SUR LA NATURE DE L ÉGLOGUE
JLoRSQUE je fis les églogues que l'on va voir , il me vint quelques idées sur la nature de cette sorte de poésie; et pour approfondir encore plus la matière , je m'engageai à faire une revue de la plus grande partie des auteurs qui y ont acquis quelque réputation. Ces idées , et la critique de ces auteurs composent tout le discours que je donne ici.
Il devrait être à la suite des églogues , et cela représenterait l'ordre dans lequel il a été fait. Les églogues ont précédé les réflexions : j'ai composé, et puis j'ai pensé; et, à la honte de la raison, c'est ce qui arrive le plus communément. Ainsi je ne serai pas surpris si l'on trouve que je n'ai pas suivi mes propres règles, je ne les savais pas bien encore quand j'ai écrit : de plus, il est bien plus aisé de faire des règles, que de les suivre; et il est établi par l'usage que l'un n'oblige point à l'autre.
J'espère que quand on verra la critique que je fais assez librement d'un grand nombre d'auteurs , on ne me soupçonnera pas d'avoir voulu insinuer que mes églogues valent mieux que toutes les autres. J'aurais beaucoup mieux aimé supprimer ce discours, que de faire naître cette pensée dans les esprits avec quelque fondement : mais je déclare (jue pour avoir quelquefois aperçu en quoi les autres se sont mépris , je ne m'en tiens pas moins sujet à me méprendre , même sur les choses où j'aurai aperçu leurs fautes. La censure que l'on exerce sur les ouvrages d'autrui n'engage point à en faire de meilleurs, à moins