‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 274 sur 327 · CHAPITRE IX, Comment descendistes en l'isle des Ferrements · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX, Comment descendistes en l'isle des Ferrements

Nous, estants bién à poinct sabourrés l’eslomiach, eusmes vent en pouppe, et fut levé nostre gratid artemon ; d'ond advint qu'en moins de deux jours arrivasmés en l'isle des Ferrements, déserte ét de nul habitée : et y vismes grañid nombre d'arbres, porlants marroches , piochons, serfouetles, faulx faulciles , bèches, truelles, coingnées, serpes, scies, doloires, forces, ciseaulx, tenailles , paelles, virolets él vibrequins. +

Aulires portoiént dagues , poignards , Sangdédés, ganivets, poinçons , éspées , verduns, bragmarts, cimelerres, estocs, raillons et coulteaulx. | Quiconque en vouloit avoir, ne falloit que crousler l’arbre : soubdain tomboient comme prunes; d'advantagé, tombants en terre rencontroient une espèce d'herbe laquelle on nommoit fourreau, et s'engainoient là dedans. À la chuté sé falloit bien garder qu'ils ne tombassent sus la testé, sus les pieds, ou aultres parties du corps, car ils tomboient de poincte, c'estoit pour droict engainer, et eussent affolé la personne. Dessoubs ne sçai quels aultres arbres, je vid cerlaines espèces d'herbes, lesquelles croissoient comme piques, lances, javelines, hallebardes, vouges, pertuisanes, rancons, fourches, espieux , croissantes haultes. Ainsi qu'elles touchoient à l'arbre, rencontroient leurs fers et allumelles, chascune compétente à sa sorte. Les arbres supérieures ja les avoient apprestés à leur vénue et croissance, comme vous apprestez les robes des petits enfants, quand les voulez desmailloter. Plus y a (affin que désormais n’abhorrez l'opinion de Platon, Anaxagoras et Democritus : furent-ils petits philosophes?) ces arbres nous sembloient animaux terrestres, non en ce différentes des bestes qu'elles n'eussent cuir, graisse, chair, vènes, artères , ligaments, nerfs, carlilages, adènes, os, moelle, humeurs, matrices, cerveau et articulations cognues; car elles en ont, comme bien déduict Theophraste : mais en ce qu'elles ont la teste, c'est le tronc, en bas; les cheveulx, ce sont les racines, enterre; et les pieds, ce sont les rameaulx, contremont; comme si un homme faisoil le chesne fourchu. Et ainsi comme vous, vérolés, de loing à vos jambes ischiatiques et à‘ vos omoplates sentez la venue des pluies, des vents, du serein, tout changement de temps; aussi à leurs racines, caudices, gommes, médulles, elles pressentent quelle sorte de baston dessoubs elles croist, et leur préparent fers et allumelles convenentes. Vrai est qu’en toutes choses, Dieu excepté, advient quelquefois erreur. Nature mesme n’en est exempte quand elle produict choses monsirueuses et animaulx difformes. Pareillement en ces arbres je notai quelque faulte : car une demie pique, croissante haulte en l’aer soubs ces arbres ferrementiportes, en touchant les rameaulx, en lieu de fer, rencontra un balai: bien, ce sera pour ramonner la cheminée. Une pertuisane rencontra des cisailles; tout est bon, ce sera pour oster les chenilles des jardins. Une hampe de hallebarde rencontra le fer d'une faulx et sembloit hermaphrodite ; c'est tout un, ce sera Que quelque faulcheur. C'est belle chose, croire en

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Nous retournants à nos navires, je vid, derrière je ne

(4) Ce chapitre renferme une critique allégorique du mariage,

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Mieux serayt, dist frère Jean, boyre et bancqueter. Panurge restait en contemplation

véhémente,

J. BRY AINÉ, ÉDITEUR

anis. — Impr, Lacour er C’, rue Soufflot, 16,

sçai quel buisson, je ne sçai quelles gents faisants je ne sçai quoi; et, je ne sçai comment, aguisants je ne sçai quels férrements, qu'ils avoient je ne sçai où, et ne sçai en quelle manière.

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