APOLLON A IRIS
Vos vers , aimable Iris , ont fait du bruit ici , On vous nomme au Painasse une petite Muse. Puisque votre début a si bien réussi , Vous irez loin , ou je m'abuse.
Nos poètes palans l'ont beaucoup admiré ; Les femmes beaux esprits , telles que fut la Suze ,
Pour dire tout l'ont un peu censuré.
Je suis ravi que vous soyez des nôtres. Etre le dieu des vers serait un sort bien doux , Si parmi les auteurs il n'en était point d'autres ,
Que des auteurs faits comme vous.
J'ai sur les beaux esprits une puissance entière , Ils reconnaissent tous ma jurisdiction.
A vous dire le vrai , c'est une nation Dont je suis dégoûté d'une étrange manière. Et même quelquefois dans mes brusques transports , Peu s'en faut qu'à jamais je ne les abandonne ;
> Cette cpitre et la suivante font partie d'une pièce imprimée dans le Mercure de décembre 1677, et intitulée: Nouvelle à Madame de. . . . par l'auteur dit Mercure. Elles sont l'une et l'autre de Fontenelle; mais la Nouvelle n'en est pas.
aSo POESIES
Mais si les beaux esprits étaient de jolis corps , Je me plairais à l'emploi qu'on me donne.
Dès que vous me fei-ez l'honneur de m'invoquer , Fiez-vous-en à moi , je ne ne tarderai guère , Et lorsque mon secours vous sera nécessaire , Assurez-vous qu'il ne vous peut manquer.
Je vous dirai pourtant un point qui m'embarrasse.
Un certain petit dieu fripon , Je ne sais seulement si vous savez son nom. Il s'appelle l'Amour , a poussé son audace
Jusqu'à me soutenir en face ,
Que vos vers sont de sa façon ; Et pour vous, m'a-t-il dit, consolez -vous, de grâce, Ce n'est pas vous dont elle a pris leçon.
Quoiqu'il se pare en vain de ce faux avantage^ Il a quelque sujet de dire ce qu'il dit: Vous parlez dans vos vers un assez doux langage , Et peut-être après tout l'amant dont il s'agit , Jugerait que du cœur ces vers seraient l'ouvrage , Si par maUieur pour lui vous n'aviez trop d'esprit.
N'allez pas de l'Amour devenir l'écolière , Ce maître dangereux conduit tout de travers ; Vous ne feriez jamais de pièce régulière , Si ce petit brouillon vous inspirait vos vers.
Adieu, charmante Iris; j'aurai soin que la rime, Quand vous composerez, ne vous refuse rien : Mais que ce soit moi seul au moins qui vous anime. Autrement tout n'irait pas bien.
DIVERSES. 25i