‹ Œuvres de FontenelleChapitre 16 sur 112 · THÉÂTRE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE

Voulant s'essayer dan^ tous les genres de poésie , à l'exception du poème épique , qu'il n'osait aborder , et de la satire pour laquelle il ne se sentait pas de goût , Fontenelle a fait aussi des opéras, des comédies et même des tragédies. Le génie de son oncle ne l'a point inspiré dans ses essais comiques et tragiques y mais il a marché avec quelque succès sur les traces de Quinault. Il n'avait pas encori vingt ans lorsque son oncle , Thomas Corneille , le fit travailler aux opéras de Psyché et de BelUrophon ; le neveu en composa la plus grande partie; mais ils furent représentés (en 1678 et 1679) ^^^^ '^ nom, de l'oncle. Dix ans après, Fontenelle fit l'opéra de Thétis et Pétée ^ et puis celui ^Ènée et Lapinie. Tous deux furent mis en musique par Colasse. Le premier eut beaucoup de succès ; mais la révolution musicale qui s'opéra dans le dix-huitième siècle en France , et qui fit perdre à la nation le goût pour les anciennes psalmodies qu'on avait appelées musique , fit tomber aussi les deux compositions de Colasse. D'Auvergne, qui était encore trop près du temps de ce compositeur pour en différer beaucoup , refit la ' musique à^Énée et Lavinie malgré l'avis de Fontenelle , qui lu î dit modestement : « Cet opéra n'a point réussi en 1690 , et je n'ai pas entendu dire dans le temps que ce fût la faute de la musique, n L'opéra fut représenté avec la nouvelle musique de d'Auvergne un an après la mort de Tontenelle. Delaborde refit ensuite la musique de Thétis et Pelée , dont les paroles méritaient une meilleure musique que celle de Colasse. Cependant ces deux pièces refaites n'ont guère été goûtées du public. Fontenelle avait aidé mademoiselle Bernard dans la composition de Ijt tragédie de Brutus , qui fut publiée sous le nom de cette demoiselle , quoique la pièce soit presque en entier de lui ; il avait fait jouer sa comédie de la Comète sous le nom de Visé, tant il évitait toujours de compromettre sa réputation.

Fouchy, Solignac , Lebeau et Lecat avaient déjà fait l'éloge de Fontenelle lorsque l'académie française en fit le sujet d'un concours. Elle décerna en 1784 le prix k M. Garât. Outre l'Éloge couronné (Paris 17845 86 pages in-8*.), on vit paraître dans la même année les Éloges de Fontenelle par Leroi et Y oiron ; l'abbé de Fiers avait publié le sien en 1788 , ainsi que M. de Cubières qui avait donné à son éloge de Fontenelle la forme du dialogue ,

DE L'ioiTION DE 1742-

Je puis assurer avec vérité , quoique je coure peut-être risque de n*en être pas cru, qu^en faisant ce recueil de mes difierens ouvrages , j*avais beaucoup d'inclitiation i y faire des retranchemens considérables , surtout dans quelquesunes des premières productions de ma jeunesse. Un goût plus formé que celui de ce temps-li m'avait rendu , non pas aussi sévère que le sont des lecteurs , mais k peu près autant que le peut être un auteur qui se juge lui-môme. Il me semble , en effet , que ceux qui rassemblent leurs ouvrages , dans un temps où ils ne comptent plus guère d*eu donner de nouveauic , en devraient faire un choix , pour ne labser à la postérité , s'ils osent porter leurs vues si loin , que ce qui est le plus digne d'elle et le plus propre à décorer leur nom. Cela vaudrait bien mieux que de grossir leurs recueils de choses médiocres , qui ont attendu k se montrer au jour , qu'elles pussent être souâ la protection de celles dont la fortune serait faite.

Je n'ai pourtant pas exécuté mes courageux desseins , je n'en ai pas été le mattre. Cette édition n'est que pour Tmiérèt du libraire , et nullement pour le mien. Il a voulu remédier au préjudice que lui apporte un grand nombre d'éditions contrefaites , et en donner une qui les fit tomber. II n^a donc plus été possible d'y faire des retranchemens ^ elle aurait passée pour défectueuse. Le public ne souffre pas qu'on lui dérobe rien de ce qu'il a une fois eu en sa possession, peut'-être même sa malignité en serait-elle affligée , elle perdrait des sujets de s'exercer. Il pourra bien mépriser, oublier ce qu'on lui donne de trop, mais il veut en avoir le plaisir ; et si ce trop entraîne la disgrâce du reste, c'est ce qui ne lui importe guère.

Par ces raisons je n'ai pas supprimé les lettres du chevalier

d'Her qui dès qu'elles parurent se glissèrent k la suite

des Dialogues des Morts et de la Pluralité des Mondes , et que je n'ai jamais avonées. L'histoire ea serait peu agréable et fort indifférente au public : puisqu'il les a crues de moi ,

xu!) PRÉFACE.

et qu'il les a eues même sous mon nom, qu^il les ait encore. Je voudrais bien que sa sévérité ne tombât que sur elles.

Je parle jusquHcî précisément comme j'ai fait dans ma dernière édition de Paris de 1724 î ™^i^ ^^ ^^^^ présentement , â ce qu'il me semble , changer de ton , puisque je donne une addition très-considérable par sa grosseur. La vie de M, Corneille, avec V Histoire du Théâtre Français jusqu à lui 9 et des Réflexions sur la Poétique. Comment concilier cela avec ce grand amour pour les retranchemens dont je me suis vanté ?

- Il y a près de cinquante ans que cet ouvrage est fait. Je n'avais nul empressement de le donner au public. Je savais que je n'avais pas fait assez de recherches sur l'Histoire du Théâtre français , ni apparemment assez de réflexions sur la poétique \ et dans ce long espace de temps , il a paru des histoires de notre théâtre beaucoup plus détaillées , et des pièces nouvelles me faisaient naître de nouvelles vues sur le fond de l'art. Cependant je ne renfermais pas mon manuscrit avec un extrême soin , je le faisais voir quand on ea avait envie , je le prêtais en avertissant bien que ce n'était pas un ouvrage fini , et je pardonnais a ceux qui en dérobaient des copies. Quand M. l'abbé d'Olivet donna en 1729 sa belle Histoire de T Académie Française , il eut pu y mettre la vie de M. Corneille sans mon consentement , et il ne me le demanda que par politesse. Elle est donc déjà publique , et je ne la pouvais plus refuser au libraire. Il est vrai que je la donne ici avec deux morceaux qui ne l'accompagnaient pas encore, quoiqu'ils lui appartinssent, et ces deux morceaux ne sont que dans leur ancien état. Tout le long temps qui s'est écoulé depuis qu'ils sont faits , a été rempli par des travaux d'une nature toute différente, et â l'heure qu'il est je ne me fie plus assez â ce que je pourrais faire dans ce premier genre. On m'a représenté vivement qu'il fallait du nouveau , quel qu'il fût , dans cette nouvelle édition. Et je ne répondrais pas que l'amour paternel ne m'ait sollicité aussi. Peut-être cependant verra-t-on un jour que j'aurais pu être encore plus faible.

Ces cinquante ans d'intervalle entre la composition et l'impression de la Poétique feront , â ce qi|e j'espère , mon apo* ogie , sur ce qu'il n'y est parlé que de pièces anciennes.

DE

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