L'HOROSCOPE
Je n'avais garde , Iris , de ne vous aimer pas. Je ne m'étonne plus de mon amour extrême ;
Le ciel , dès ma naissance même ,
Promit mon cœur à vos appas.
Un astrologue , expert dans les choses futures , Voulut en ce moment prévoir mes aventures ; Des planètes alors les aspects étaient doux ,
Et les conjonctions heureuses ;
Mon berceau fut le rendez-vous
Des influences amoureuses , Vénus et Jupiter y versaient tour à tour
Tant de quintessence d'amour , Que même un œil mortel eût pu la voir descendre. De leur trop de vertu qui pouvait me défendre ? Hélas ! je ne faisais que de venir au jour. Qu'ils prennent bienleur temps pour nous faire lui cœur tendre !
Quand de mon avenir fatal L'astrologue d'abord fit le plan général , Il le trouva des moins considérables :
Je ne devais ni forcer bastions ,
i8^ POÉSIES
iSi décider procès , ni gagner miliions;
Mais aimer des objets aimables , Offrir des vœux , quelquefois bien reçus , Eprouver les amours coquets ou véritables , Donner mon cœur , le reprendre, et rien plus.
Alors l'astrologue s'écrie :
Le joli garçon que voilà!
La charmante petite vie
Que le ciel lui destine là !
IMais quand dans le détail il entra davantage. Il vit qu'encore enfant je savais de ma foi A deux beaux yeux faire un si prompt hommage ,
Que mon premier amour et moi
Nous étions presque de même âge.
D'autres amours après s'emparaient de mon cœur; La force , la durée en était inégale , Et l'on ne distinguait par aucun intervalle
Un amour et son successeur.
Ce n'étaient jusques là que des préliminaires ;
Le ciel avait paru d'abord , Par un essai de passions légères,
Jouer seulement sur mon sort.
Mais quel amour , ô Dieux ! quel amour prend la place
De ceux qui l'avaient précédé !
Fuyez, faibles amours , dont j'étais possédé. Fuyez, et dans mon cœur ne laissez point de trace. Celui qui se rendait maître de mon destin , Du reste de ma vie occupait l'étendue ; L'astrologue avait l.eau porter au loin sa vue ,
Il n'en découvrait point la fin.
Quoi ! disait il , presque en versant des larmes , Ce pauvre enfant que je croyais heureux. Des volages amours va-t-il perdre les charmes î'
OiVERSES.
Quoi ! pour toujours va-t-il être amoureux?
Non, non, il faut que ]e m'applique
A voir encor Taffaire de plus près.
Alors il met sur nouveaux frais
Toutes ses règles en pratique ;
D'un œilpius attentif il observe le cours
Et des fixes et des planètes , Dans tous les coins du ciel promène ses lunettes, Retrace des cniculs qui n'étaient pas trop courts ; Et puis quand il eut fait cent choses déjà faites , Il vit que j'aimais pour foajours.
LE TEMPS Eï L'AMOUR.