SUR LA POÉSIE EN GÉNÉRAL
que CCS orneniens pris dans un système absolument faux et ridicule , exposés depuis long-temps à tous les passans sur les grands chemins du Parnasse , ne sont ])as dignes d'être employés, et ne valent pas la peine quMls coûtent encore à employer? Qu'enfin, car il faut être hardi quand on se mêle de prédire, il y a de la puérilité à gêner son langage uniquement pour flatter l'oreille , et à gêner au point que souvent on en dit moins ce qu'on voulait , et quelquefois autre chose .'
Certainement ce ne sera que dans les matières sérieuses, celles du poème épique, par exemple, que l'on pourra trouver cette puérilité mal placée. Elle aura toujours très bonne grâce dans la poésie galante et enjouée, et même les plus vieilles fables y paraîtront avec de nouvelles parures que ce badinage saura bien leur donner ; car il a une infinité de ressources qui n'appartiennent qu'à lui. Quand les hommes se portent pour graves et sérieux, la raison leur tient rigueur, et n'entend pas raillerie; mais quand ils ne se portent que pour enfans , elle joue volontiers elle-même avec eux.
Quelque révolution qui puisse arriver, la musique qui sera immortelle , conserverait la poésie , du moins celle qui lui serait nécessaire ; et en ce cas là , si la poésie est née de la musique , elle devrait sa conservation à ce qui lui a donné naissance : il faudrait cependant que l'on ne s'avisât pas de ne chanter qu'en prose , ce qui serait possible, puisque nous chantons depuis long-temps de simple prose, et peu recherchée, avec un si grand succès. Pour l'autre origine de la poésie, qui sont les lois, il y a toute apparence qu'elles ne la conserveront pas, et qu'on ne reviendra jamais à les mettre en vers.