‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 283 sur 327 · RE 2 D CRUE · texte numérisé non relu

RE 2 D CRUE

— En doubtez-vous? dist Gagne-beaucoup. Il n'est mois qu'ils n’en ayent: ce n'est pas comme en vos pays où le serment ne vous vault rien qu'une fois l'année. »

De là, pour nous mener par mille petits pressoirs, en sortant nous advisasrnes un aultre pelil bureau, à l'entour duquel estoient quatre ou cinq de ces ignorants, crasseux , ét cholères comme asnes à qui l’on attache une fusée aulx fesses, qui, sus un petit pressoir qu'ils avoient là, repassoient encores le marc des grappes après les aultres : l'on les appelloit en language du pays correcteurs. Ce sont les plus rebarbatifs villains, à les voir, que j'aie jamais apperceu.

De ce grand pressoir, nous passasmes par infinis pelits

HRLOILE touts pleins de vendangeurs qui espluchent

es grains avecques des ferrements qu'ils appellent articles de compte; et finablement arrivasmes en une. bassé salle où nous vismes un grand dogue. à deux testes de chien, ventre de loup, gryphé comme un diable de Lamballe, qui estoit là nourri de lait d'a- Mendes, et estoit ainsi délicatement par l'ordonnance de Messieurs traicté, parce qui n'ÿ avoit cellui à qui ilne valust bien la rente d’une bonne métairie : ils l’appelloient, en langue d'ignorancé, Duple. Sa mère estoit auprès, qui estoit de pareil poil ét forme, horsmis qu'elle avoit quatre lestes, deux masles et deux femelles, et elle avoit nom Qüadruple, laquelle estoit la plus furieuse beste de léans, el la plus dangereuse après sa grand mère, que nous vismes énferméé en un ca-

chot, qu'ils appelloiëent Omission de recepte.

Frère Jean,quiavoit tousjours 1e anlnesdeboyaulx vides pour avalér une saulgrenée d'advocats, sé commenceant à fascher, pria Pantagruel dé penser du disner, et de mener avecques lui Gagne-beaucoup ; de sorte qu'en sortant de léans par la porte de derrière, nous rencontrasmes un vieil homme enchaisné, demi ignorant et demi scavant, comme un androgyne de. diable, qui estoit de lunet!es caparassonné, comme une tortue d’escailles, et ne vivoit que d’une viende qu'ils appellent en leur patois Appellations. Le voyant, Pantagruel demanda à Gagne-beaucoup de que!le race estoitce protonotaire, etcomment ils’appelloit : Gagnebeaucoup nous compta conime de tout temps et ancienneté il estoit léans, à grand regret et desplaisir, de Messieurs enchaisné, qui le faisoient mourir de faim, et s'appelloit Revisit. « Par les saincts couillons du pape, dist frère Jean, je ne m'esbahi pas si touts Messieurs font grand cas de ce papelard-là. Par Dieu, il m'est advis, ami Panurge, si tu y regardes bien, qu'il ha le minois de Grippeminaud : ceulx-ci touts ignorants qu'ils sont, en sçavent aullant que les aul- : tres; je le renvoyerois bien d’où il est venu à grands coups d'anguillade. — Par mes lunettes orientales, . dist Panurge, frère Jean, mon ami, tu as raison ; car à voir la trogne de ce faulx villain Revisit, il est encore plus ignorant et meschant que ces pauvres ignorants ici, qui grappent au moins mal qu'ils peuvent, sans long procès, et qui en trois petits mots yendangent le clos sans tant d’interlocutoires, ni décrotoires, dont ces Chats-fourrés en sont bien faschés. »

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