‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 97 sur 256 · L'AMOUR A IRIS · texte numérisé non relu

L'AMOUR A IRIS

AvEz-vous lu mon nom sans changer de couleur ? Votre surprise, Iris, n'est-elle pas extrême ? Rassurez-vous ; mon nom fait toujours plus de peur

Que je n'en aurais fait moi-même.

Votre ouvrage galant , début assez heureux , Entre Apollon et moi met de la jalousie. Il s'agit de savoir lequel est de nous deux

Votre maître de poésie.

Franchement , Apollon n'est pas d'un grand secours ; En matière de vers je ne le craindrais guère ,

Et je le défierais de faire D'aussi bons écoliers que j'en fais tous les jours. Quels travaux assidus pour former un poète ,

Et quel temps ne lui faut-il pas ?

On est quitte avec moi de tout cet embarras ;

Qu'on aime un peu , l'affaire est faite.

Cherchez-vous à vous épargner Cent préceptes de l'art qu'il serait long d'apprendre?

Une rêverie un peu tendre En un moment vous va tout enseigner.

J'instruis d'une manière assez courte et facile ; Commencer par l'esprit, c'est un soin inutile. Fort long du moins, quand même il réussit. Je vais tout droit au cœur , et fais plus de profil : Car quand le cœur est une fois docile ,

On fait ce qu'on veut de l'esprit.

Quand vous fîtes vos vers , dites-le moi sans feinte , Les sentiez-vous couler de source et sans contrainte ?

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Je vous les inspirais , Iris , n'en cloutez pas. Si, sortant lentement, et d'une froide veine, Syllabe après syllabe , ils marchaient avec peine. C'était Apollon en ce cas.

Lequel avouez-vous , Iris, pour votre maître? Je m inquiète peu pour qui vous prononciez ;

Car enfin je le pourrais être

Sans que vous-même le sussiez.

Je ne penserais pas avoir perdu ma cause , Quand vous décideriez en faveur d'un rival ; Et même incognito si j'avais fait la chose , Mes affaires chez vous n'en iraient pas plus mal.

Mais quand je n'aurais point d'autre part à l'ouvrage, Sans contestation j'ai donné le sujet :

C'est toujours un grand avantage,

Belle Iris, j'en suis satisfait.

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