LA FEMME INFIDÈLE
Celle de Noire-Seigneur.
Ouvrez tout grand votre cœur.
LA BREBIS
Il était une brebis Errant loin du Paradis.
LA FEMME
Et puis une pauvre femme Qui avait du mal à l'âme.
LA BREBIS
La brebis était allée
Se perdre dans la vallée.
LA FEMME
Et la femme était allée Dans VEspagne ensoleillée.
LA BREBIS
La brebis était partie Vers une herbe plus fleurie.
LA FEMME
La femme vers des caresses Qui donnassent plus d'ivresse.
La brebis avait laissé Berger t chien et agnelet;
LA FEMME
Et la femme abandonné Son mari et ses bébés.
LA BREBIS
Et dans le vide Vagneau Avait tendu son museau.
LA FEMME
Sans qu'elle vint, les enfants, La nuit, demandaient maman.
LA BREBIS
Hélas ! hélas ! Rien n'y fait Lorsque Von veut s'en aller...
LA FEMME
Comme Von fait dur son cœur!
Comme on dompte sa douleur!
LA BREBIS
Les sommets sentaient V œillet; Les torrents, le lait caillé.
LA FEMME
Et V Espagne avait V odeur De V amoureuse chaleur.
Il y avait des pâturages Verts, au-dessus des nuages.
LA FEMME
Il y avait des mots d'amour Comme des rosiers trop lourds.
LA BREBIS
11 y avait dessus les pierres Des silences de lumière.
LA FEMME
Il y avait entre nos corps Les silences de la mort.
LA BREBIS
Le vent rendait plus câline Ma murmurante clarine.
LA FEMME
Mon amant ne parlait pas Sans que mon cœur ne chantât.
LA BREBIS
Ma laine par la rosée Une nuit fut défrisée.
LA FEMME
Un baiser qu'il m'a donné Sur une joue s'est gravé.
LA BREBIS
Ma pauvre robe de Dieu Prit bientôt un air boueux.
LA FEMME
Encor ma joue se rida Et puis se décolora.
LA BREBIS
Je vis que je salissais La neige que je foulais.
LA FEMME
Je lisais de la pitié
Dans les yeux du bien-aimé.
LA BREBIS
Je tombai dessus le flanc Prise d'un tressaillement.
LA FEMME
Du lit d'orgueilleux ébats Je tombai sur un grabat.
LA BREBIS
A mon agneau je rêvais, Et au chien et au berger.
LA FEMME
A mes enfants, moi partie, Seuls, éteignant leur bougie.
Je rêvais à cette dent
Que l'agneau montre en dormant.
LA FEMME
0 souveraine misère
De V amante et de la mère!
LA BREBIS
0 désir d'être rentrée De la brebis égarée!
LA FEMME
J'étais au fond de l'Espagne, Mais Dieu passe les montagnes.
LA BREBIS
Moi j'étais dans la montagne, Mais Dieu passe les Espagnes.
LA FEMME
Le bon Dieu il est venu Et il avait les pieds nus...
LA BREBIS
Comme les ont les troupeaux Qui semblent prier en haut.
LA BREBIS ÉGARÉE 29i
LA FEMME
Il avait une douceur Qui faisait de la lueur.
LA BREBIS
Il avait une houlette Et son ange une musette.
LA FEMME
Et il avait un chapeau Tressé avec des copeaux.
LA BREBIS
A ses mains saignait V œillet Que je n'avais pas trouvé.
LA FEMME
... A ses pieds et m' appelant La bouche de mes enfants.
LA BREBIS
Il a mis sur mon museau Cette fleur de ses bourreaux.
LA FEMME
Mes cheveux il a laissé Crouler sur ses pieds percés.
LA BREBIS
Rapportez aux bergeries La brebis qui est meurtrie!
LA FEMME
Ramenez à son mari Celle qui tremble et périt.
LA BREBIS
Mais il y avait des bouchers Qui disaient : faut la tuer I
LA FEMME
Il y avait des pharisiennes Qui disaient : c'est une chienne!
LA BREBIS
Cest alors que le Seigneur Entra au cœur du pasteur.
LA FEMME
Cest alors que Jésus-Christ Entra au cœur du mari.
LA BREBIS
Et il dit à ces bouchers :
Je suis venu la chercher.
LA FEMME
Et il dit à ces mauvais :
Je suis venu la sauver.
LA BREBIS
Et il dit à ces bouchers :
Qui de vous n'est pas tombé ?
LA FEMME
Et il dit à ces mauvais :
Qui de vous n'a pas péché ?
Mais il dit à la brebis :
Si tu n'étais pas ici...
LA FEMME
Et à l'adultère : toi,
Si tu étais sous ton toit...
LA BREBIS
Je n'aurais pas dû rouvrir Cette plaie pour te bénir.
LA FEMME
Je n'aurais pas retroué Mes pieds pour te retrouver.
298 œuvri:s de Francis jammes
LA BREBIS
Toi va-fen; rentre au bercail, Et jamais plus ne ïen ailles.
LA FEMME
Toi au foyer douloureux Va-fen rallumer le feu!
LA FEMME continue à dire ce qui suif.
Voilà ce qu'il faut redire Malgré V insulte ou le rire :
Vous ne serez pas heureux Si vous vivez loin de Dieu.
Trop longtemps on a eu peur De nommer Notre-Seigneur.
Je le sortirai de V ombre Même seul, devant le nombre.
Car il est toujours vivant Et il vous parle à présent.
Plus jeune que la jeunesse Il nous nourrit à la Messe.
El voici à Vhorizon Une génération.
Elle sait où est la force Et elle fend son écorce.
Et elle éclate de fleurs
Et revient à vous, Seigneur!
Elle revient, les yeux droits Et fixés sur votre Croix.
Vous êtes, elle le sait, Vous êtes Celui qui Est.
Elle a vaincu son orgueil El déjà voici le seuil.
Et le Père, sous la vigne, Attend son enfant indigne.
Comme perce le soleil La treille qui a sommeil!
Quel est ce silence-ci
De l'heureux après-midi ?
Le père a tout préparé Pour son enfant égaré.
Il a, pour V accueillir, mis Le plus neuf de ses habits.
Ah! Que votre aspect, Seigneur!
Est fier, pauvre et plein d'honneur!
Vous qui lancez le tonnerre, Comme vous avez su taire
Tout le mal qu'on vous a fait!
Vous voulez tout effacer.
Vous avez pris dans la cave Votre vin le plus suave;
Vous avez pris au cellier Le meilleur de votre blé.
Et votre barbe aussi blanche Que les fleurs de V avalanche
Se dresse vers le coteau.
L'enfant tarde... Mais bientôt
Le voici ! Oh ! qu'il est jeune !
Qu'il est beau malgré le jeûne
Qui Va longtemps amaigri!
0 mon fils ! je te bénis.
Mon fils! Tu m'avais tué :
Me voici ressuscité!