‹ Œuvres de FontenelleChapitre 35 sur 112 · DE POUPART · texte numérisé non relu

DE POUPART

i/RANÇois PouPAET naquit au Mans en d*un bon bouiw

geois allié aux meilleures familles de la ville , qui n'avait aucun emploi , et était chargé de beaucoup d'enfans. Il ne s'occupait que de leur éducation; il en mit un. dans la marine, qui s'j avança par son mérite , jusqu'à devenir capitaine de vaisseau.

Poupart il t ses études chpz les pères de l'oratoire du Mans. La. philosophie scolastique ne fît que lui apprendre qu'on pouvait philosopher , et lui en inspirer l'envie. 11 tomba bientôt sur les ouvrages de I^cartes , qui lui donnèrent une grande idée de la nature , et une aussi grande passion de l'étudier. Il passai

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^elqQes'^aniiées chec son père dans cette seule occupation, encore incertain du parti qu'il prendrait. Enfin il se détermina poor la médecine. Mais comme les secours , tant spirituels , pour ainsi dire , que temporels , lui manquaient au Mans , il yint à Paris , oîi il est pins facile d'en trouver de toute espèce. Il se chargea de l'éducation d'un enfant pour subsister : mais ayant bientôt éprouvé que les soins de cet emploi lui enlevaient tout son temps, il y renonça, et aima mieux étudier que subsister; c'est-inlire , que pour ^tre entièrement à lui et à ses* livres, il te réduisit à un genre de vie fort incommode et fort étroit. Nous ne rougissons point d'avouer hautement la mauvaise fortune d'an de nos confrères , ni de montrer au public le sac et le bâton d'an Diogène , quoique nous soyons dans un siècle oii les Dio« gènes sont moins considérés que jamais , et ou certainement ils ne recevraient pas de visites des rois dans leur tonneau.

D s'appliqua arec ardeur, à la physique , et surtout à l'histoire natorelle , qui après tout est peut-être la seule physique à notre portée. Un goût particulier le portait à étudier les insectes , espèces d'animaux si différens de tous les autres , et si différens encore entre eux , qu'ils font comprendre en général la diversité infinie des modèles sur lesquels la nature peut avoir fait des awiffun^ pour une infinité d'autres habitations. Il avait et la patience souvent très-pénible de les observer pendant tout le temps nécessaire , et l'art de découvrir leur vie cachée , et l'adresse de faire , quand il était possible , la délicate anatomie de ces petits corps. Il portait ses découvertes aux conférences de feu l'abbé Bonrdelot , dont il était un des bons acteurs , ou les faisait im^ primer dans le journal des savans ; témoin sa dissertation sn^la langsue , qui fut fort approuvée des physiciens , et leur fit connaître à eux-mêmes un animal que tout le monde croyait connaître.

Pour se perfectionner dans l'anatomie , il voulut exercer la chirurgie dans Illètel-Dien , et se présenta à ceux dont il fallait qn'il subit l'examen. Ils l'interrogèrent sur des choses dii&ciles; et par les réponses qu'il leur fit , ils le trouvèrent déjà fort habile dans l'art de la chirurgie , et le reçurent avec éloge. Mais il les étonna beaucoup , quand il lenr avoua qu'il ne savait seulement pas saigner , et qu'il n'avait sur la chirurgie qu'une spé- « culation. Us ne se repentirent pas de l'avoir reçu , et ils le jugèrent bien propre à apprendre promptement et parfaitement cette pratique , qu'ils ne s'étaient pas aperçus qui lui manquât f et ils l'instruisirent avec l'affection que les maîtres ont pour d'excellens disciples. Il passa trois ans dans ces fonctions , aprè» quoi il ne s'attacha plus qu'à la médecine ; et comme il ne cher-

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chait par à en borner retendue, il embrassa tout ce qui y avait rapport , la botanique , la chymie. Il se fit recevoir docteur es médecine dans runiversité de Reims. Son envie de savoir nVtait pas renfermée dans les limites de cette profession , quoique si vaste. Il ne serait pas extraordinaire que la philosophie de Descartes Teùt engage à prencire quelque teinture assea raisonnable de géométrie; mais peut--étre aura*t-on de la peine k croire qu'il étudiât jusqu'à l'architecture. La Hire, qui la professe, avpit remarqué qu'il était assidu à ses leçons ; et ne le connais*saut point d'ailleurs > il avait 'cm que. c'était un homme qui aongeait à avoir quelque fonction dans les bitimens : il n'avait pas même jugé sur les apparences extérieures, que cet fonctions auxquelles il pouvait aspirer fussent fort relevées j mais il fut extrêmement surpris , lorsqu'au renouvellement de l'académie en 1699 , tous les académiciens qui n'avaient point d'élèves en ayant nommé, il le vit paraître aux assemblées en qualité d'élève ide Méry, et d'anatomiste.

La cômpa^ie étant alors remplie d'un trës-^and nombre d'académiciens nouveaux , qui n'avaient pas des ouvrages prêts À produire dans les assemblées , on ne s'en tenaient pas asses sûrs pour les exposer dans un lieu asses redoutable , Poupart fut le premier d'eux tous qui se trouva en état de parler, et qui^eii e^Àt la noble astutancé. U lut un mémoire sur les insectes hermaphrodites , qui fut d'un heureux augure pour la capacité .de ceux d'entre les nouveaux venus que la plupart des académi" ciens ne connaissaient pas encore beaucoup.

On a vu depuis , dans les volumes que l'académie a donnés p^nr chaque année, son histoire du formica^leo , celle du Jor^' mica^pulex , ses observations sur les moules , et quantité d'antres observations moins importantes, ou peut-être seulement plus courtes, répandues dans nos histoires.

Il tomba malade au mois d'octobre dernier , et monmt f n peu de jours. On le croit auteur d'un livre intitulé : la chirurgie complète , qui n'est qu'une compilation commode de plusieurs autnes traités. Si cela est , on doit pardonner ce liyre au besoin qu'il avait de le faire, et lui savoir gré en même temps de ne s'être pas fait honneur d'une compilation. Il a résisté à un grand ' nombre d'exemples qui l'y pouvaient inviter.

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