‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 64 sur 79 · SUR LES DISTANCES POLAIRES DES PRINCIPALES ÉTOILES FIXES · texte numérisé non relu

SUR LES DISTANCES POLAIRES DES PRINCIPALES ÉTOILES FIXES

(Lu à la Société royale de Londres, le 18 décembre 1823; imprimé dans les Transactions philosophiques de 182Z|.)

M. Pond avait tiré de la comparaison de ses deux catalogues de 1813 et de 1823, la conséquence que toutes les étoiles ont, plus ou moins, un mouvement dirigé vers le sud. Brinkley ne croyait pas à ce mouvement, dans le Mémoire dont je viens de transcrire le titre; il combat les idées de M. Pond, soit d'après ses propres observations, soit en employant celles des secteurs zénithaux de Wanstead (Bradley) , de Schehallien (Maskelyne) , de Dunnose (Mudge) , du Mysore ( Lambton).

REMARQUES SUR LA PARALLAXE DE a DE LA LYRE. — (Lu à la

Société royale de Londres, le 11 mars 182û; imprimé dans les Transactions philosophiques de la même année.)

M. Pond avait déduit de la comparaison des observations de Greenwich avec celles de Dublin, la conséquence que les cercles mobiles sont des instruments moins exacts que les cercles muraux. Brinkley soutient l'opinion contraire.

RÉSULTATS DE L'APPLICATION QUI A ÉTÉ FAITE DU COLLTAI ATF.in FLOTTANT DU CAPITAINE KATER, AU CERCLE ASTRONOMIQUE DE

l'observatoire de dublin. — (Lu à la Société royale de Londres, le 27 avril 1826; imprimé dans les Transactions philosophiques de la même année. )

Dans ce Mémoire, Brinkley se propose de prouver que l'instrument du capitaine Kater est susceptible d'une beaucoup plus grande exactitude que les astronomes et les artistes n'ont semblé disposés à le croire.

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éléments d'astronomie, 1 vol. în-8° de 328 pages. —(La première édition est de 1813; la seconde est de 1819.)

Ces éléments sont le résumé des leçons d'astronomie professées à l'Université de Dublin, où Brinkley occupa pendant de longues années la chaire fondée par Andrew. On comprendra aisément que l'auteur n'a pas pu avoir la prétention de donner un traité complet en 328 pages in-8° ; qu'il a dû se borner à faire connaître l'esprit des méthodes ; que beaucoup de questions ont été nécessairement négligées; mais tout ce que l'ouvrage renferme est remarquable par l'élégance et la clarté. A chaque ligne, on retrouve l'astronome également au fait des calculs et des observations.

Après avoir mentionné tant de travaux d'astronomie et de mathématiques pures, il eût été piquant d'ajouter à cette longue liste les titres de quelques Mémoires de botanique et de législation. J'ai appris que Brinkley s'était livré à l'étude de ces deux sciences avec une prédilection toute particulière et de grands succès ; mais le temps ne m'a pas permis de rechercher s'il existe dans les collections académiques quelque description de plante ou quelque discussion de loi , sorties de la plume du célèbre astronome de Dublin.

GAMBART

Jean-Félix-Adolphe Gambart naquit à Cette (département de l'Hérault) en mai 1800. Son père, professeur

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de navigation dans ce petit port de mer, avait eu , à peine âgé de treize ans , le bras gauche emporté par un boulet de canon, dans un des glorieux combats qui illustrèrent le bailli de SufTren. Le jeune Adolphe n'en fut pas moins destiné au service de la marine. La Restauration le trouva, en 1814, sur l'escadre d'Anvers. Après le licenciement des équipages de vaisseaux , Gambart rejoinit son père au Havre. C'est là que, dans son zèle ardent pour l'avancement des sciences, Bouvard sut deviner ce qu'elles étaient en droit d'attendre d'une intelligence d'enfant peu commune, mais qu'aucune culture n'avait encore développée. Dès ce moment, notre confrère traita le jeune Gambart comme son propre fils; il l'appela à Paris, lui donna la table, le logement, et, ce qui était d'un prix inestimable , il l'initia , jour et nuit, aux calculs et aux observations astronomiques. Au bout de deux ans, Gambart était déjà un astronome consommé. En 1819, le Bureau des longitudes l'envoya à l'Observatoire de Marseille, avec le titre d'astronome-adjoint. Quatre ans après, il fut nommé directeur du même établissement.

L'Observatoire de Marseille était à l'origine (1802) une dépendance du collège Sainte-Croix des Jésuites. En 1763, à la suppression de cet ordre religieux, il prit le nom d'Observatoire royal de la Marine. Maintenant il est sous la direction du Bureau des longitudes.

Jusqu'à l'année 1821 , cet établissement ne renfermait guère que des instruments médiocres; mais, plein de confiance dans le zèle et le savoir de Gambart, le Bureau des longitudes avait ajouté à l'ancienne collection une lunette méridienne de Gambey , un cercle répétiteur

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du même artiste, une machine parallatique de Belet, une lunette achromatique de Lerebours, et tous les appareils désirables pour mesurer le temps. C'est avec ces puissants moyens que le nouveau directeur a pu faire les nombreuses et excellentes observations d'occultations d'étoiles ou d'éclipsés de satellites de Jupiter qui ont été imprimées dans la Connaissance des Temps ou qui sont conservées aux archives du Bureau des Longitudes.

La beauté du ciel méridional, les yeux pénétrants de M. Pons et surtout son zèle infatigable, avaient donné à l'Observatoire de Marseille une réputation européenne. Gambart comprit qu'il ne devait pas, même sous le point de vue spécial de la découverte des comètes, laisser déchoir l'établissement qui lui était confié. Lui aussi s'occupa donc de la recherche de ces astres problématiques dont, comme tout le monde sait, aucun indice ne peut faire soupçonner l'apparition à l'avance, et qui par l'excessive faiblesse de leur lumière font souvent le désespoir des astronomes. Les efforts de Gambart dans cette branche si importante de la science, furent couronnés d'un tel succès, que de 1822 à 1834, il découvrit 13 comètes , savoir :

En 1822, le 12 mai et le 16 juillet 2

1824, le 6 janvier et le 27 juillet 2

1825, le 29 mai 1

1826, le 9 mars, le 16 août, le 28 octobre

et le 27 décembre Zj

1827, le 22 juin 1

1830, le 21 avril 1

1832, le 19 juillet 1

1833, le 8 mars 1

HT. — ni. 29

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Ces intéressantes découvertes ont été récompensées à plusieurs reprises, par la médaille de Lalande, que Y Académie des sciences décerne; par la médaille de la Société astronomique de Londres, et par celle dont la fondation récente est due au roi de Danemark.

Quand il avait trouvé une comète, Gambart, quelles que fussent alors ses souffrances, ne se reposait sur personne du soin d'en étudier et d'en calculer la marche. Aussi le catalogue de ses découvertes est-il en même temps celui des orbites elliptiques ou paraboliques dont l'astronomie lui est redevable. Une grande facilité naturelle et l'habitude, avaient amené le jeune correspondant de l'Académie des sciences à faire en quelques heures des calculs compliqués qui jadis eussent exigé plusieurs journées. Il était surtout devenu habile à reconnaître, sur un premier coup d'œil, si pendant son apparition tel ou tel astre se trouverait dans une de ces circonstances spéciales où les problèmes de position et de constitution physique se résolvent sans effort. C'est ainsi, par exemple, que sur la simple inspection des éléments de la comète découverte le 28 octobre 1826, il soupçonna qu'elle s'interposerait entre la Terre et le Soleil. Un calcul exact apprit ensuite que le passage sur le disque solaire s'opérerait , en effet, le 18 novembre, de 5 heures 26 minutes du matin, temps vrai, à 8 heures 38 minutes. Si des nuages privèrent malheureusement les astronomes du plaisir qu'ils auraient eu à faire une si curieuse observation, si la science ne put enregistrer les importantes conséquences qu'on en aurait certainement déduites, notre reconnaissance n'en est pas moins acquise à celui

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qui avait mis sur la voie d'une solution vainement attendue depuis des siècles.

Les observations minutieuses, recueillies par Gambart, sur la comète du 6 janvier 1824; sur l'époque de la formation d'une seconde queue de cet astre, laquelle parut constamment tournée du côté du Soleil; sur les légers changements de position que cette queue anomale éprouva relativement à la queue ordinaire ; sur la loi de son affaiblissement, sur le temps de son entière disparition, doivent être précieusement conservées dans les archives de l'astronomie : ce seront, en effet, autant d'épreuves auxquelles il faudra soumettre les explications de ces étranges phénomènes, qui pourront être hasardées par des imaginations aventureuses. Toutefois, c'est dans les recherches de Gambart sur la troisième des comètes périodiques connues, sur celle dont la révolution s'opère en 6 ans 3/4 , que nous trouverons le principal titre de cet astronome à la reconnaissance du monde savant. Sa part à la découverte de cette période est plus grande qu'on ne l'a reconnu jusqu'ici à l'étranger et même en France ; c'est du moins ce qui paraît résulter de la discussion minutieuse à laquelle je vais me livrer.

La comète dont il est question fut aperçue à Johannisberg, le 27 février 1826, par Biela, officier autrichien; Gambart ne la vit à Marseille que dix jours après. La découverte de l'astre appartenait donc, sans contestation, à l'observateur allemand.

Gambart calcula les éléments paraboliques de la comète d'après des observations qu'il avait faites lui-même entre le 9 et le 21 mars. Ces éléments, consignés dans une lettre

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à Bouvard , en date du 22 mars, furent communiqués au Bureau des Longitudes le 29. La lettre de Gambart renfermait ce passage :

«Le rapport qui existe entre l'orbite à laquelle ces premières observations m'ont conduit et les orbites des comètes de 1772 et surtout de 1805, me paraît mériter l'attention des astronomes. Je considère comme à peu près certain que la comète de 1772 était la même. La révolution de 1805 à 1826 = 20 ans, ne satisfait point; celle de dix ans n'irait point encore; mais avec trois révolutions de 1805 à 1826, vous satisfaites à l'intervalle de 1772 à 1805. Ce qu'il y a de bien remarquable encore, c'est que M. Gauss, en 1805, trouvait une ellipse de 5 ans, et il prétendait que cette ellipse satisfaisait mieux qu'aucune parabole. L'ellipse que je demande est de 6atls.75. Voilà ce qui doit servir de base à mes recherches. »

La lettre de Gambart, je l'ai déjà dit, est du 22 mars; sa communication au Bureau des Longitudes du 29. La communication à un corps académique a toujours été considérée comme une publication ; ainsi , au 29 mars , Gambart avait publiquement établi , par des éléments paraboliques , que la comète de 1826 était très-probablement périodique , et que la durée de la période ne s'élevait pas même à 7 ans. J'ajoute que Gambart a signalé le premier ces deux importants résultats. Mon assertion ne sera pas contestée ; au besoin , je trouverais, d'ailleurs, dans les journaux de Marseille, le moyen de faire remonter au 23 mars la publication des éléments paraboliques calculés par le célèbre astronome.

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Venons maintenant aux éléments elliptiques à l'aide desquels, quant à la durée de la révolution de l'astre, le calculateur passe d'une simple probabilité à une certitude complète.

Les éléments elliptiques de la comète de 1826, déterminés par Gambart, étaient contenus dans une lettre de Marseille en date du 29 mars. Cette lettre ne fut lue au Bureau des Longitudes qu'à la séance du 5 avril; mais l'auteur avait eu la précaution de faire insérer ses résultats dans les journaux de Marseille dès qu'il les eut obtenus. Au surplus, il est certain que M. Clausen, à qui l'on doit aussi le calcul de la même orbite, n'acheva pas son travail avant Gambart, puisqu'il employa comme donnée une excellente observation faite par lui , à Altona, dans la nuit du 28 mars. La lettre par laquelle M. Schumacher instruisit le monde savant des succès de son habile collaborateur, porte la date du 30 mars; elle ne fut lue à l'Académie des sciences que le 10 avril.

Gambart, qui n'avait pas de compétiteur connu quant au calcul des éléments paraboliques de la comète de 1826 et aux conséquences qui en découlaient, a donc aussi l'antériorité relativement à la détermination de la durée de la révolution de cet astre, et cela, soit que l'on veuille tenir compte de l'époque de l'achèvement du travail ou du moment de sa publication. L'antériorité n'est, il est vrai, que de quelques heures; mais c'est ainsi que se détermine la propriété littéraire.

L'usage s'est établi de désigner les comètes périodiques par des noms d'homme. Gela peut exciter le zèle des astronomes , et dès lors il est bon de s'y tenir ; une

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condition, cependant, paraît indispensable : c'est que les noms soient constamment choisis suivant des règles invariables, et abstraction faite de tout amour -propre, de tout préjugé national. S'est-on jusqu'ici conformé à ces principes d'une stricte justice ? Le lecteur va en juger.

On connaît aujourd'hui trois comètes périodiques : la comète de 76 ans; la comète de 3 ans 3/1 0"s; et celle de 6 ans 3/4. La première porte le nom de Halley ; la seconde le nom de Encke ; la troisième celui de Biela. Ces trois désignations n'émanent pas évidemment de la môme règle.

Pour chaque comète périodique, il y a lieu , dès l'origine, à distinguer : l'astronome qui l'aperçoit le premier; l'astronome qui, le premier aussi , reconnaît, à l'aide des éléments paraboliques, qu'elle s'était précédemment montrée ; celui enfin qui, passant aux éléments elliptiques, calcule exactement la durée de la révolution. Chacun , suivant le cours de ses idées , peut donner la préférence au calcul ou à l'observation ; mais le choix une fois fait , il serait injuste de ne pas s'y tenir. Eh bien, laissant Halley de côté, comme hors ligne, puisqu'il a été le premier qui se soit occupé des comètes périodiques, voyons à quel titre la comète découverte par Pons, le 26 novembre 1818, a pris généralement le nom de Encke? C'est incontestablement par la raison que le célèbre astronome de Berlin en a calculé le premier les éléments elliptiques ; c'est que ce calcul a paru plus important , plus difficile, plus digne de reconnaissance que la découverte de l'astre ; mais si tout cela est vrai pour la comète de 1818, on ne saurait le dire faux quand il

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s'agit de la comète de 1826; le découvreur de cette dernière comète, quel que puisse être son rang dans le monde, ne doit pas être plus favorisé que Pons, que Je découvreur de la comète de 1818; il faut, en toute justice, qu'il cède la place au calculateur. Tant que la comète à courte période s'appellera la comète de Encke, et pour ma part je trouve cette désignation très-convenable, la comète de 6 ans 3/4 devra clone porter le nom de Gambart Ceux qui persisteraient à l'appeler comète de Biela auraient évidemment deux poids et deux mesures, car, il faut bien le répéter, l'officier autrichien , exactement comme Pons, a vu simplement sa comète avant tout autre observateur ; il en a suivi la marche à travers les constellations, mais sans en calculer l'orbite parabolique ni l'orbite elliptique.

Gambart était né avec une complexion délicate, qui fut encore très - affaiblie par une croissance hâtive et extraordinaire. Les médecins avaient espéré que le soleil bienfaisant du Midi lui rendrait quelque vigueur; vaines illusions ! de vives attaques d'hémoptysie menaçaient sans cesse sa vie et interrompaient ses importants travaux! Gambart ne fut pas atteint personnellement pendant les deux invasions du eholéra dont la population de Marseille eut tant à souffrir ; mais une nombreuse famille qui lui était tendrement dévouée, qu'il avait logée dans les bâtiments de l'Observatoire, dont il avait fait sa propre famille, fut cruellement frappée. Gambart n'eut pas le courage de supporter la solitude que le fléau avait créée autour de lui et il accourut à Paris chercher auprès de Bouvard les consolations d'une ancienne et constante

amitié. A la fin de l'hiver de 1836, il se décida cependant à retourner à son poste ; mais il avait trop présumé de ses forces ; le séjour de son observatoire lui était devenu odieux; il ne put l'endurer que pendant quelques heures, et, sans tenir compte d'aucune fatigue, il revint à Paris, à notre très-grande surprise, avec la malle-poste qui l'avait transporté à Marseille. 11 revint, hélas! pour s'aliter, souffrir cruellement, et s'éteindre dans cette même chambre où, dix-huit ans auparavant, il était entré avec tant de bonheur et d'espoir.

Gambart est mort de l'affreuse maladie qui, en peu d'années, avait déjà enlevé aux sciences et à la gloire nationale, Malus, Petit, Fresnel. Après avoir cité ici de pareils noms, tout ce que j'ajouterais ne serait plus que l'expression très-affaiblie de la haute opinion que j'avais conçue de la perspicacité du jeune correspondant de l'Académie des sciences de Paris et des services qu'il aurait pu rendre encore à l'astronomie.

Rapporteur de la Commission de la Chambre des députés qui fut chargée, en 1842, d'examiner une proposition faite par le ministre de l'instruction publique touchant l'impression, aux frais de l'État, des OEuvres de Laplace, je crus devoir tracer l'analyse succincte des principales découvertes de notre illustre compatriote. Plusieurs personnes ayant manifesté, avec trop de bienveillance peut-être, le vœu que cette analyse ne restât

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pas enfouie au milieu d'une multitude de documents législatifs et quelle parût dans Y Annuaire du Bureau des Longitudes, j'en pris occasion de la développer, afin de la rendre moins indigne de l'attention du public. La partie scientifique du travail présenté à la Chambre des députés se retrouvera ici tout entière. Le reste a paru pouvoir être supprimé. Je conserverai seulement quelques lignes du Rapport , destinées à caractériser le but de la loi proposée , et à faire connaître les dispositions qui ont été adoptées par les trois pouvoirs de l'État.

« Laplace a doté la France, l'Europe, le monde savant, de trois magnifiques compositions : le Traité de Mécanique céleste, Y Exposition du système du Monde, la Théorie analytique des probabilités. Aujourd'hui (1842), il n'existe plus chez les libraires de Paris aucun exemplaire de ce dernier ouvrage. L'édition de la Mécanique céleste elle-même sera bientôt épuisée. On voyait donc arriver avec peine le moment où les personnes vouées à l'étude des mathématiques transcendantes, auraient été forcées, à défaut de l'ouvrage original, de demandera Philadelphie, à New- York, à Boston, la traduction anglaise que l'habile géomètre Bowditch a donnée du Traité capital de notre compatriote. Hâtons-nous de le dire, ces craintes n'étaient pas fondées. Réimprimer la Mécanique céleste, c'était pour la famille de l'illustre géomètre accomplir un devoir pieux ; aussi, madame de Laplace, si légitimement, si profondément attentive à tout ce qui peut rehausser l'éclat du nom qu'elle porte, n'avait nullement transigé avec des considérations financières : un petit domaine, voisin de Pont-1'Évêque, allait

changer de mains, et la France lettrée n'eût pas été privée de la satisfaction qu'elle trouve à énumérer ses richesses astronomiques dans la langue nationale.

« La reproduction prochaine des Œuvres de Laplace reposait sur une garantie non moins assurée. Cédant à la fois à un sentiment filial, à un noble mouvement patriotique, à l'enthousiasme éclairé que les plus sérieuses études lui ont inspiré pour de brillantes découvertes, M. le général de Laplace s'était depuis longtemps préparé à devenir l'éditeur des sept volumes qui doivent immortaliser son père.

« Il est des gloires trop élevées, trop splendides, pour qu'elles puissent rester dans le domaine des choses privées. Aux gouvernements revient le soin de les préserver de l'indifférence ou de l'oubli ; de les offrir sans cesse aux regards, de les épancher par mille canaux, de les faire concourir, enfin, au bien général.

« Sans aucun doute , le ministre de l'instruction publique était pénétré de ces idées, lorsqu'à l'occasion d'une édition , devenue nécessaire , des Œuvres de Laplace , il vous a demandé de substituer la grande famille française à la famille personnelle de l'illustre géomètre. Nous donnons notre adhésion pleine et entière à cette proposition ; elle émane d'un sentiment national qui ne trouvera pas de contradicteurs dans cette enceinte. »

En réalité , la Chambre des députés n'avait à examiner et à résoudre que cette seule question : « Les ouvrages de Laplace ont-ils un mérite tellement transcendant, tellement exceptionnel , que leur réimpression dût être l'objet d'une délibération de grands pouvoirs de l'État?» On a

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pensé qu'il ne fallait pas s'en rapporter seulement à la notoriété publique, qu'il était nécessaire de faire des brillantes découvertes de Laplace une analyse exacte, afin de mieux montrer l'importance de la décision à prendre. Qui pourrait dans l'avenir proposer en pareille matière de prononcer sur parole, lorsqu'on a voulu, avant d'émettre un vote si honorable pour la mémoire d'un grand homme, sonder, mesurer, apprécier minutieusement et sous toutes les faces des monuments tels que la Mécanique céleste et Y Exposition du système du monde. J'ai pensé que le travail rédigé au nom d'une Commission de l'un des grands pouvoirs de l'État, pourrait clore dignement cette série de biographies des principaux astronomes.

Le marquis de Laplace, pair de France, l'un des quarante de l'Académie française, membre de l'Académie des sciences et du Bureau des Longitudes, associé de toutes les grandes académies ou sociétés scientifiques de l'Europe, est né à Beaumont-en-Auge, d'un simple cultivateur, le 28 mars 1749 ; il est mort le 5 mars 1827.

Les tomes i et n de la Mécanique céleste ont été publiés en 1799; le tome in a paru en 1802, le tome iv en 1805; pour le tome v, les livres xi et xn, ont été publiés en 1823, les livres xm , xiv et xv en 1826, et le livre xvi en 1825. La Théorie des probabilités date de 1812. Nous allons présenter l'histoire des principales découvertes astronomiques que renferment ces immortels ouvrages.

L'astronomie est la science dont l'esprit humain peut le plus justement se glorifier. Cette prééminence incontestée, elle la doit à l'élévation de son but, à la grandeur

de ses moyens d'investigation, à la certitude, à Futilité, à la magnificence inouïe de ses résultats.

Depuis l'origine des sociétés, l'étude du cours des astres a constamment attiré l'attention des gouvernements et des peuples. Plusieurs grands capitaines, des hommes d'État illustres, des écrivains, des philosophes, des orateurs éminents de la Grèce et de Rome, en firent leurs délices; cependant, qu'il nous soit permis de le dire, l'astronomie vraiment digne de ce nom est une science toute moderne : elle ne date que du xvr siècle.

Trois grandes, trois brillantes phases ont marqué ses progrès.

En 1543, Copernic brisa d'une main ferme et hardie la majeure partie de l'échafaudage antique et vénéré dont les illusions des sens et l'orgueil des générations avaient rempli l'univers. La Terre cessa d'être le centre, le pivot des mouvements célestes; elle alla modestement se ranger parmi les planètes; son importance matérielle, dans l'ensemble des corps qui composent notre système solaire , se trouva presque réduite à celle d'un grain de sable.

Vingt-huit ans s'étaient écoulés depuis le jour où le chanoine de Thorn s'éteignait en tenant dans ses mains défaillantes le premier exemplaire de l'ouvrage qui devait répandre sur la Pologne une gloire si éclatante et si pure, lorsque Wittenberg vit naître un homme destiné à produire dans la science une révolution non moins féconde et plus difficile encore. Cet homme était Kepler. Doué de deux qualités qui semblent s'exclure mutuellement, une imagination volcanique et une opiniâtreté que ne rebu-

taient pas les calculs numériques les plus fastidieux, Kepler devina que les mouvements des astres devaient être liés les uns aux autres par des lois simples, ou, en nous servant de ses propres expressions, par des lois harmoniques. Ces lois, il entreprit de les découvrir. Mille tentatives infructueuses, des erreurs de chiffres, inséparables d'un travail colossal , ne l'empêchèrent pas un seul instant de marcher résolument vers le but qu'il avait cru entrevoir. Vingt-deux ans furent employés à cette recherche , sans qu'il faille s'en affliger ! Que sont, en vérité, vingtdeux ans de labeur, pour celui qui va devenir le législateur des mondes ; qui inscrira son nom en traits ineffaçables sur le frontispice d'un code immortel ; qui pourra s'écrier, en langage dithyrambique, et sans que personne s'avise d'y trouver à redire : « Le sort en est jeté; j'écris mon livre ; on le lira dans l'âge présent ou dans la postérité , que m'importe; il pourra attendre son lecteur : Dieu n'at-il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses œuvres! »

Rechercher une cause physique capable de faire parcourir aux planètes des courbes fermées; placer dans des forces le principe de conservation du monde, et non dans les appuis solides, dans les sphères de cristal que nos ancêtres avaient rêvées; étendre aux révolutions des astres les principes généraux de la mécanique des corps terrestres, telles étaient les questions qui restaient à résoudre après que Kepler eut publié ses découvertes.

Des linéaments fort distincts de ces grands problèmes s'aperçoivent, çà et là, chez les anciens et chez les modernes, depuis Lucrèce et Plutarquc jusqu'à Kepler,

Boalliaud et Borelli. C'est à Newton, cependant, qu'il faut reporter le mérite de la solution. Ce grand homme, à l'exemple de plusieurs de ses prédécesseurs, introduisant entre les corps célestes une tendance au rapprochement, une attraction, fit surgir des lois de Kepler les caractères mathématiques de cette force, retendit à toutes les molécules matérielles du système solaire, et développa sa brillante découverte dans un ouvrage qui , encore aujourd'hui , est la production la plus éminente de l'intelligence humaine.

Le cœur se serre, lorsqu'en étudiant l'histoire des sciences on voit un si magnifique mouvement intellectuel s'opérer sans le concours de la France. L'astronomie pratique augmenta notre infériorité. Les moyens de recherches furent d'abord donnés inconsidérément à des étrangers, au détriment de nationaux pleins de savoir et de zèle. Ensuite, des intelligences supérieures luttèrent avec courage, mais inutilement, contre l'inhabileté de nos artistes. Pendant ce temps, Bradley, plus heureux de l'autre côté du détroit, s'immortalisait par la découverte de l'aberration et de la nutation.

Dans ces admirables révolutions de la science astronomique, le contingent de la France se composait, en 1740, de la détermination expérimentale de l'aplatissement de la Terre et de la découverte de la variation de la pesanteur à la surface de notre planète. C'étaient deux grandes choses ; notre pays , cependant , avait le droit de demander davantage : quand la France n'est pas sur le premier rang, elle a perdu sa place.

Ce rang, momentanément perdu, fut reconquis bril-

lamment , et Ton en fut redevable à quatre géomètres.

Lorsque Newton , donnant à sa grande découverte une généralité que les lois de Kepler ne commandaient pas, imagina que les diverses planètes étaient non-seulement attirées par le Soleil , mais encore qu'elles s'attiraient réciproquement, il plaça au milieu des espaces célestes, des causes qui devaient inévitablement tout troubler. Les astronomes purent voir alors du premier coup d'œil ? que dans aucune région du monde, voisine ou éloignée, les courbes, les lois keplériennes ne suffiraient à la représentation exacte des phénomènes; que les mouvements simples, réguliers, dont les imaginations anciennes s'étaient complu à doter les astres, éprouveraient des perturbations nombreuses, considérables, perpétuellement changeantes. Prévoir plusieurs de ces perturbations, en assigner le sens, et, dans quelques cas fort rares, la valeur numérique , tel fut le but que Newton se proposa en écrivant ses Principes mathématiques de la Philosophie naturelle.

Malgré l'incomparable sagacité de son auteur, le livre des Principes n'offre qu'une ébauche des perturbations planétaires. Si cette ébauche sublime ne devint pas un tableau complet, on ne doit nullement l'imputer à un manque d'ardeur ou d'opiniâtreté; les efforts du grand philosophe furent toujours surhumains, les questions qu'il ne résolut point n'étaient pas solubles à son époque. Quand les mathématiciens du continent entrèrent dans la carrière, quand ils voulurent établir sur des bases inébranlables le système newtonien et perfectionner théoriquement les Tables astronomiques, ils trouvèrent

réellement sur leur route des difficultés contre lesquelles le génie de Newton s'était brisé.

Cinq géomètres, Glairaut, Euler, d'Alembert, Lagrange, Laplace, se partagèrent le monde dont Newton avait révélé l'existence. Ils l'explorèrent dans tous les sens, pénétrèrent dans des régions qu'on pouvait croire inaccessibles, y signalèrent des phénomènes sans nombre que l'observation n'avait pas encore saisis; enfin, et c'est là leur gloire impérissable, ils rattachèrent à un seul principe, à une loi unique, ce que les mouvements célestes offraient de plus subtil, de plus mystérieux. La géométrie eut aussi la hardiesse de disposer de l'avenir ; les siècles, en se déroulant, viennent scrupuleusement ratifier les décisions de la science.

Nous ne nous occuperons pas des magnifiques travaux d'Euler. Nous placerons ici, au contraire, l'analyse rapide des découvertes de ses quatre rivaux, nos compatriotes 1.

Si un astre, la Lune par exemple, gravitait seulement vers le centre de la Terre, elle parcourrait mathématiquement une ellipse; elle obéirait strictement aux lois de Kepler, ou, ce qui est la môme chose, aux principes de mécanique développés par Newton dans les premiers chapitres de son immortel ouvrage.

1. On nous demandera peut-être pourquoi nous plaçons Lagrange parmi les géomètres français. Voici en deux mots notre réponse :

Celui qui s'appelait Lagrange Tournier, les deux noms les plus français qu'il soit possible d'imaginer; celui qui avait pour aïeul maternel M. Gros, et pour bisaïeul paternel un officier français, né à Paris, celui qui n'écrivit jamais qu'en français, et fut revêtu dans notre pays de hautes dignités pendant pr*s de trente années, nous semble, quoique né à Turin, devoir être considéré comme Français.

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Mettons présentement en action une seconde force; tenons compte de l'attraction que le Soleil exerce sur la Lune; au lieu de deux corps enfin prenons-en trois, l'ellipse keplérienne ne donnera plus qu'une idée grossière du mouvement de notre satellite. Ici, l'attraction du Soleil tendra à augmenter les dimensions de la première orbite, et les augmentera réellement; là, au contraire, elle les diminuera. En certains points , la force solaire agira dans le sens même où l'astre se déplace, et le mouvement deviendra plus rapide; ailleurs, l'effet sera inverse. En un mot, par l'introduction d'un troisième corps attractif, la plus grande complication , toutes les apparences du désordre succéderont à une marche simple, régulière, sur laquelle l'esprit se reposait avec complaisance.

Si Newton donna une solution complète de la question des mouvements célestes dans le cas de deux astres qui s'attirent l'un l'autre, il n'aborda même pas analytiquement le problème, infiniment plus difficile, des trois corps. Le problème des trois corps, c'est le nom sous lequel il est devenu célèbre, le problème de déterminer la marche d'un astre soumis à l'action attractive de deux autres astres, a été résolu, pour la première fois, par notre compatriote Glairaut. De cette solution datent les progrès importants que l'on fit déjà dans le siècle dernier, vers le perfectionnement des Tables de la Lune.

La plus belle découverte astronomique de l'antiquité

est celle de la précession des équinoxes. Hipparque, à

qui l'honneur en revient, signala toutes les conséquences

de ce mouvement avec une parfaite netteté. Dans le

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