DE L'ABBÉ GALLOIS
Jean Gallois naquit à Paris le 14 juin 1682 , d'Ambroise Gallois , avocat au parlement , et de Françoise de Launay.
Son inclination pour les lettres se déclara dès qu'il put laisser paraître quelque inclination , et elle se fortifia toujours dans la suite ; il s'engagea dans l'état ecclésiastique , et reçut l'ordre de prêtrise. Son devoir lui fit tourner ses principales études du côté de la théologie , de l'histoire ecclésiastique , des pères et de l'Ecriture- Sainte; il alla même jusqu'aux langues orientales, nécessaires du moins à qui veut remonter jusqu'aux premières sources de la théologie : mais il ne renonça ni à l'histoire profane, ni aux langues vivantes, telles que l'italien, l'espagnol , l'anglais et l'allemand, ni aux mathématiques , ni à la physique , ni à la médecine même, car son ardeur de savoir embrassait tout; et s'il est vrai
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qu'une érudition si partagée soit moins propre à faire une réputation singulière , elle l'est du moins beaucoup plus à étendre l'esprit en tous sens , et à l'éclairer de tous côtés. •
Outre la connaissance des choses que les livres contiennent, l'abbé Gallois avait encore celle des livres euxmêmes, science presque séparée des autres , quoiqu'elle en résulte, et produite par une curiosité vive qui ne néglige aucune partie de son objet.
Le premier travail que le public ait vu de l'abbé Gallois, a été la traduction latine du traité de paix des Pyrénées, imprimée par ordre du roi; mais bientôt son nom devint plus illustre par le Journal des Savans. Ce fut en 1 665 que parut pour la première fois cet ouvrage, dont l'idée était si neuve et si heureuse, et qui subsiste encore aujourd'hui avec plus de vigueur que jamais , accompagné d'une nombreuse postérité issue de lui , répandue par toute l'Europe sous les diflerens noms de Nouvelles de la république des lettres, diHistcire des cuvracres des savans ^ de Billicthèque universelle, de Bihlicthèque chcisie, àî Acta eruditcrum , de Transactions philcscphiques, de Mémoires pour V histoire dos sciences et des beaux arts, etc. M. de Sallo , conseiller ecclésiastique au parlement, en avait conçu le dessein, et il s'associa l'abbé Gallois, qui, par la grande variété de son érudition , semblait né pour ce travail ; et qui de plus , ce qui n'est pas commun chez ceux qui savent tout, savait le français, et écrivait bien.
Le journal prit dès sa naissance un ton trop hardi, et censura trop librement la plupart des ouvrages qui paraissaient. La république des lettres , qui voyait sa liberté menacée , se souleva , et le journal fut arrêté au
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bout de trois mois. Mais comme le projet par lui-même en était excellent, on ne voulut pas le perdre ; et M. de Sallo l'abandonna entièrement à l'abbé Gallois, qui ouvrit l'année 1666 par un nouveau journal dédié au roi, où il mit son nom, et où il exerça toujours avec toute la modération nécessaire le pouvoir dont il était revêtu. Colbert, touché de l'utilité et de la beauté du journal, prit du goût pour cet ouvrage, et Ijientôt après pour l'auteur. En 1U68 , il lui donna dans cette académie, presque encore naissante, une place avec la fonction de secrétaire en l'absence de feu du Hamel , qui fut deux ans hors du royaume. L'abbé Gallois enrichissait son journal des principales découvertes de l'académie, qui ne se faisaient guère alors connaître au public que par cette voie ; et de plus , il en rendait souvent compte à Colbert , lui portait les fruits de la protection qu'il accordait aux sciences. Dans la suite ce ministre , tou- ^joursplus content de sa conversation, l'envoyait quérir lorsqu'il venait à Paris : sa curiosité sur quelque matière que ce fut, le trouvait toujours prêt à le satisfaire; et s'il fallait une discussion plus exacte et plus profonde, personne n'était plus propre que l'abbé Gallois à y réussir en peu de temps, circonstance presque absolument nécessaire auprès de Colbert. Enfin ce ministre, qui se connaissait en hommes , après avoir éprouvé long-temps et l'esprit , et la littérature , et les mœurs de l'abbé Gallois , le prit chez lui en 1678 , et lui donna toujours une place et à sa table et dans son carosse. Cette faveur si particulière était en même temps, et une récompense glorieuse de son savoir, et une occasion perpétuelle d'en faire un usage agréable, et une heureuse nécessité d'eu acquérir encore tous les jours.
Colbert favorisait les lettres , porté non-seulement par son inclination naturelle, mais par une sage politique. Il savait que les sciences et les arts suffiraient seuls pour rendre un règne glorieux; qu'ils étendent la langue d'une nation peut-être plus que des conquêtes ; qu'ils lui donnent l'empire de l'esprit et de l'industrie, également flatteur et utile ; qu'ils attirent chez elle une multitude d'étrangers , qui l'enrichissent par leur curiosité, prennent ses inclinations et s'attachent à ses intérêts. Pendant plusieurs siècles, l'université de Paris n'a pas moins contribué à la grandeur de la capitale , que le séjour des rois. On doit à Colbert l'éclat où fuient les lettres, la naissance de cette académie, de celle des inscriptions , des académies de peinture , de sculpture et d'architecture , les nouvelles faveurs que l'académie française reçut du roi , l'impression d'un grand nombre d'excellens livres , dont l'imprimerie royale fit les frais, l'augmentation presque immense de la bibliothèque du roi , ou plutôt du trésor public des savans , une infinité d'ouvrages que les grands auteurs ou les habiles ouvriers n'accordent qu'aux caresses des ministres et des princes , un goût du beau et de l'exquis répandu partout, et qui se fortifiait sans cesse. L'abbé Gallois eut le sensible plaisir d'observer de près un semblable ministère , d'être à la source des desseins qui s'y prenaient, d'avoir part à leur exécution , quelquefois même d'en inspirer, et de les voir suivis. Les gens de lettres avaient en lui auprès du ministre un agent toujours chargé de leurs affaires , sans que le plus souvent ils eussent eu seulement la peine de l'en charger. Si quelque livre nouveau . ou quelque découverte d'auteurs même qu'il ne connût pas, paraissaient au jour