‹ Œuvres de FontenelleChapitre 15 sur 112 · LETTRES DU CHEVALIER D'HER · texte numérisé non relu

LETTRES DU CHEVALIER D'HER

Ces lettres parurent en i685. Elles eurent beaucoup de vogue , mais elles furent critiquées vivement ; il est vrai que dans aucun de ses ouvrages , Fontenelle n'a abusé autant de son esprit facile que dans cette correspondance. Avec sa prudence ordinaire , il les avait publiées d'abord sans nom d'auteur, vraisemblablement pour attendre l'approbation du public. L'ouvrage se répandit, et l'on apprit que Fontenelle en était l'auteur. Vinrent ensuite les critiques , et l'on entendit Fontenelle nier qu'il fût l'auteur des Lettres du chevalier d*ffer**. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'il a flotté toute sa vie entre l'amour paternel pour cet enfant de sa muse , 9t entre le désir de désavouer un écrit blâmé par les gens de goût. On attribua ces lettres à un M. d'Hermainville ; Fontenelle se garda bien de contredire cette assertion. A Kennes il y eut un pari au sujet du véritable auteur des lettres , et Von s'adressa à Fontenelle pour dissiper tous les doutes. Il répondit , selon l'abbé Trublet ^ en Normand | sans avouer que

NOTICE. xxis

loas la titre de ForUenêlU Jugé par sês pairs. Londres et Paris 1783 (réimprimé en ]8o3 avec des changemens et ayec d'autres écrits sons le titre de FontenelU^ Colardeau et Dorât ^ ou Eloges as ces tnois écriifains , etc. , i vol. in-8°. ).

L'abbé Trublet avait recueilli avec un soin minutieux , dans le Mercure de France , tout ce qu'il avait pu apprendre de la vie et des ouvrages de l'illustre secrétaire de l'académie ) ses notes rénuies sons le titre un peu fastueux de Mémoires , font partie des éditions des Œuvres de Fontenelle , publiées au milieu du dernier siècle. Le Dictionnaire dé ia philosophie ancienne et mocleme , àstns f Encyclopédie méthodique , contient Y éloge de Fontenelle par Dudos y SDÎvi de l'exposé des principes de sa philosophie rationnelle. £0 publiant, en 1744 » ^ ^^ Haye , V Esprit de Fontenelle , tiré de les ouvrages , Prémontval avait mi% en tête de ces extraits une apologie de l'auteur. L'abbé Desfontaines insinua que ce pou-> vait bien être une satire déguisée. Prémontval , affligé de ce soupçon, conrnt chez Fontenelle pour lui faire part de son cbagrin : « Eh! quoi , répondit Fontenelle , après l'avoir tranquillement écouté, n'ai-je pas fait observer depuis long-temps qu'il n'y avait rien qui ne dât être dit? » Ces extraits de Prémootval furent réimprimés plusieurs fois, entre autres en 1744 et 1767 , in-ts. Sous le titre à* Esprit^ Maximes et Principes de FamiencUcy M. Chas publia en 1 7S8 , à Paris , des extraits semblabkt, en un vol. in-12. Le même auteur avait donné trois ans auparavant tes Réflexions sur f Éloge de Fontenelle par M. Ga^ rai. Londres et Paris 1785 , in-8*.

Quoique la vie de Fontenelle n'offre aucun événement saillant , on a néanmoins essayé de le mettre en scène. En 181 4 MM. Du* molard et Capelle ont fait représenter , sur le théâtre du Yaude- TÎIIeà Paris, la vieillesse de Fontenelle, comédie anecdote en unacte.

U n'existe que peu d'éditions du recueil des Œuvres de Fontenelle. Une des prenûères fut faite à Paris en 1 724 » sous le titre é'iSuvres diverses de Fontenelle y et réimprimée en 1728 à la Haye , en 3 vol. in-fol. , et 3 vol. in-4*^. , ornés des gravures de B. Picard. Une édition moins belle , mais plus complète , est celle qui parut sous les yeux de l'auteur à Paris en 1742 en 6 vol. in-i2. (Les tomes 7 et 8 parurent en i75i.) On en publia une plus complète encore à Paris en 1758 et 1 766 , 1 1 vol. in-8". ; et Amsterdam, 1764, 12 vol. in-8*. , dont deux renferment les Mémoires prolixes de l'abbé Trublet , rédigés sans goût et sans ordre. Depuis cette époque jusqu'en 1790, on ne réimprima que la partie des OEuvres de Fontenelle qui avait eu le plus de succès. La collection , complète qui fut publiée à Paris en

»x I^OTICE.

1790, forme 8 vol. in-S?. i cette édition bien imprime'e et la dernière de toutes, laisse pourtant à désirer : le texte a été altéré en plusieurs endroits , et il y manque plusieurs écrits sortis de la plume de Foutenelle. Ce n'est donc pas une entreprise inutile , de donner au public , après un intervalle de vingt-huit ans , une édition plus correcte , plus complète , bien moins volumineuse , et par conséquent plus économique que celles qui l'ont précédée. Nous avons rétabli le texte d'après les anciennes éditions ; les morceaux que nous avons ajoutés ont été en partie indiqués plus haut. O'un autre côté nous avons retranché les lettres , réfutations , observations , etc. , qui avaient été adressées à Fontenelle par divers écrivains. Nous avons divisé le tout en trois volumes , dont le premier contient particulière* ment ses travaux académiques , le second ses autres ouvrages ^ à l'exception des poésies et du théâtre réservés pour le troisième volume. Nous y avons ajouté une table des matières ^ qui est indispensable pour un recueil d'écrits sur divers sujets , et qui pourtant manque dans toutes les autres éditions. Si quelques personnes nous blâmaient de n'avoir pas fait un choix dans ces écrits , plutôt que de les avoir reproduits tons , nous serions obligés de nous prévaloir du motif par lequel Fontenelle s'est justifié lui-même très-modestement à cet égard , dans la préface qui suit cette notice. Le public , dit-il , ne sonffre pas qu'on lui dérobe rien de ce qu'il a eu une fois en sa possession , peut-être même sa malignité en serait-elle affligée, elle perdrait des sujets de s'exercer. D.

NOTICE. xxvij

Un antre lîtleratenr, M. Garât, a mieux sa démêler dan» les pastorales de FontenelLe les beautés d'avec les défauts. « Qui aurait cro , dit-il , que privé de tous les talens et presque de tous les sentimens que Téglogue exige , Fontenelle cependant devait faire des églogues qui sont des ouvrages charma n s ? Oui , ces églognes doivent plaire infiniment à tous ceux qui , dans les arts de l'esprit , consultent plus encore leurs plaisirs que leurs prin» cipes... Comment se défend-on d'estimer, d'admirer même dans ces églogues l'invention toujours heureuse des sujets , le dessin toujours ingénieux et simple de l'action ? Quelle charmante idée que celle de l'églogue oii une jeune bergère , qui brave l'amour dans l'âge qu'on doit lui consacrer , s'approche , sans être vue , du Ueu oit deux araaus se croient, séparés d# l'univers , veut être témoin de leurs jeux , pour en rire , recueillit leurs entretiens , pour s'en moquer , et bientôt émue de leurs plus innocens badinages , attendrie de leurs discours , sort de ces lieux le coeur rempli du besoin de ce bonheur dont elle a vn l'image ! Combien de fois on a rappelé l'églogue oii une autre bergère , en donnant , sans s'en douter , des assurances du plus tendre amour, revient sans cesse avec tant de grâce à ce refrain : Mais n'ayons point d amour , il esl trop dangereux, Yeut-il peindre l'amour tel qu'il est dans nne âme timide et modeste , qui n'ose croire au bonheur d'être aimé? 11 conduit un berger aux pieds d'une statue de l'amour , élevée non dans un temple , mais dans un bocage : le berger dans une prière , raconte au dieu les rigueurs dont il gémit , el dans ce récit , chaque rigueur est un témoignage d'amour. Le dieu sourit de tant d'erreur et d'innocence; et le berger , que ce sourire devrait rassurer , craint encore que ce ne soit un ris moqueur. Quel tableau charmant ! A-t-on jamais mieux peint l'amour avec la timidité que si souvent il inspire ! Et ce qui est surprenant, les détails mêmes tirent de ces vues si fines, de ces aperçus ingénieux qui leur otent le naturel et la naïveté de 1 eglogue , je ne sais quel agrément qui plaît , qu'on aime en«* rore.... Il est des momens oii les âmes les plus sensibles , fatiguées de leurs passions, en aiment mieux l'histoire qui les fait réfléchir avec iotérêt , que le tableau énergique qui les remue et les agite encore , et alors Fontenelle dont les sentimens mêmes sont des aperçus profonds, qui peint les passions, mais à l'esprit, leur «loone un plaisir mêlé , pour ainsi dire , de sensibilité et de réflexion ; et alors l'homme de goÀt , le poète même , malgré sa répugnance à parcourir des vers dépouillés de poésie , lit ces églogues avec un intérêt qui étonne son goât , et oublie que celui qui donne tant de plaisir à son esprit , blesse quelquefois ses organes. » Éioge de Fontenelle,

Kviii NOTICE.

A l'égard ies pièces fugitives , le même littérateur observe bien que Fontenelle a d& souvent réussir dans un genre qui exige bien plus d'esprit que de poésie , ou qui n'exige que ce degré de poésie auquel l'esprit peut s'élever.

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