DE GEOFFROY
JdiTiEirNE-FRAirçois Geoffroy naquit à Paris, le i3 fë- Trier 167a y de Mathieu^-François Geoffroy , marchand apothicaire, ancien échevin et ancien consul , et de Louise de Vaux , fille d'an chirurgien célèbre en son temps. Le biftiïeul paternel ûe Geoffroy avait été aussi premier échevin de Paris , et alors on ne choisissait que des bourgeois d'ancienne fan^ille et d'une rér putation bien nette , espèce de noblesse qui devrait bien valoir celle dont la preuve ne consiste que dans les filiations.
Si nous disions que l'éducation d'un jeune homme a été telle , que quand il fut en physique , il se tenait chez son père des conférences réglées , oii Cassini apportait ses planisphères | le P. Sébastien ses machines , Jobiot ses pierres d'aimant ^ où du Yerney faisait ses dissections , et Homberg des opérations de chymie ^ ou se rendaient du moins par curiosité plusieurs autres savans fameux , et de jeunes gens qui portaient de beaux noms) qu'enfin, ces conférences parurent si bien entendues et si utiles /qu'elles furent le modèle et l'époque de l'établissement des expériencea de physique dans les collèges : sans doute on croirait qu'il s'agissait de l'éducation d'un fils de ministre , destiné pour le moins aux grandes dignités de l'église. Cependant tout cela fut fait pour le -jeune Geoffroy , que son père ne destinait qu'à lut succéder dans sa profession. Mais il savait combien de connaissances demande la pharmacie «embrassée dans toute son étendae ; il l'aimait , et par goût , et parce qu'elle lui réussissait fort ; et il croyait ne pouvoir mieux faire que de fournir à son fils les moyens de poursuivre avec plus d'avantage la carrière où lui-même aurait vieilli.
Après cette première étude de physique générale , Geoffroy fit des cours particuliers de botanique , de chymie et même d'anatomie » quoique cette science ne f At pas de son objet principal. Il s'en écartait encore davantage dans ses heures de délassement ^ oii l'on est le. maître de choisir ses plaisirs. II tournait , il travaillait des verres de lunettes *, il exécutait des machines en ]petit } il apprenait l'italien de l'abbé Koselli , si connu par le roman de V Infortuné Napolitain.
En 1693 , son père l'envoya à Montpellier, pour y apprendre la pbapimacie chez un habile apothicaire , qui de son côté envoya son filsàPar^i^chez Geoffroy; échange bien entendu , puisque l'un et l'autre de ces ieum^^ cens y en laissant dans la maison paternelle ce qu'il était bien sûr d^y reu^/wrvr «^ujou» , allait cher^
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cher dans une maison étrangère ce qu'il n'eàt pas tronré clies lui.
Geoffroy suivit les plus habiles professeurs de la fameuse école de Montpellier ; et il vit presque naître alors dans cette ville uo grand nom qui s'est toujours accru depuis, et qui par lui-mêmei et sans nul secours étranger , s'est élevé à la première place. Avant que de revenir à Paris , Geoffroy voyagea dans les provinces méridionales du royaume , et alla voir les ports de l'Océan ; car il embrassait aussi ce qui n'était que de pure curiosité. Il en eût été peut-être bien puni à Saint-Malo , oii il se trouva enfermé en 1693, dans le temps du bombardement des Anglais, si la terrible machine infernale y qui menaçait d'abîmer tout , n'eût manqué son effet. Le'comte de Tallard , depuis duc , pair et maréchal de France , ayant été nommé au commencement de 16^ A l'ambassade extraordinaire d'An^eterre , il choîât Geoffroy , qui n'était point médecin , pour avoir soin de sa santé; et il ne crut point que cette confiance , donnée au mérite dépourvu de titre , fût trop hardie. Geoffiroy , qui savait voyager , ase manqua pas de profiter du séjour de Londres ; il gagna Famitié de la plupart des illustres d'un pays qui en produit tant , et principalement celle du chevalier Sloane j et éa moins de sii mois il devint leur confrère par une place qu'ils lui donnèrent dans la société royale.
De là , il passa en Hollande , -oh il vit d'autres savam , St d'antres observations , acquit de nouvelles connaissances. H se présenta encore à lui l'occasion de faire un voyage agréable » celui d'Italie , ou il alla en 1 700 avec l'abbé de Louvois , en qualité de son médecin , selon le langage de Geoffroy ; en qualité d'ami , selon le langage de cet abbé ; car ils avaient tons deux le mérite de ne pas parler de même.
Le grand objet de Geoffroy était l'histoire naturelle et la nia« tière médicinale, et il était dPautant plus obligé à porter ces vnes de ce côté-là , que son père avait dessein de lui laisser sa place et son établissement. Dès 169S il avait subi l'examen pour U pharmacie , et fait son chef-d'œuvre : cependant ce n'était point là le foçd de son intention ; il voulait être médecin , et n'osait le déclarer. Il faisait des études équivoques qui convenaient éga* lement au plan de son père et au sien j telle était la matière médicinale , qu'un habile apothicaire ne saurait trop connaître et que souvent un habile médecin ne connaît pas assez.
Enfin , quand 4e temps fut venu de ne pouvoir plus s««<<iur la dissimulation , et de prendre un parti décisif , ^•^ déclara , et le père se rendit. Il avait destiné à la jjipA^^yO^ewn second fib r ■qui est aujourdtini Fau des f^iiymistes de cette académie ; celai*
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là prit lu pWoiacif «u lieu de soo «lo^. GHte légers trana* pofijtieo dul «ype ««ses îadifiereate «u père ; naît enfia ce n'était pii là son prennier projet ; et il epprit combien U nature , qu'il e'aviit pa3 «Mei çooMilUe aiir «e« ^nCtns » eft jalouse de aee 4roiy.
Geofiroj ae ml de^c lur les banc» de i»éd«^ne » et fut reç« bachelier en 1702. Sa prenpiève thèse fut extrèoieiBent retardée | parce que Fagon , prei^içr aaédecin , qui devait y préaider 1 e^ fui avait coutume d^ C4HiM»Attre pour la présid^ice , voulut préiidar en personne , hon^aur qui se fit acheter par des délais* GeojErojT , qui avait C|it sa thèse Uu-mèflae , quoique , selon l'usaff établi , elk dàt être V^uvrage du préaidept » avai^ choisi celMl questip^ : ai U médecin aal #/> même Semp^ IfO méçamcien cky^ mUtê ? On sent assea qu'il av«it intérêt de cov^luie pour l'a/i^naaif tive , au hasard de ne pas coippreadre too^ les n^édecias dans s^ défiaitipiu 11 cong^sa pareiltemeat ses deux autres thèses de ba^ chelier , et à plus forte raison celles dont il fut président y api^èf svoir été reçu docteur e^ 1704* )1 prenait toujours des sujetf utiles on intéressans. Celle Q^ il des9ian4ait si l'homme a eorny tuncà par être ver^ piqua tellepient la curiosité des dames , et Mesdames dj^plus haut rang* qu'il fallut la traduire en fran-» Çais , pour les initier daijta des mystères dont elles n'avaient poii>^ U théorie. On assure que toutes les thèses sorties de sa mai^ a'oot pas seulea^t été regardées dans nps écoles comme des traités presque complets sur les sujets cboiais , mais qu'elles se $ODt ^uvéea plus au go6t des étrangers qu'an gra«d nombr? d'autres , oU ils se plaignent que le soin dominant a été celiU de Tél^aace du style et de la belle latinité.
11 oe se pressa point de ae jeter dans la pratique des qu'il ei^ eut le droit } il s'enferma pendant dix aus dans son cabinet , et il voulut être sàr d'un grand fonds de co>maissances avant que àt s'en permettre l'usage. Les médecins ont entre eux ce qu'ila appellent les bons principes; et puisqu'ils sont les bons, iU n^ lont pas ceux de tout le monde. Les confrères de Geof&ey convieahent qu'il les poaaédait parfaitement. Son caractère doux, circonspect , modéré y et peutrétfe même un peu timide , le rendait fort attentif à écouter la nature » à ne la pas troubler par des remèdes , sous prétexte de l'aider , et à ne l'aider qu'à propos et autant qu'elle le demîattdait. Une chose singulière lui ^t tort dans les commençemeiM ; il s'affectionnait trop pour sas malad*^ , et leur état lui donnait un air triste et affligé qui ^es alarmaH . gn en reconnut enfin le principe, et on lui sut gré d'une tendresse al f «»* et si chère à ceiu qui souffrent.
Persuadé qu'un médecin appanivwt «(«Ivment à tous les mar
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lades , il ne faisait nulle différence entre les bonnes pratîqoei et les mauvaises , entre les brillantes et les obscures. Il ne recherchait rien et ne rejetait rien. De là , il est aisé de conclure que ce qui dominait dans le nombre de ses pratiques, c'éuient les obscures ou les mauvaises , et d'autant plus que ses premiers engagemens lui étaient sacrés , et qu'il n'eût pas voulu les rompre ou s'en acquitter légèrement pour courir aux occasions les plus flatteuses qui seraient survenues. D'ailleurs , souverainement éloigné de tout faste , il n'était point de ceux qui savent aider à leur propre réputation , et qui ont l'art de suggérer tout bas à la renommée ce qu'ils veulent qu'elle répète tout haat avec ses cent bouches. Cependant le vrai avait percé à la longue , et Geoffroy était bien connu dans les grandes affaires de médecine : ceux qui s'étaient saisis des premiers postes , ^appelaien^ presque toujours en consultation ; il était celui dont tous les antres voulaient emprunter les lumières. Cicéron conclut que l€t Romains étaient le plus vaillant peuple du monde , de ce qae chaque peuple se donnait le premier rang pour la valeur , et accordait toujours le second aux Romains.
En 1709 , le roi lui donna la place de professeur en médecine an collège royal , vacante par la mort de Toumefort. 11 entreprit de dicter à ses auditeurs toute l'histoire de la matière médicinale , sur laquelle il avait depuis long-temps amassé de grandes provisions. Tout le règne minéral a été expédié , c'est-à-dire tous les minéraux qui sont en usage dans la médecine , et c'est ce qu'on a jusqu'à présent sur ce sujet de plus rechercht , de plus certain et de plus complet. Il en était au règne végétal ; et comme il suivait l'ordre alphabétique , il en est^resté à la mêlissêj qui, quoiqu'assez avancée dans l'alphabet, laisse après elle un grand vide , et beaucoup de regret aux curieux de ces sortes de matières. Il n'avait point touché au règne animal ; mais du moins tout ce qu'il a dicté s'est trouvé en très-bon ordre dans ses papiers , et on espère que sa fkmille le donnera au public.
Fagon , qui était toujours demeuré titulaire de la chargjp de professeur en chymie au jardin royal , la faisait exercer par quelqu'un qu'il choisissait. Sâtnt-Yon , à qui il avait donné cet emploi, n'ayant pu le remplir en 1707 à cause de ses infirmités, Geoffiroy eut sa place , et s'en acquitta si bien , que dans la suite Fagon se démit absolument de la charge en sa faveur. Cela arriva en Î7Ï2. Fagon , pour mettre en œuvre Geoffroy tout initier', lui demanda qu'aux leçons ordinaires de chymie ^^«^ ]<>*" gnît sur la matière médicinale , ce qui dans \\r\f^M*i^nïe séance ajouUit deux heures , et quelquefois troî« , a tleex autres heures déjà employées, oeofft-oy y consentît, emporté par son zèle, et