‹ Œuvres de FontenelleChapitre 80 sur 112 · B ÉLOGE DE MARSIGLI · texte numérisé non relu

B ÉLOGE DE MARSIGLI

seulement les frais. Il donna à cette imprimerie le nom d'imprimerie de Saint-Thomas d'Aquin , dont il invoquait la protection pour cet établissement et pour tout Finstitut. Le protecteur était bien choisi 5 car saint Thomas , dans un autre siècle et dam d'autres circonstances , était Descartes. Nous passons sous silence des processions , oii il voulait que l'on portât huit ba&niëres, qui auraient o-eprésenté les principaux événemens de la vie du saint, et auxquelles on jugea à propos de substituer la châsse de ses reliques. La dévotion d'Italie prend asses souvent une forme qai n'est guère de notre goût d'aujourd'hui.

Ce qui en sera certainement davantage , c'est l'établissement qu'il fit d'un tronc dans la chapelle de l'institut , pour le rachat des Chrétiens , et principalement de ses compatriotes esclaves en Turquie. Il n'oublia rien pour animer cette charité ; il se souvenait de ses malheurs utilement pour les autres malheureux. Par le même souvenir il ordonna une procession solennelle dt l'institut tous les vingt-cinq ans , le jour de l'Annonciation. Ces fêtes , ces cérémonies fondées sur la piété , pouvaiedi aussi avoir une politique sensée et légitime ; elles liaient l'institut à la religion , et en assuraient la durée.

Il manquait encore à la collection de l'histoire naturelle , dont rinstitut était en possession , quantité de choses des Indes } car ce qui y dominait c'était l'Europe , et il jugea qu'il ne pouvait avoir promptement ces curiosités qu'en les allant chercher en Angleterre et en Hollande. Il s'embarqua à Livoume pour Londres , quoique dans un âge déjà fort avancé ; et il alla de Londres à Amsterdam finir ses savantes empiètes. Là, il donna à imprimer son grand ouvrage du Coun du D<tnube j dont il parut à la Haye en 1726 une édition magnifique en six volumes in-folio , et il négocia avec les libraires un nom^bre de bons livres destinés à son institut. Quand toutes ses nouvelles acquisitions fureùt rassemblées dans Bologne , il en fit sa donation en 1727-

Tout cela fini , tous ses projets heureusement terminés , il imita en quelque sorte Solon , qui après avoir été le législateur de son pays, et n'ayant plus de bien à lui faire , s'en exila. Il alla en 1728 retrouver sa retraite de Provence , pour y reprendre ses recherches de la mer , et suivre en liberté ce génie d'obsenration qui le possédait. Mais il eut en 1729 une légère attaque d'apoplexie j et les médecins le renvoyèrent dans l'air natal. U ne 6t qu'y languir jusqu'au i*'. novembre 1730, qu'une seconde attaque l'emporta. Tout Bologne fit parfaitement son devoir pour un pareil citoyen , qui , à l'exemple des anciens Romains , avait uni en même degré les lettres et les armes ^ et donné tant de preuves d'un amour singulier pour sa patrie.

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