‹ Œuvres de Francis Jammes (volume 3)Chapitre 9 sur 62 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

11 est minuit. Chaque note du rossignol forme une goutte de rosée. De même que dans les bancs de soleil dansent les poussières de la terre, dans les rais bleus de la lune dansent les atomes de l'eau. Les Ombres des trois fabulistes suivent le vieux poète qui, s'étant glissé hors du taudis, par la lucarne, rampe sur le toit pour leur montrer le chemin.

LE VIEUX POÈTE

J'ai cru comprendre que c'est au-dessus de la cuisine que sa femme et lui couchent... Il y a de la lumière aux volets qu'ils ont laissés entr' ou-

verts. Qu'une de vos Ombres me précède et s'assure, avant de s'y glisser complètement, que c'est bien la chambre conjugale des deux fripe-sauce.

L'OMBRE DE JEAN DE LA FONTAINE

Eh ! oui. Comme ils ronflent ! La lanterne de l'écurie, qu'ils ont oubliée au pied du lit, éclaire dans la table de nuit l'oreille du pot de chambre joufflu. Avant tout, et pour commencer le cours de nos plaisantes vengeances, je vais les lier pieds et poings.

L'OMBRE DE BABRIUS

N'est-ce point trop cruel ? De quels liens vous servir ?

L'OMBRE DE JEAN DE LA FONTAINE

Des plus blessants pour de pareils êtres, de liens de pervenche fleurie.

L'OMBRE D'ÉSOPE

0 psychologue !

L'OMBRE DE JEAN DE LA FONTAINE

Que vos Ombres, Ésope et Babrius, épiant par la fenêtre mes mouvements, attendent que je leur fasse signe de me rejoindre ! Quant à toi, bon vieux poète, dont le corps n'est ni invisible ni silencieux, passe par F œil-de-bœuf du

ŒI'V R B S n E FRANCIS JAM M R S

grenier. Et tu pourras, par les trous de rat de la cloison contiguë à la chambre où nous nous tiendrons tous trois, voir et entendre nos jeux.

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