‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 171 sur 327 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Comment Bridoye narre l’histoire de l’appoincteur de procès.

«Il me soubvient à ce propos, dist Bridoye continuant, qu’au temps que j'estudiois à Poictiers en droict, soubs Brocadium juris (2|, estoit à Semerue un nommé Perrin Dendin, homme honorable, bon laboureur, bien chantant au letrain, homme de crédit et agé, aultant que le plus de vous aultres, messieurs : lequel disoit avoir vu le grand bon homme Concile de Latran, avec son gros chapeau rouge; ensemble la bonne dame

Pragmatique Sanction sa femme, avec son large tissu |

de satin pers, et ses grosses patenostres de jayet. Cestui homme de bien appoinctoit plus de procés qu'il n’en

(1) Déjà sa virginité, mûre pour le lit nuptial, s'était développée avec les années.

(2) Bridoye prend pour le nom d’un professeur le titre estropié d'un petit livre intitulé : Brocardia juris (Paris, Jean Petit, 1597, in-16, goth.).

estoit vidé en tout le palais de Poictiers, en l'auditoire de Monsmorillon, en la halle de Parthenay le vieulx. Ce que le faisoit vénérable en tout le voisinage de Chauvigny, Nouaillé, Crotelles, Aisgne, Legugé, la Motte, Lusignan, Vivonne, Mezeaulx, Estables et lieulx confins. Touts les débats, procès et différents estoient par son devis vidés, comme par juge souverain, quoi que juge ne fust, mais homme de bien. 4rg. in L. sed si unius. ff. de jurejur. et de verb. obl. L. continuus. Il n’estoit tué pourceau en tout le voisinage, dont il n'eust de la hastile et des boudinS. Et estoit presque touts les jours de banquet, de festin, de nopces, de commérage, de relevailles, et en la taverne, pour faire quelque appoinctement, entendez. Car jamais n'appoincloit les parties, qu'il ne les feist boire ensemble par symbole de réconciliation, d'accord parfaict, et de nouvelle joie, ut not. per. Doct. ff. de peric. et com. rei vend. l. 4. I eut un fils nommé Tenot Dendin, grand hardeau et galant homme, ainsi m'’aist Dieu ; lequel semblablement voulut s’entremettre d'appoincter les plaidoyants, comme vous sçavez, que

Sæpe solet similis filius esse patri, Et sequitur leviter filia matris iter (1).

Ut ail gloss. 6. qu. 1. c. Siquis. gloss. de consec. dist.

(1) Le fils est ordinairement semblable au père, et la

DENT Ee volontiers le chemin maternel (en vers pentamètres),

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