‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 17 sur 256 · EN ONE · texte numérisé non relu

EN ONE

Ah ! ne m'abusez plus par votre ardeur trompeuse.

PARIS

Fiez-vous , belle Enone , au pouvoir de vos yeux.

ÉNONE.

Laissé mourir Enone , elle est trop malheureuse.

Je croyais n'aimer qu'un berger , Faut-il que vous cessiez de l'être !

Lorsque vous sûtes m' engager, Je descendis du rang où le ciel m'a fait naître ,

Je me plus à le négliger.

Qui jamais eût prévu que vous dussiez changer Par le nouvel éclat où vous allez paraître ?

Je croyais n'aimer qu'un berger,

Faut-il que vous cessiez de l'être !

8o POÉSIES

PARIS

Ah ! si pour conserver de si tendres amours, Il faut être berger, je le serai toujours. Oui , mon cœur désavoue une illustre fortune ; Je refuse à jamais sa faveur importune ' , Qui m'accable d'un bien qui ne me peut flatter ;

Je reprends la houlette Qu'avec vous si long-temps ces bois m'ont vu porter. Je reprends la musette

Accoutumée à vous chanter ; Et touché désormais des seuls regards d'Enone ,

Possédé de ses seuls appas ,

Mon cœur ne se souviendra pas Qu'il soit dans l'univers ni couronne, ni trône.

ÉNONE.

Pourriez-vous à ce point signaler votre foi ? Vous laisseriez la cour pour vivre en ces bocages !

PARIS

Nymphe , n'avez-vous pas de votre rang pour moi Quitté les avantages ?

J'ai du plaisir de savoir Qu'un monarque soit mon père , Puisqu'enfin je puis avoir Un sacrifice à vous faire.

TOUS DEUX

Pour demeurer dans vos liens , Est-Q rien que je n'abandonne ?

Quand on connaît les biens que l'amour donne , On ne connaît plus d'autres biens.

' Voilà la même faute que Racine a faite au commencement de la première scène d'Andromaque.

PASTORALES. ^i

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