ERASISTRATE
Nous n0us trompions donc bien , nous autres mcde-
DES MORTS. 433 cins de Tantiquité^ qui croyons que le sang n'avait qu'un mouvement très lent du cœur vers les extrémités du corps , et on vous est bien obligé d'avoir aboli cette vieille erreur !
HERVÉ
Je le prétends ainsi , et même on doit m'avoir d'autant plus d'obligation , que c'est moi qui ai mis les gens en train de faire toutes ces belles découvertes qu'o^ fait aujourd'hui dans l'anatomie. Depuis que j'ai eu trouvé une fois la circulation du sang, c'est à qui trouvera un nouveau conduit , un nouveau canal , un nouvau réservoir. Il semble qu'on ait refondu tout l'homme. Voyez combien notre médecine moderne doit avoir d'avantage sur la vôtre. Vous vous mêliez de guérir le corps humain, et le corps hùmain ne vous était seulement pas connu.
ÉRASISTRATE. ^
J'avoue que les modernes sont meilleurs physiciens que nous ; ils connaissent mieux la nature : mais ils ne sont pas meilleurs médecins; nous guérissions les malades aussi bien qu'ils les guérissent. J'aurais bien voulu donner a tous ces modernes , et a vous tout le premier , le prince Antiochus à guérir de «sa ^vrg quarte. Vous savez comme je m'y pris , et comme je découvris par son pouls qui s'émut plus qu'à l'ordinaire en la présence de Stratonice , qu'il était amoureux de cette belle reine ^^êê^^ tout son mal venait de la violence qu'il se faisJ^^Hlr cacher sa passion. Cependant je fis une cure auss^ifficile et aussi considérable que celle là, sans savoir que le sang circulât; et je crois qu'avec tout le secours que cette connaissance eût pu vous donner, vous eussiez été^fort embarrassé en mylace. Il
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434 DIALOGUES ne s'agissait point de nouveaux conduits , ni de nouveaux réservoirs ; ce qu'il y avait de plus important à connaître dans le malade , c'était le cœur.
HERVÉ
11 n'est pas toujours question du cœur, et tous les malades ne sont pas amoureux de leur belle-mère , comme Antiocbus. Je ne doute point que faute de savoir que le sang circule, vous n'ayez laissé mourir bien des gen3 entre vos mains, x ^
ËRASISTHATE.
Quoi ! vous croyez vos nouvelles découvertes fort utiles ?
HERVÉ
Assurément»
ÉRASISTRATE.
Répondez donc, s'il vousplait» à une petite question j^ue je vais vous faire. Pourquoi voyons-nous venir ici tous l^s jours autant demorts, qu'il en soit jamais venu?
HERVÉ
Oh ! s'ils |U6urenty c'est leur faute; ce n'est plus celle des médecins.
ÉtAfilSTRATS.
Mjis ci^te circulation du sang , ces conduits , ces canau;s(, 4^ réservoirs, tout cela ne guérit donc de rien ?
HERVÉ
On n*a peut-être pas encore eu le loisir de tirer quelque usag<^ de tout ce qu'on a aj^yi^epuis peu ; mais il est impossible qu'avec le temp^^Ven voie de grands effets.
ÉRASiSTRATE.
Sur ma parole , rien ne changera. Voyez-vous, il y a une cer^ne mesure de connaissances utiles , que les
hommes ont eue de bonne heure, à laquelle ils n'ont guère ajouté, et qu'ils ne passeront guère, s'ils la passent. Ils (Al t cette obligation à la nature, qu'elle leur a inspiré fort promptement ce qu'ils avaient besoin de sa* voir; car ils étaient perdus, si elle eûtlaissé à la lenteur de leur raison à le chercher. Pour les autres choses qui ne sont pas si nécessaires, elles se découvrent peu à peu, et dans de .longues suites d'années.
HERVE
11 serait étrange, qu'en connaissant mieux Fhomme, on ne le guérit pas mieux. A ce compte, pourquoi s'amuserait-on à perfectionner la science du corps humain ? 11 vaudrait mieux laisser là tout.
ÉAASISTRATE.
On y perdrait des connaissances fort agréables; mais pour ce qui est de l'utilité, j^crois que découvrir un nouveau conduit dans le corps de Fhpmme , ou une nouvelle étoile dans le ciel , est bien la même chose. La nature veut que dans de certains temps , les hommes se succèdent les uns aux autres par le moyen de la mort; il leur est permis de se défendre contre elle jusqu'à un certain point : mais passé cela, on aura beau faire, de nouvelles découvertes dans ranatomie,onaura beau pénétrer de plus en plus dans les secrets de la structure du corps humain „on ne prendra point la nature pour dupe , on mou|^^^nme à Fordinaire.
fUE VI.
COSME t^9P!IIKïl|i3[S , BÉRÉNICE.
COSME DE MÉDIGIS.
Je viens d'apprendre de quelques sa vans, qui sont
morts depuis peu, une nouvelle qni m'afflige beau coup. Vous saurez que Galilée , qui était mon mathématicien, avait découvert de certaines pïanètes qui tournent autour de Jupiter, auxquelles il donna en mon honneur le nom d'astres de Médicis. Mais on m'a dit qu'on ne les connaît presque plus sous ce nom là , et qu'on les appelle simplement satellites de Jupiter. Il faut que le monde soit présentement bien méchant et bien envieux de la gloire d'autrui.
BÉRÉNICE
Sans doute, je n'ai guère vu d'effets plus remarquables de sa malignité.
COSME DE MÉDlCIS.
Vous en parlez bien à votre aise , après le bonheur que vous avez eu. Yousj|^iez fait vœu de couper vos cheveux , si votre mari Ptôlomée revenait vainqueur de je ne sais quelle guerre. Il revint, ayant (féfait ses ennemis ; vous consacrâtes vos cheveux dans un temple de Yénus, et le lendemain, un mathématicien les fit disparaître , et publia qu'ils avaient été changés.en une constellation , qu'il appela la chevelure de Bérét^, Faire passer des étoiles pour des cheveux d'une femme, c'était bien pis que de donner le nom d'un prince à de nouvelles planètes. Cependant yotrechevelurea réussi, et ces pauvres astres dt li^icj^j||mu pu avoir la même
Si je pouvais vous doi^eX^^Plyel^re céleste , je vous la donnerais pour vous consoler , et même je serais assez généreuse pour ne prétendre pas que vous me fussiez fort obligé de ce présent-là.
COSMS DE MÉDICIS.
Il serait pourtant considérable , et je voudrais que «non nom fût aussi assuré de viyre que le vôtre.
BERENICE
Hélas! quand toutes les constellations porteraient mon nom , en serais-je mieux ? Ils seraient là-haut dans le ciel 9 et moi, je n'en serais pas moins ici«bas. Les hc»aEunes sont plaisans; ils ne peuvent se dérober à la mort, et ils tâchent a Itii dérober deux ou trois syllabes qui leur appartiennent. Voilà une belle chicane qu'ils s'avisent de lui faire. Ne vaudrait-il pas mieux qu'ils consentissent de bonne grâce à mouri|r eux et leurs noms?