SCÈNE II
Le même soir, à dix heures, dans une pauvre chambre, à l' avant-dernier étage d'un petit hôtel.
PIERRE
Il fait étouffant. C'est intenable, même en laissant la fenêtre ouverte. Il y a ce soir une séance de café-concert, en face, dans ce bouge. Il ne manquait plus que cela pour nous empêcher de dormir.
FRANÇOISE
Mon ami, partout je suis bien avec toi, que je dorme ou que je veille.
PIERRE
Cette odeur d'huile frite, qui monte de la cuisine, empeste.
FRANÇOISE
Prends-moi un peu sur tes genoux.
PIERRE
Oui, ma chérie. Viens, ma chérie. Quoi, tu pleures? Qu'as-tu?
FRANÇOISE
Je ne sais ce que j'ai... Une chose que je ne sais pas dire.
Mais quoi?
FRANÇOISE
Non... Tu sais combien je t'adore, je te fâcherais.
PIERRE
Non... Dis? Je le veux.
FRANÇOISE
Je pense à Jacquot et à Claudine.
PIERRE
Pourquoi me parles-tu de tes enfants? Est-ce que c'est pour me donner du courage? Pourquoi aussi ne regrettes-tu pas ton mari?
FRANÇOISE, qui se déshabille.
Oh! pardonne-moi, mon ami... pardonnemoi... pardonne-moi... Et puis, regarde là, pose ta main sur moi... à droite... plus haut... aïe ! Il y a une boule de la grosseur d'un œuf et qui me fait horriblement souffrir.
PIERRE
0 ma pauvre chérie! Et qu'est-ce que c'est?
FRANÇOISE
Je ne sais pas.
Il faudra voir le médecin.
FRANÇOISE
Non, pas le médecin. 0 mon amour 1 Viens... Tu poseras un peu la main à plat sur mon mal pendant que je m'endormirai et je serai heureuse.