ÉPITRE
A peine la naissante aurore
Embellit le ciel et le dore ,
A peine renaît la clarté ,
Que voici votre petit More
Qui vient criant : « Je suis botté ;
» Je m'en vais trouver la beauté ,
» Qu'apparemment ton cœur adore :
» Car , à dire la vérité ,
» Je t'en crois toujours enchanté ,
» Ou je ne suis qu'une pécore.
» Et qui pourrait être tenté
» De lui faire infidélité ,
» Aurait bien besoin d'ellébore.
" Vite, vite, qu'on fasse éclore
» Des vers où son nom soit chanté :
» Fi de la prose , je l'abhorre.
» Par moi paquet sera porté ,
» En style des dieux usité.
» Tout autre emploi me déshonore
» Et sied mal à ma dignité. »
Alors je n'ai pas consulté Le dieu que le Parnasse implore ; Mais Tine autre divinité , De qui je veux que Ton ignore l'.t le nom , et la qualité.
\ oici ce qu'elle m'a dicté , D'un ton de voix , non pas sonore , Mais si bas , si précipité , Que j'ai perdu tout , excepté Ces trois mots que je sais encore :
" Si vous voulez par votre absence » Exciter plus d'impatience , " Enflammer encore plus l'amour , » Revenez, il suffit d'un jour, »