, ce qui touche le public plus qu'il ne pense lui-même ; il procura par ses soins la fondation de plus de vingt-cinq commanderies nouvelles; enfin, il employait les revenus et les droits de sa grande-maîtrise, à faire élever en commun dans une grande maison destinée à cet usage , douze jeiifles gentilshommes des meilleures noblesses du royaume. On les appelait les élèves de Saint-Lazare ; et ils devaient illustrer l'ordre par leurs noms , et par le mérite dont ils lui étaient en partie redevables. Cet établissement <lura près de dix ans : mais il lui aurait fallu, pour subsister , des temps plus heureux, et des secours de la part du roi , dont les guerres continuelles ôtèrent entièrement l'espérance. Ainsi Dangeau eut le déplaisir de voir sa générosité arrêtée dans sa course , et ses revenus appliqués à ses seuls besoins. Il a laissé l'ordre en état que le duc de Chartres ait daigné être son successeur. «
Son goût déclaré pour les lettres et pour tous ceux qui s'y distinguaient , et un zèle constant à les servir
de iput son pouvoir, firent juger que la place d'honoraire, qui vint à vaquer ici en 1704 par la mort du marquis de l'Hôpital, lui convenait, et que l'académie des sciences pouvait le partager avec l'académie française. Il n'accepta la place qu'en faisant bien sentir la noble pudeur qu'il avait de succéder h un des premiers géomètres de l'Europe , lui qui ne s'était nullement tourné de ce côté-là ; et il n'a jamais paru ici sans y apporter une modestie flatteuse pour l'académie, et cependant accompagnée de dignité.
Il mourut le 9 septembre 1720, âgé de quatre-vingtdeux ans. Il avait soutenu dans un âge assez avancé les plus cruelles opérations de la chirurgie, et deux fois l'une des deux , toujours avec un courage singulier. Ce courage est tout diff^érent de celui qu'on demande à la guerre, et moins suspect d'être forcé. Il est permis d'en manquer dans son lit.
Le marquis de Dangeau avait été en liaison particulière avec les plus grands hommes de son temps , le grand Condé, Turenne , et les autres héros de toute espèce que le siècle du feu roi a produits. Il connaissait le prix, si souvent ignoré ou négligé, d'une réputation nette et entière, et il apportait à se la conserver tout le soin qu'elle mérite. Ce n'est pas là une légère attention, ni qui coûte peu, surtout à la cour, où Ton ne croit guère à la probité et à la vertu, et où les plus faibles apparences suffisent pour fonder les jugemens les plus décisifs pourvu qu'ils soient désavantageux. Ses discours, ses manières , tout se sentait en lui d'une politesse , qui était encore moins celle d'un homme du grand monde , que d'un homme né officieux et bienfaisant.
6o ELOGE
Il avait épousé en premières noces Françoise Morin , sœur de la feue maréchale d'Estrées , dont il n'a eu que feue madame la duchesse de Montfort ; et en secondes noces , la comtesse de Leuvestein , de la maison Palatine , dont il n'a eu que feu M. de Courcillon.