‹ Œuvres de Francis Jammes (volume 3)Chapitre 27 sur 62 · CB1 \ R B8 DF FRANCIS J \ M M E S · texte numérisé non relu

CB1 \ R B8 DF FRANCIS J \ M M E S

sationa les plus cordiales étaient toujours empi ointes des formes solennelles qui, dans la Bible, s'établissent entre le père et le fils. La tradition catholique n'a jamais cessé de régir cette grande Maison. Et sur les rêves des jeunes filles faisant du crochet dans le parc, et sur les jeux de son frère, et sur les Mélancolies passionnées de ce Cœur solitaire, jamais l'aile des angélus ne plana sans s'incliner.

Charles Guérin descendait de ses appartements dans le jardin. Il était pâle, de cette pâleur de ceux qu'éclaire une flamme au dedans. Il était bien Y Homme intérieur. Son front droit, sous des cheveux en brosse un peu longs, ses yeux couleur de palissandre sertis de cils d'ébène, son nez à peine relevé qu'il fronçait parfois avec une ironie charmante et auquel il donnait alors une chiquenaude, sa barbe noire que le fer n'avait jamais touchée, composaient un ensemble assez monastique, surtout quand il s'avançait entre les roses en égrenant son chapelet.

Il remontait le perron, s'allait asseoir à la table de sa chère famille. Et cependant que tant de murmures d'enfants joyeuses répondaient à ceux des guêpes sur les compotiers, deux regards sombres se croisaient dans une douloureuse ten-

dresse, deux regards qui s'interrogeaient peutêtre avec l'appréhension de ce deuil si amer : le regard de Charles Guérin et celui de sa mère.

Je ne veux pas ici m' occuper d'une œuvre poétique si parfaite et si importante qu'elle compte parmi les plus durables de ce siècle. La forme classique du vers à laquelle il était revenu complètement était tissue de ce pur langage que Jean Moréas et Henri de Régnier connaissent, mais qu'ignorent ceux qui ne songent qu'à parvenir.

Charles Guérin est mort sans appartenir à la Légion d'honneur. Qu'il soit, pour de plus jeunes que lui, un grand exemple. C'est parce que son lit funèbre n'est point encombré de palmes qu'ils peuvent aujourd'hui contempler un poète exposé dans toute sa grandeur, et le front nu.

Il sut être jusqu'au bout le camarade de ceux qui, avant lui, pétrirent le pain de la douleur. Il nommait avec émotion Mallarmé, Rachilde et Moréas. Il savait trop le prix de la souffrance des méconnus pour ne point la louer en autrui et l'accepter en lui-même.

Il emboîtait le pas, à son rang, comme un bon soldat qu'il était et qui avait choisi la frontière pour y être de F avant-garde. // ne voulait rien cire de plus que lui-même.

0 mes amis ! C'est pourquoi je peux l'évoquer à Orthez, par une tiède soirée, sur une petite place où l'on faisait de la musique, saisissant de ses doigts délicats les ailes d'un sphinx réfugié sur un réverbère.

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