‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 198 sur 327 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Couste et vaille, respondit Panurge, seulement vendez-m’en un, le payant bien [page 215).

soulphre, on faict une mirifique décoction pour faire viender les chiens constipés du ventre. —Bren, bren, dist le patron de la nauf au marchand , c’est trop ici barguigné. Vend lui situ veulx : si tu ne veulx, ne l'amuse plus. — Je le veulx, respondit le marchand, pour l’amour de vous. Mais il en payera trois livres tournois de la pièce en choisissant. — C’est beaucoup, dist Panurge. En nospays j en aurois bien cinq, voire six pour telle somme de deniers. Advisez que ne soit trop. Vous n’estes le premier de ma cognoissance, qui trop tost voulant riche devenir et parvenir, est à l’envers tombé en pauvreté : voire quelquefois s’estrompu le col. — Tes fortes fiebvres quartaines, dist le marchand, lourdault sot que tu es. Par le digne voult de Charrous (1), le moindre de ces moutons vault quatre fois plus que le meilleur de ceulx que jadis les Coraxiens (2) en Tuditanie, contrée de Hespaigne, vendoient un talent d’or la pièce. Et que penses-tu, Ô sot à la grande paye (3),que valoit un talent d’or?—Benoist monsieur, dist Panurge, vous vous eschauffez en vostre harnois, à ce que je voi et cognoi. Bien tenez, voyez là vostre argent. »

Panurge, ayant payé le marchand, choisit de tout le troupeau un beau et grand mouton, et l’emportoit criant et beslant, oyants toutsles aultres et ensemblement beslants, et regardants quelle part on menoit leur compagnon. Ce pendent le marchand disoit à ses moutonniers. « O qu'il ha bien sceu choisir, le challantl Il s'y entend, le paillard. Vrayement, le bon vrayement, je le réservois pour le seigneur de Candale, comme bien cognoissant son naturel. Car de sa nature il est tout joyeux et esbaudi, quand il tient une espaule de mouton en main bien séante etadvenente,

(1) Image (vultus) de saint, que possédait la ville de Charrous en Poitou.

(2) Peuple de la Colchide.

(3) Sot pour scot, écossais; raillerie fondée sur ce que les troupes étrangères, en France, recevaient une haute paie.

comme une raquette gauschiere, et avecques un cousteau bien tranchant, Dieu sçait comment il s’en escrime. »

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