‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 65 sur 256 · L'HOROSCOPE · texte numérisé non relu

L'HOROSCOPE

Je n'avais garde , Iris , de ne vous aimer pas. Je ne m'étonne plus de mon amour extrême ;

Le ciel , dès ma naissance même ,

Promit mon cœur à vos appas.

Un astrologue , expert dans les choses futures , Voulut en ce moment prévoir mes aventures ; Des planètes alors les aspects étaient doux ,

Et les conjonctions heureuses ;

Mon berceau fut le rendez-vous

Des influences amoureuses , Vénus et Jupiter y versaient tour à tour

Tant de quintessence d'amour , Que même un œil mortel eût pu la voir descendre. De leur trop de vertu qui pouvait me défendre ? Hélas ! je ne faisais que de venir au jour. Qu'ils prennent bienleur temps pour nous faire lui cœur tendre !

Quand de mon avenir fatal L'astrologue d'abord fit le plan général , Il le trouva des moins considérables :

Je ne devais ni forcer bastions ,

i8^ POÉSIES

iSi décider procès , ni gagner miliions;

Mais aimer des objets aimables , Offrir des vœux , quelquefois bien reçus , Eprouver les amours coquets ou véritables , Donner mon cœur , le reprendre, et rien plus.

Alors l'astrologue s'écrie :

Le joli garçon que voilà!

La charmante petite vie

Que le ciel lui destine là !

IMais quand dans le détail il entra davantage. Il vit qu'encore enfant je savais de ma foi A deux beaux yeux faire un si prompt hommage ,

Que mon premier amour et moi

Nous étions presque de même âge.

D'autres amours après s'emparaient de mon cœur; La force , la durée en était inégale , Et l'on ne distinguait par aucun intervalle

Un amour et son successeur.

Ce n'étaient jusques là que des préliminaires ;

Le ciel avait paru d'abord , Par un essai de passions légères,

Jouer seulement sur mon sort.

Mais quel amour , ô Dieux ! quel amour prend la place

De ceux qui l'avaient précédé !

Fuyez, faibles amours , dont j'étais possédé. Fuyez, et dans mon cœur ne laissez point de trace. Celui qui se rendait maître de mon destin , Du reste de ma vie occupait l'étendue ; L'astrologue avait l.eau porter au loin sa vue ,

Il n'en découvrait point la fin.

Quoi ! disait il , presque en versant des larmes , Ce pauvre enfant que je croyais heureux. Des volages amours va-t-il perdre les charmes î'

OiVERSES.

Quoi ! pour toujours va-t-il être amoureux?

Non, non, il faut que ]e m'applique

A voir encor Taffaire de plus près.

Alors il met sur nouveaux frais

Toutes ses règles en pratique ;

D'un œilpius attentif il observe le cours

Et des fixes et des planètes , Dans tous les coins du ciel promène ses lunettes, Retrace des cniculs qui n'étaient pas trop courts ; Et puis quand il eut fait cent choses déjà faites , Il vit que j'aimais pour foajours.

LE TEMPS Eï L'AMOUR.

Page 1