L'AMOUR A IRIS
AvEz-vous lu mon nom sans changer de couleur ? Votre surprise, Iris, n'est-elle pas extrême ? Rassurez-vous ; mon nom fait toujours plus de peur
Que je n'en aurais fait moi-même.
Votre ouvrage galant , début assez heureux , Entre Apollon et moi met de la jalousie. Il s'agit de savoir lequel est de nous deux
Votre maître de poésie.
Franchement , Apollon n'est pas d'un grand secours ; En matière de vers je ne le craindrais guère ,
Et je le défierais de faire D'aussi bons écoliers que j'en fais tous les jours. Quels travaux assidus pour former un poète ,
Et quel temps ne lui faut-il pas ?
On est quitte avec moi de tout cet embarras ;
Qu'on aime un peu , l'affaire est faite.
Cherchez-vous à vous épargner Cent préceptes de l'art qu'il serait long d'apprendre?
Une rêverie un peu tendre En un moment vous va tout enseigner.
J'instruis d'une manière assez courte et facile ; Commencer par l'esprit, c'est un soin inutile. Fort long du moins, quand même il réussit. Je vais tout droit au cœur , et fais plus de profil : Car quand le cœur est une fois docile ,
On fait ce qu'on veut de l'esprit.
Quand vous fîtes vos vers , dites-le moi sans feinte , Les sentiez-vous couler de source et sans contrainte ?
a52 POÉSIES
Je vous les inspirais , Iris , n'en cloutez pas. Si, sortant lentement, et d'une froide veine, Syllabe après syllabe , ils marchaient avec peine. C'était Apollon en ce cas.
Lequel avouez-vous , Iris, pour votre maître? Je m inquiète peu pour qui vous prononciez ;
Car enfin je le pourrais être
Sans que vous-même le sussiez.
Je ne penserais pas avoir perdu ma cause , Quand vous décideriez en faveur d'un rival ; Et même incognito si j'avais fait la chose , Mes affaires chez vous n'en iraient pas plus mal.
Mais quand je n'aurais point d'autre part à l'ouvrage, Sans contestation j'ai donné le sujet :
C'est toujours un grand avantage,
Belle Iris, j'en suis satisfait.