DE MARSIGLI
aHa dès sa première jeunesse chercher tous les plus iflustres savans d'Italie j il apprit les mathématiques de Geminiano Montanari et d'Alphonse Borelli , Tanatomie de Marcel Malpighi , l'histoire naturelle des observations que son génie lui fournissait dans ses yojAges.
Mai» ils eussent été trop bornés , s*ils se fussent renfermé» dans riUlie. Il alla à Constantinople en 1679 ^^^ ^« ®*y*^ ^^^ Venise y envoyait. Comme il se destinait à la guerre , il s*informa, mai» avec toute l'adresse et les précautions nécessaires , de l'état des forces Ottomanes , et en même temps il examina en philosophe le Bosphore de Thrace et ses fameux courans. Il écrivit sur l'un et l'autre de ces deux sujets. Le traité du Bosphore parut à Rome en i68i , dédié à la reine Christine de Suéde , et c'est le premier qu'on ait de lui. L'autre intitulé : Del încremento^ e decrenieîUa deW imperio Otiomano , doit paraître présentement imprimé à Amsterdam avec une traduction française.
Il revint de Constantinople dès Tan 1680, et peu de temps après, lorsque les Turcs menaçaient d'une irruption en Hongrie, iUlla à Vienne oflfrir ses services à l'empereur Léopold , qui les accepta, n lui fut aisé de prouver combien il était au-dessus d'un simple soldat , par son intelligence dans les fortifications et dans toute la science de la guerre. Il fit , avec une grande approbation des généraux , des lignes et des travaux »ur le Raab , pour arrêter les Turcs j et il en fut récompensé par une compagnie d'infanterie en i683 , quand le» ennemis parurent pour passer cette rivière. Ce fut là qu'après une action assez vive , il tomba blessé et presque mourant entre les mains des Tartares , le 2 juillet , jour de la Visitation. Ce n'est pas sans raison que nous ajoutons le nom de cette fête à la date du jour. Il a fait de sa captivité une relation , oii il a bien senti que l'art n'était point nécessaire pour U rendre touchante. Le sabre toujours levé sur sa tête , la mort toujours présente à se» yeux , des traitemens plus que barbares , qui étaient une mort de tous les momens , feront frémir les plus impitoyable» ; et l'on aura seulement de la peine à concevoir comment sa jeunesse , »a bonne constitution , son courage , la résignation la plus chrétienne , ont pu résister à une si affreuse situation. Il se crut heureux d'être acheté par deux Turc» , frère» ^t très-panvre» , avec qui il souffrit encore beaucoup , mais plus par leur misère que par leur cruauté ; il comptait qu*ils lui avaient »auvé la vie. Ces maître» , si doux , le faisaient enchaîner toutes le» nuit» à un pieu planté au milieu de leur chétive cabane , et un troisième Turc , qui vivait avec eux , était chargé de ce soin.
Enfin, car nous supprimons beaucoup de détails , quoique in^
4i2 ÉLOGE
tëressans , îl trouva moyen de donner de set nouvelles en ItaU«, et de se faire racheter^ et le jour de sa liberté fut le 2.5 mars 1684,
t.^^'our de TAnnonciation. Ses réfleiions sur ces deux dates de u captivité et de sa délivrance font la plus remarquable partie de son éloge, puisqu'elles découvrent en hii un grand fonds de piété. Il conçut, et ce sont ici ses paroles, que dans ieu%. jours, où l'auguste protectrice des fidèles est particulièrement bonorée , elle lui avait obtenu deux grâces du ciel : Tune consistait à le punir salutaireraent de ses fautes passées , l'autre à faire cesser la punition.
Remis en liberté , il alla à Bologne se montrer k ses concitoyens , qui avaient pleuré sa mort , et qui versèrent d'autres larmes en le revoyant ; et après avoir joui de toutes les douceurs d'une pareille situation , il retourna à Vienne se présenter à l'euir pereur , et reprendre ses emplois militaires. Il fut chargé de fortifier Strigonie et quelques autres places , et d'ordonner les travaux nécessaires pour le siège de Bude que méditaient le^ impériaux. Il eut part à la construction d'un pont sur le Danabe ; ce qui lui donna occasion d'observer les ruines d'an ancien pont de Trajan sur ce même fleuve. Il fut fait colonel en 1689. ,
En cette même année , l'empereur l'envoya deux fois à Rome, pour faire part aux papes Inm>cent XI et Alexandre VQI des grands succès des armées chrétiennes , et des projets fornués pour la suite.
' Lorsqu'après une longue guerre , funeste aux chrétiens mêmes qui en remportaient l'avantage , l'empereur et la république de Venise d'une part , et de l'autre la Porte , vinrent à songer à la paix , et qu'il fut question d'établir les limites entre les états de ces trois puissances , le comte Marsiglt fut employé par l'empereur dans une affaire si importante , et comme un homme de guerre qui connaissait ce qui fait une bonne frontière , et comme un savant bien instruit des anciennes possessions, et comme ud habile négociateur qui saurai faire valoir des droits; Se trouvant sur les confins de la Dal ma lie vénitienne , il reconnut à quelque
^ distahce de là une montagne , au pied de laquelle habitaient les deux Turcs dont il avait été^esclave. Il fit demander dans le pays turc s'ils vivaient encore, et heureusMnent pour Ini ikae retrouvèrent. Il eut le plaisir de se faire voir k enx environné de triMipes qui lui obéissaient ou le respectaient, et le |»laisir encore plus sensible de soulager leur extrême misère , et de les combler de présens. H crut leur devoir encore sa rançon , parce que l'argent qu'ils en avaient reçu leur avait été enlevé par le comman* dant turc , sous ce prétexte extravagant , que leur esclave était un fils ou un proche parent du roi de Pologne , qu'ik auraient