SUR UNE BRUNE
Brunette fut la gentille femelle
Qui charma tant les yeux de Salomon ,
Et renversa cette forte cervelle
Où la sagesse avait pris le timon.
Qui dit brunette il dit spirituelle,
Et vive au moins comme un petit démon ;
Et, s'il vous plaît , tous ces jolis visages
Qui de la Grèce affolèrent les sages ,
DIVERSES. i:
Qui , comme oisons les menaient par le bec , Qui croyez-vous que ce fussent? brunettes , Aux beaux yeux noirs , et qui dans leurs goguettes, Disaient, Dieu sait, gentillesses en grec. Autre brunette aujourd'hui me tourmente , Moi , philosophe , ou du moins raisonneur , Et qui pouvais acquérir tout l'honneur Et tout l'ennui d'une âme indifférente.
Or, vous. Messieurs, qui faites vanité Des tristes dons de l'austère sagesse , Quand vous verrez brunettes d'un côté , Allez de l'autre en toute humilité , Brunettes sont Técueil de votre espèce.
Surce qu'on avait traité un sujet tendrement, au lieu de le traiter galamment, selon la première intention.
J'ai vu le temps que j'avais en partage
Un assez galant badinage ; .Te savais, disait-on , dans des vers gracieux
Faire jouer ces enfans qui sont dieux.
Mais de moi maintenant ce talent se retire.
Lorsque je demande à ma lyre Un menuet , un rigodon , Elle me rend des airs qui peindraient le martyre
Du passionné Céladon.
Ce que tu m'accordais. Dieu des vers, quel caprice
Te porte à me le refuser ?
Mais non , j'ai tort de t'accuser ,
Je reconnais mon injustice.
Depuis un temps je m'aperçoi Que quand tes dons sacrés daignent sur moi descendre-
C'est ie vase où je les reçoi Qui fait que même malgré toi Tout le galant se tourne en tendre.
Sur ce qu'on avait mis dans une eglogue ces quatre vers .
Sans permettre à son cœur de trop nobles désirs , Elle peut des dieux même attendre les soupirs ; Et si pour elle en vain les dieux versaient des larmes , Ils sauveraient encor leur gloire par ses charmes.
Et qu'il fallut les ùtcr parce qu'ils étaient trop pompeux.
Le poète a manqué , je n'en disconviens pas ;
Mais il était plus amant que poète.
Quand de ce qu'on adore on chante les appas ,
Le chalumeau devient trompette.
Sur une visite qu'un malade attendait inutileincntdcpuis quelque temps.
Vous ne venez donc point , vous pour qui je respire , Vous qui seule à mes maux pourriez me dérober , Vous qui d'un simple mot , qui d'un léger sourire , Dissiperiez Thorreur où je me sens tomber ? Privé de la santé , mon seul mal est l'absence , C'est vous que je regrette, et qui me tourmentez. Venez de vos attraits éprouver la puissance , Et si je souffre encor, punissez-m'en, partez.
MADRIGAL
Aux immortels quand je fais quelque offrande , Ils m'en seront eux-mêmes les témoins.
Ce n'est jamais l'or que je leur demande, Les dignités, les honneurs encor moins.
Mais je leur dis : Votre pouvoir suprême , Dieux immortels, dispose aussi des cœurs; Conservez-moi le cœur de ce que j'aime, Et je renonce à vos autres faveurs.